21/02/2018

Berlinale 2018: où l'on prend quelques nouvelles de Gus Van Sant et Steven Soderbergh

sant.jpgIl est tétraplégique, cartoonist et alcoolique. Incarné par Joaquin Phoenix, c'est le héros réel du dernier film de Gus Van Sant, réalisateur qui à sa manière revient de loin après un naufrage cannois causé par The Sea of Trees en 2015, ratage du reste jamais sorti à Genève. Avec Don't Worry, He Won't Get Far on Foot, il retrouve sa veine classique, chronique de vies extraordinaires, là d'après un récit véridique - John Callahan a bien existé -, pour un film ni décevant ni surprenant, et qui marque peut-être un léger recul dans une oeuvre dont les ambitions semblaient à l'origine plus denses, plus amples, voire plus subversives. Le casting du film est l'un de ses points forts. Rooney Mara, Jack Black, Beth Ditto, Jonah Hill, Udo Kier, Mark Webber et Carrie Brownstein sont regroupés ici autour de Phoenix, qui avait déjà remporté, en mai dernier, un prix d'interprétation à Cannes. Ceci pour préciser que même s'il part favori pour un prix berlinois, le jury pourrait vouloir récompenser un autre comédien à cause de cela.


groning.jpgMein Bruder heisst Robert und ist ein Idiot de Philip Gröning aurait pu s'intituler "Ma soeur s'appelle Elena et est une idiote finie" tant le principal personnage féminin de ce film passablement irritant s'avère d'une rare nullité. Pourtant, Gröning reste à la base un auteur intéressant, celui de Die grosse Stille (2005), documentaire de près de trois heures sur les moines de la Grande Chartreuse, celui de Die Frau des Polizisten (2013), drame de près de trois heures structuré en 59 chapitres évoquant graduellement la violence conjugale. Mein Bruder... dure lui aussi près de trois heures. Je n'ai pu en voir que deux, devant sortir pour aller à une interview de Joaquin Phoenix (pour le film ci-dessus). Et sachant qu'un film de Gröning doit se juger dans sa globalité et sa totalité, je ne considérerai pas ses pénibles 120 premières minutes comme un résultat en soi.

Unsane.jpgDe Soderbergh Steven, qui passe désormais son temps à déclarer arrêter le cinéma tout en pratiquant l'inverse, la Berlinale programmait aussi, hors-concours, Unsane, long-métrage dont la particularité est d'avoir été entièrement tourné avec un iPhone, pseudo exploit devenu un argument de vente. Si la maîtrise technique, de la mise en scène, de la direction d'acteurs, du cadre, est au rendez-vous, même sans virtuosité, les zones d'ombre du scénario occultent quelques faiblesses diégétiques qu'une simple efficacité ne suffit pas à faire disparaître. Confrontée à ses peurs et à la réalité carcérale d'un institut psychiatrique où paraît oeuvrer un serial-killer, Claire Foy (ci-dessus), transfert de la série The Crown (que je n'ai pas vue, mais dont le sujet ne me fait pas exactement courir), livre une gamme d'émotions et une performance dans ce thriller horrifique qui aimerait sans doute pouvoir subir la comparaison avec Hitchcock. C'est loin d'être déshonorant, mais quand même cent coudées en-dessous des classiques du genre.

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20/02/2018

Berlinale 2018: l'horreur en plan séquence

utoya.JPGD'abord cette image de groupe prise ce matin à la Berlinale, et inhabituelle pour mon blog, où d'ordinaire je ne choisis que des photos tirées des films commentés. Un groupe dont la moyenne d'âge est assez basse. Ils sont jeunes, graves, droits comme des I, et sans le savoir, ils nous rassurent. Et nous rappellent que eux, contrairement à ceux qu'ils incarnent, sont des acteurs et non des victimes. Tourné en un seul plan séquence étourdissant de 72 minutes, Utøya 22. Juli (ou U July 22) reconstitue l'attaque survenue le 22 juillet 2011 en Norvège sur l'île d'Utøya, au sein d'un camp de jeunes organisé par le Parti travailliste norvégien. 77 victimes, 99 blessés graves. Attaque perpétrée par un seul homme, Anders Behring Breivik, 32 ans, qui a également revendiqué une attaque à la bombe dans le quartier gouvernemental d'Oslo, survenue le même jour. Reconstitution, disais-je. Non, car le film adopte un point de vue quasi unique, celui d'une jeune femme, Andrea Berntzen (c'est le nom de l'actrice) que voici.

