20/02/2018

Berlinale 2018: l'horreur en plan séquence

utoya.JPGD'abord cette image de groupe prise ce matin à la Berlinale, et inhabituelle pour mon blog, où d'ordinaire je ne choisis que des photos tirées des films commentés. Un groupe dont la moyenne d'âge est assez basse. Ils sont jeunes, graves, droits comme des I, et sans le savoir, ils nous rassurent. Et nous rappellent que eux, contrairement à ceux qu'ils incarnent, sont des acteurs et non des victimes. Tourné en un seul plan séquence étourdissant de 72 minutes, Utøya 22. Juli (ou U July 22) reconstitue l'attaque survenue le 22 juillet 2011 en Norvège sur l'île d'Utøya, au sein d'un camp de jeunes organisé par le Parti travailliste norvégien. 77 victimes, 99 blessés graves. Attaque perpétrée par un seul homme, Anders Behring Breivik, 32 ans, qui a également revendiqué une attaque à la bombe dans le quartier gouvernemental d'Oslo, survenue le même jour. Reconstitution, disais-je. Non, car le film adopte un point de vue quasi unique, celui d'une jeune femme, Andrea Berntzen (c'est le nom de l'actrice) que voici.

utoya-22.jpgKaja recherche sa petite soeur, et pendant que les bruits de tir s'accumulent dans la bande-son, elle ne sait pas plus que les autres ce qui est en train de se passer. Sans explication, didactisme ou éléments extérieurs, le film d'Erik Poppe est une fiction immersive d'une radicalité qui nous prend à l'estomac dès qu'on comprend les enjeux posés par cette contrainte du plan unique. La caméra devient acteur d'une chorégraphie de l'horreur qui semble s'improviser dans le chaos et le bruit. Le film offre une vision de l'enfer décuplée par l'ignorance frappant l'ensemble des jeunes coincés sur l'île et contraints de se terrer au ras du sol, ou contre les parois d'une falaise, pour échapper à un danger dont ils ignorent l'origine durant un temps incroyablement long. On s'en doute, ce film coup de poing n'a pas plu à tout le monde. Nous sommes malgré tout plusieurs à penser qu'il aura sans doute l'Ours d'or. Parce qu'on n'en sort pas indemne? Pas uniquement, mais parce qu'il s'agit aussi d'un grand moment de cinéma.

Quiberon.jpgEt puis survint Romy. Romy, jouée par une Marie Baümer au mimétisme surprenant. 3 Tage in Quiberon, trois jours de la vie de Romy Schneider, un an avant son suicide. Trois jours de cure en Bretagne durant lesquels elle accorde une interview définitive au Stern (photo) et apparaît surtout dans toutes les contradictions qui la constitu(ai)ent. La Berlinoise Emily Atef filme cette histoire simple dans un noir et blanc étonnamment somptueux, et tout sonne juste dans ce minimalisme exubérant qui stylise un film plutôt inhabituel dans le registre des biopics ou fictions apparentées. Résultat lucide et cruel sans dénaturer le mythe. Chapeau!

00:06 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2018 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

" parce qu'il s'agit aussi d'un grand moment de cinéma."
Excusez-moi, mais pour moi qualifier l'évocation et la reconstitution de cette boucherie de "grand moment de cinéma" est profondément malsain.

Écrit par : Daniel | 20/02/2018

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