• Ils nous ont quittés en juin 2018

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    xxx.pngHistoire de se rappeler que le Festival de Locarno avait contribué à faire connaître l’œuvre de Kira Mouratova (photo 2). De se demander qui, après Marc Ogeret, chantera encore du Léo Ferré. D’affirmer, avec Stanley Cavell, que le cinéma peut être une branche de la philo. D’apprendre qu’il a existé – et qu’il existe toujours – une coupe du monde d’accordéon qu’Yvette Horner (photo 3) remporta en 1948. Et d’être conscient que le rap, après le meurtre de XXXTentacion (photo 1), est décidément une discipline artistique dangereuse, voici la liste des principaux disparus de juin en cinéma et en culture.

    mouratova.jpgStanley CAVELL, philosophe américain (1er septembre 1926 - 19 juin 2018).
    Edu DEL PRADO, chanteur et danseur espagnol (17 août 1977 - 23 juin 2018).
    René GILSON, réalisateur français (8 septembre 1921 - 6 juin 2018).
    Yvette HORNER, accordéoniste française (22 septembre 1922 - 11 juin 2018).
    Liliane MONTEVECCHI, actrice française (13 octobre 1932 - 29 juin 2018).
    Kira MOURATOVA, réalisatrice soviétique puis ukrainienne (5 novembre 1934 - 6 juin 2018).
    Marc OGERET, chanteur français (25 février 1932 - 4 juin 2018).
    Paul-Louis THIRARD, critique de cinéma français (30 octobre 1932 - 24 juin 2018).
    XXXTENTACION, rappeur américain (23 janvier 1998 - 18 juin 2018).

    horner.jpg

     

  • La Mostra de Venise déjà affolante sur le papier

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    first.jpgCeux qui s'attendaient à du solide ne seront pas déçus. La sélection de la prochaine Mostra de Venise est à première vue assez démente. Les plus grands, soit Olivier Assayas, Jacques Audiard, Carlos Reygadas, Damien Chazelle (dont First Man - photo - fait l'ouverture), les frères Coen, Alfonso Cuaron, Luca Guadagnino (avec le remake de Suspiria d'Argento), Mike Leigh, Mario Martone, Laszlo Nemes (grand retour de l'auteur du Fils de Saul), Shinya Tsukamoto, vont par exemple batailler dans la course au Lion d'or. Mais hors-compétition, Tsai Ming-Liang, Frederick Wiseman, Amos Gitai, Pablo Trapero, Valeria Bruni-Tedeschi, Errol Morris, Emir Kusturica, Zhang Yimou ou Sergei Loznitsa, vont eux aussi drainer nos attentions. Et je m'arrête là pour ne pas lasser le lecteur, mais je n'ai clairement pas tout cité. On ne sait pas ce que valent tous ces films, tous ces noms qui cristallisent déjà des attentes cinéphiles parfois disproportionnées, mais on peut déjà affirmer qu'Alberto Barbera, directeur de la Mostra, a ramassé tout ce qu'il pouvait pour composer un programme aussi étincelant qu'affolant, confortant le retour de Venise dans le haut du panier des grands festivals mondiaux. En guise de préouverture, Le Golem de Paul Wegener (1920, deuxième photo), chef d'oeuvre et classique restauré en 4K, nous permet déjà de savoir où se nichera le grand cinéma à la fin du mois prochain. Voici la liste des films en et hors-compétition (je ne liste pas les autres sections pour ne pas trop surcharger ce billet, qui se veut bref) de la 75e Mostra de Venise, qui aura lieu du 29 août au 8 septembre.