utoya-22.jpgKaja recherche sa petite soeur, et pendant que les bruits de tir s'accumulent dans la bande-son, elle ne sait pas plus que les autres ce qui est en train de se passer. Sans explication, didactisme ou éléments extérieurs, le film d'Erik Poppe est une fiction immersive d'une radicalité qui nous prend à l'estomac dès qu'on comprend les enjeux posés par cette contrainte du plan unique. La caméra devient acteur d'une chorégraphie de l'horreur qui semble s'improviser dans le chaos et le bruit. Le film offre une vision de l'enfer décuplée par l'ignorance frappant l'ensemble des jeunes coincés sur l'île et contraints de se terrer au ras du sol, ou contre les parois d'une falaise, pour échapper à un danger dont ils ignorent l'origine durant un temps incroyablement long. On s'en doute, ce film coup de poing n'a pas plu à tout le monde. Nous sommes malgré tout plusieurs à penser qu'il aura sans doute l'Ours d'or. Parce qu'on n'en sort pas indemne? Pas uniquement, mais parce qu'il s'agit aussi d'un grand moment de cinéma.

Quiberon.jpgEt puis survint Romy. Romy, jouée par une Marie Baümer au mimétisme surprenant. 3 Tage in Quiberon, trois jours de la vie de Romy Schneider, un an avant son suicide. Trois jours de cure en Bretagne durant lesquels elle accorde une interview définitive au Stern (photo) et apparaît surtout dans toutes les contradictions qui la constitu(ai)ent. La Berlinoise Emily Atef filme cette histoire simple dans un noir et blanc étonnamment somptueux, et tout sonne juste dans ce minimalisme exubérant qui stylise un film plutôt inhabituel dans le registre des biopics ou fictions apparentées. Résultat lucide et cruel sans dénaturer le mythe. Chapeau!

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18/02/2018

Berlinale 2018: où l'on se découvre un intérêt inattendu mais tout à fait réel pour la prière

priere.jpgIls ont l'air de moinillons, ou de potes qui se réunissent pour s'amuser, mais l'absence de filles sur cette image constitue un indice qui nous aiguillerait volontiers sur une autre piste. En réalité, il s'agit de jeunes ex-drogués qui ont rejoint une communauté supervisée par un prêtre catholique et qui vont tenter d'échapper à cet enfer qu'était leur existence jusque-là. Le héros de La Prière, c'est Thomas (Anthony Bajon), au centre, le seul qui a les bras croisés, et que Cédric Kahn va suivre dans un film solide opposant la foi et la tentation, la liberté et l'esclavagisme. Rien de sommaire, un regard juste, un pathos bien géré et partiellement évacué, et une manière d'immerger l'homme dans la nature sans user de raccourcis thématiques. L'un des très bons films du concours berlinois.
figlia.jpgOn aurait aimé en dire autant de Figlia mia, le nouveau film de Laura Bispuri, qui nous avait tant plus en 2015 avec Vergine giurata. Mais malgré ses trois actrices au regard lumineux - Sara Casu, Alba Rohrwacher et Valeria Golino -, cette histoire familiale âpre et tendue se délite et n'est absolument pas tenue par une réalisatrice qui filme sans se poser la question du point de vue qu'elle doit avoir.
toppen.jpgCela dit, on trouve toujours pire. Surtout dans le concours berlinois. Voici Léonore Ekstrand, la comédienne bientôt septuagénaire de Toppen av ingenting, cosigné par les Suédois Axel Petersén et Måns Månsson, portrait lamentable d'une femme qui hérite d'un immeuble et se découvre un semblant de liberté en s'adonnant aux plaisirs de la luxure. C'est désespérément laid et pas drôle. Désolé, mais je zappe.

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