09/07/2018

A Bologne, la découverte d'un Bergman inconnu

bergman.JPEGPlutôt que de faire un seul papier bilan, terme qui sied au final peu à une telle manifestation, je ferai plusieurs petits papiers sur ce 32e Festival de Bologne, qui s'est achevé en début du mois, enregistrant une fréquentation semble-t-il en hausse de 25%, ce qui n'est pas loin de la jauge maximale possible. L'un des événements de "Il Cinema ritrovato" aura été la présentation du seul film de Bergman inconnu, car ne figurant dans aucune rétrospective, Sånt händer inte här, qu'on trouve répertorié sur certains sites sous le titre Cela ne se produirait pas ici. Sorti en 1950, il se situe chronologiquement entre Vers la joie et Jeux d'été, deux films a priori mineurs dans l'oeuvre du maître. Sauf que son insertion, sa cohérence au sein du cursus bergmanien pose problème, et la raison pour laquelle Bergman s'est toujours opposé à sa (re)diffusion dans un cadre rétrospectif, refusant systématiquement les propositions du Svenska Filminstitutet, la cinémathèque suédoise, pour ne citer qu'elle, n'est pas à chercher ailleurs.
Pour faire simple, Sånt händer inte här ne ressemble pas à un film de Bergman tel qu'on peut le supposer. Pas d'analyse de l'âme humaine, ni de crises de conscience, ni de métaphysique au sens strict, mais plutôt des contours de polar, de film noir, écrin pour la star suédoise Signe Hasso, alors en plein essor américain, qui ne tourna qu'une seule fois avec Bergman. Au bas mot, un film de genre, ni pire ni meilleur que tous ceux que les pays européens tentaient alors de produire pour imiter les modèles américains, avec toutefois un sentiment de malaise, l'impression que Bergman n'est pas vraiment à son affaire, au point de bâcler la conclusion d'une intrigue pourtant terriblement prévisible. D'une affaire d'agents secrets mettant en présence un état imaginaire, le Liquidatzia, et des émigrés qu'on tente de faire passer illégalement, tout cela mâtiné d'une histoire d'amour bien peu utile, il tire un film sans grand relief, mais avec tout de même un sens de la géométrie (le cadre dans l'image ci-dessus en donne un aperçu) souvent palpable dans la froideur compassée et soignée du récit. C'est de cette esthétique toute en lignes droites et en compacité qu'on peut tirer un plaisir visuel, sans parler du bonheur seul de découvrir une pure rareté qui a d'ailleurs nécessité, vu l'affluence, une séance supplémentaire. Les grands Bergman, eux, ne surgiront que vers la fin de cette décennie. Un coup d'oeil à sa filmographie suffira à le prouver.

15:03 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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