    Compétition:
    First Man de Damien Chazelle (film d'ouverture)
    Doubles vies d'Olivier Assayas
    Les Frères Sisters de Jacques Audiard
    Vox Lux de Brady Corbet
    The Ballad of Buster Scruggs de Joel et Ethan Coen
    Roma d'Alfonso Cuarón
    22 July de Paul Greengrass
    Suspiria de Luca Guadagnino
    Werk ohne Autor de Florian Henckel von Donnersmarck
    The Nightingale de Jennifer Kent
    The Favourite de Yórgos Lánthimos
    Peterloo de Mike Leigh
    Capri-Revolution de Mario Martone
    What You Gonna Do When The World's On Fire? de Roberto Minervini
    Sunset de László Nemes
    Frères ennemis de David Oelhoffen
    Nuestro tiempo de Carlos Reygadas
    At Eternity's Gate de Julian Schnabel
    Acusada de Gonzalo Tobal
    Killing de Shinya Tsukamoto


    Hors compétition:
    The Other Side of the Wind d'Orson Welles
    They'll Love Me When I'm Dead de Morgan Neville
    L'Amica geniale de Saverio Costanzo
    Il Diario di Angela - noi due cineasti de Yervant Gianikian
    A Letter to a Friend in Gaza d'Amos Gitaï
    Aquarela de Viktor Kossakovsky
    El Pepe, una vida suprema d'Emir Kusturica
    Process de Sergei Loznitsa
    Carmine Streets Guitars de Ron Mann
    ISIS tomorrow. The Lost Soul of Mosul de Francesca Mannochi & Alessio Romenzi
    American Dharma d'Errol Morris
    Introduzione all'oscuro de Gastón Solnicki
    1938 Diversi de Giorgo Treves
    Your Face de Tsai Ming-Liang
    Monrovia, Indiana de Frederick Wiseman
    Una storia senza nome de Roberto Andò
    Les Estivants de Valeria Bruni Tedeschi
    A Star is Born de Bradley Cooper
    Mi obra maestra de Gastón Duprat
    A Tramway in Jerusalem d'Amos Gitaï
    Un Peuple et son roi de Pierre Schoeller
    Dragged Across Concrete de S. Craig Zahler
    The Mountain de Rick Alverson
    La Quietud de Pablo Trapero
    Shadow de Zhang Yimou

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  • A Bologne, la révélation d'une cinéaste majeure

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    notari.jpgD'Elvira Notari, je ne connaissais qu'une réputation et quelques livres qui lui furent préalablement consacrés. Mais a priori aucun film, alors qu'elle fut particulièrement prolifique depuis 1906. Plus de soixante titres, dit-on, des ennuis avec la censure fasciste, ce qui n'arrange pas a posteriori la visibilité des oeuvres, et la création d'une société de production, la Dora Film, qu'elle fonde avec son époux, le peintre Nicola Notari, à Naples. C'est à Naples que cette pionnière, première réalisatrice de l'histoire du cinéma italien et l'une des premières femmes auteurs du septième art (je la préfère désormais à Alice Guy-Blaché ou Germaine Dulac, mais ceci est une autre histoire), signa tous ses films, dirigeant souvent sa propre famille sans se soucier d'aucune contingence. Une Naples ouvrière, prolétarienne, réaliste. Les images de È Piccerella (les trois photos en sont tirées), film de 1922 présenté cette année à Bologne dans le cadre spécial d'un hommage à Naples, sont tout bonnement saisissantes. Des grappes de femmes aux sourcils charbonneux, hétaïres sauvages et farouches que des hommes vont convoiter puis affronter en duels amoureux, dans des élans de folie hérités aussi bien du divisme que de la tragédie.
    notari2.jpgIl y a Naples, prise sur le vif, restituée sans atours, dans toute sa brutalité d'il y a cent ans. Et il y a ces actrices inconnues, visages saisissants sortis de l'oubli, héroïnes d'une société machiste que Notari filme pourtant avec une fascination qui relève d'un véritable féminisme avant la lettre. On reste scotché devant l'audace visuelle et poétique d'un monde perdu qui se recompose ainsi dans une suite de plans qui paraissent trancher totalement avec ce qu'on connaissait jusque-là du muet italien. Elvira Notari (1875 - 1946), n'ayons pas peur des mots, fut une révolutionnaire. Sans laisser d'héritage - aucun cinéaste ne se réclame d'elle aujourd'hui, et c'est un peu normal, vu le peu de personnes qui ont dû voir ses films - ni revendiquer aucune appartenance, elle a bâti une oeuvre désormais éparpillée en fragments que les cinémathèques se disputent. D'autres titres existent, il y en a même des extraits sur YouTube, mais un véritable hommage à cette pionnière semble désormais nécessaire.

    notari3.jpg



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