09/05/2018

Cannes 2018, peintures de la misère

yomedine2.jpegOn ne peut pas être partout. Pendant que Scorsese reçoit le Carrosse d'or à la Quinzaine des réalisateurs, on découvre le film le plus intrigant du concours, ce Yomeddine bouleversant aux allures de road movie conduisant un lépreux et un petit garçon à la recherche de leurs origines. D'un monceau de détritus, décor de la première séquence, à un train qui passe sans s'arrêter, le récit est conduit sans détours inutiles par le cinéaste égyptien Abu Bakr Shawky vers une conclusion aussi généreuse que logique, non sans dévier un peu avant vers une peinture de la misère humaine faisant penser à Los Olvidados de Buñuel. Peu de films cèlent ainsi une émotion à l'état brut. Peu prédisposé à une soirée de gala, ce film âpre, naturaliste et cruel ne détonne pourtant nullement à Cannes.


donbass.jpgDu côté d'"Un certain regard", section parallèle officielle et non compétitive (du moins pour le Palmarès... officiel), c'est le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa qui a fait l'ouverture avec Donbass, long-métrage où s'accumulent les métaphores sur la guerre et le système politique ukrainien. Après Une femme douce, en compétition l'an passé, Donbass redit ses capacités à mettre le monde et ce que son cerveau en fait en images. Par instants saisissant - ces plans sous-terrain sur des familles prostrées sous terre sans chauffage ni eau ni lumière - à d'autres plus ennuyeux.

 

rafiki.jpgQuant à Rafiki, de Wanuri Kahiu, il ne doit sa présence à "Un certain regard" que grâce à son statut. Film lesbien et kenyan, interdit dans son pays, narrant l'impossible histoire d'amour de deux filles dont les pères sont en plus des concurrents politiques. C'est fortement coloré mais fort platement mis en scène, guère mieux en tout cas qu'un drame stéréotypé des années 70, et ce fut fort applaudi, sans que tout cela ne me surprenne trois secondes. Mais après plus de trente festivals de Cannes, il m'en faut pas mal pour me surprendre.

23:37 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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