12/05/2018

Cannes 2018, Godard et la finitude du monde et du verbe

imagegodard.jpgUne image qui résumerait toutes les autres. Une seule image parmi un nombre gigantesque (mais non infini) de pixels combinés entre eux, comme Le Livre de sable ou La Bibliothèque de Babel chez Borges. Finitude des images et du monde, du cinéma et du verbe. Le Livre d'image, du Godard dans le texte, dirait-on, somme et/ou juxtaposition de syntagmes, de fragments, de sèmes, de citations, d'auto-citations. Matière picturale, comme sortie des limbes, en fait du banc de montage, et cette réflexion sur le monde arabe, en marge et à la dérive du monde occidental, parce qu'il ne s'y est pas assez intéressé, ou pas comme il fallait, fournit à JLG une manière de prétexte. Tout aussi expérimental qu'Adieu au langage, certes sans ces digressions mathématiques dont je fus si friand (l'hypothèse de Riemann devenue pure poésie), Le Livre d'image m'a sans doute fasciné avec la même puissance. Parce qu'il ne raconte pas et ne se raconte pas. Et que le cinéma y est un geste ultime qui résumerait peut-être tous les autres.
eternels.jpgChez d'autres, les images se veulent détentrices de sens, comme ci-dessus. Ou gouvernent un récit. Ainsi chez Jia Zhang-ke, dans Les Eternels, titre français que je préfère à son "homologue" anglais, Ash is Purest White. Quinze ans de la vie d'une femme, Qiao, tombée amoureuse d'un caïd de la pègre locale, Bin (ci-dessus avec la cigarette), emprisonnée pour lui, puis partant à sa recherche à sa libération. Que dire sinon que l'affaire, avec ses clichés attendus sur les gangs, ne m'a guère emballé, et que le volonté de revisiter le film noir demeure à mon avis hors-champ. Une thèse des années 2030 s'intitulera peut-être "De la permanence de la musique des Village People dans l'oeuvre de Jia Zhang-ke" - YMCA ici, Go West dans le précédent Au-delà des montagnes, fascination pour l'heure inexplicable. Le titre le moins réussi de sa filmo, à mon sens.
cold.jpgPeut-on dire pareil pour Pavel Pawlikowski, qui n'a signé qu'une poignée de films, dont un Ida qui lui a ouvert les portes du grand cinéma d'auteur (en d'autres termes de Cannes)? Oui, en fait. Histoire d'amour et de renoncement entre un homme et une femme (qui devient chanteuse - je le précise pour justifier l'image que j'ai choisie ci-dessus) courant de la Pologne d'après-guerre au Paris des années 50, Cold War cultive le même sens du noir et blanc qu'Ida, mais l'esthétisme y est davantage gratuit. Chaque plan est composé à la règle et au compas, retenue et sobriété dictent leur loi dans un film où se lovent pourtant quelques éclats de sauvagerie. Mais Dieu que tout cela est corseté et bienséant!

00:17 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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