09/05/2018

Cannes 2018, Farhadi en bon élève appliqué

faradi.jpgL'abolition du décalage entre la première présentation officielle d'un film et sa projection de presse, s'il risque d'être vite absorbé voire oublié au fil des prochains jours, a tout de même eu son importance et ses conséquences pour ce qui est de la soirée, et donc du film, d'ouverture. Avant de découvrir, en même temps que les autres, stars ou officiels, Todos lo saben d'Asghar Farhadi, il a fallu regarder, sur le grand écran de la salle Debussy, la première montée des marches de la quinzaine et surtout la cérémonie d'ouverture du 71e festival retransmise en direct sur Canal+. Passe encore pour la première, qui permet de constater l'inadéquation esthétique entre certains stylistes et les critères de l'élégance tels qu'on est en droit de les considérer - celui qui avait dessiné l'horrible robe à épaulettes portée par Chiara Mastroianni mérite le bannissement du festival, et je ne suis pas loin de penser pareil pour le déshabillé blanc transparent qui boudinait Léa Seydoux à merveille -, mais la seconde était impensable en l'état. Certes, Edouard Baer fit des efforts pour son discours, plutôt spirituel, mais la énième présentation d'un jury sur lequel on savait déjà tout depuis l'après-midi, c'était vraiment too much.
Une heure après l'horaire annoncé, Todos lo saben démarrait enfin, et on peut largement supposer que le public lui réserva un tonnerre d'applaudissements dans le Grand Théâtre Lumière. D'ailleurs, tout y est applaudi, c'est bien connu. Farhadi, pour sa première production "todo" en espagnol, dirigeant le couple star Penélope Cruz/Javier Bardem, ressort malheureusement sa panoplie de bon élève cinéaste, nous servant un drame exemplaire mais terriblement convenu. A partir du kidnapping d'une adolescente lors d'un mariage, il thématise à l'envi sur les incohérences conjugales, restant d'une sagesse presque indécente dans sa mise en scène. La grammaire de ses plans - majoritairement des champ contre champ ne faisant pas mystère de la moindre réaction -, cette manière de disposer tous les personnages afin que le spectateur puisse voir tout le monde, augure stylistiquement d'une écriture stéréotypée, entre le classicisme hollywoodien auquel le cinéaste iranien le moins dérangeant de son pays voudrait se référer (Brooks, Mankiewicz, pour citer haut de gamme) et la dramatique de luxe telle que la télévision n'ose même plus en produire. Scénaristiquement entre Entre le ciel et l'enfer de Kurosawa et A chacun son enfer de Cayatte (totalement invisible pour des raisons que je n'ai jamais comprises), Everybody Knows - Todos lo saben est bien dans la lignée du cinéma de Farhadi, huilé mais sans surprises, abouti mais sans supplément d'âme, soit un cinéma d'auteur conforme à l'idée qu'un certain public peut se faire. En 2011, cela avait payé à Berlin: Ours d'or pour Une séparation. Cela va être plus difficile cette année à Cannes.

01:16 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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