20/05/2018

Cannes 2018, entropie terminale

cannes fin.jpgL’impression que tout est passé trop vite et qu’en même temps, chaque journée tirait en longueur. Cannes (le Festival, indeed) est un concentré de paradoxes qui parfois abreuvent nos écrits ou commentaires. Et puis rien ne se passe jamais comme prévu, c’est un peu la loi. Hirokazu Kore-Eda Palme d’or pour Une affaire de famille, ce n’était pas vraiment le pronostic de ces bookmakers qui vont revenir nous saouler dès le retour du ballon rond à un niveau mondial le mois prochain. Godard honoré d’une Palme d’or spéciale – au moins certains jurés auront enfin vu un de ses films – avec son Livre d’image, réjouissant et glaçant, bien sûr. Les frondeurs, eux, n’ont rien. Burning de Lee Chang-Dong, que dalle. Trop beau, trop esthétique, trop cinéma, you know. Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, nada. Trop masculin, peut-être. Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, mon Dieu, non, cachez ce cinéma qui ne parle de rien – on voit mal les emplumées cannoises du monde du cinéma aimer ce grand film malade, elles nous surprendraient trop. Et ainsi de suite.

Sinon, ce 71e rendez-vous annuel nous conforta sur certains points. A savoir que comme les fêtes, les attachés de presse internationaux, même s’il reste des exceptions, ne servent quasiment à rien. Que l’utilité du peu accueillant (j’en fus victime) stand pavillonnaire de Swiss Films reste à discuter, peut-être en haut lieu (fédéral), puisque je n’ai une fois de plus croisé que des gens qui s’en plaignaient et que l’argent qui finance la chose pourrait in fine tout aussi bien aller ailleurs. Qu’à l’ère du numérique, la chose papier continue à proliférer et c’est tant mieux, vu la tenue plutôt salutaire des quotidiens cannois français (je ne lis guère les autres). Que le marché et ses participants, toujours pressés d’aller voir ailleurs s’ils y sont, a rapidement fermé ses portes sans se soucier le moins du monde de ce qui se passait au-dessus, c’est-à-dire à l’officiel. Samedi matin, il ressemblait à un grand bâtiment vide à l’abandon, avec interdiction d’y entrer. Même constat au Majestic, interdit aux badgés dès le 19 mai au matin, consignes de sécurité et bla bla.

Et puis ces questions, peu intéressantes. L’opération «3 jours à Cannes !», destinée à 1500 amoureux du cinéma entre 18 et 28 ans qui pouvaient venir au festival entre les 17 et 19 mai, était-elle censée suppléer la carence des festivaliers, semble-t-il moins nombreux que d’autres années ? La transformation des grilles horaires, mal vécue par les Parisiens, qui se plaignent de toute façon de tout, a-t-elle affecté nos us cannois ou pas du tout ? Sera-t-elle maintenue en 2019 ? Enfin, verra-t-on en Suisse Climax de Gaspar Noé, mon grand film maudit de Cannes 2018, aucune des trois séances programmées (ce qui n’est d’évidence pas assez) n’étant calable dans mon planning, ou ses producteurs (en qui j’ai genre zéro confiance) feront-ils une fois de plus en sorte que le moins possible de monde puisse le visionner ? Et ça, ce n’est pas seulement une question, c’est une supplique.

21:58 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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