13/07/2018

A Bologne, la révélation d'une cinéaste majeure

notari.jpgD'Elvira Notari, je ne connaissais qu'une réputation et quelques livres qui lui furent préalablement consacrés. Mais a priori aucun film, alors qu'elle fut particulièrement prolifique depuis 1906. Plus de soixante titres, dit-on, des ennuis avec la censure fasciste, ce qui n'arrange pas a posteriori la visibilité des oeuvres, et la création d'une société de production, la Dora Film, qu'elle fonde avec son époux, le peintre Nicola Notari, à Naples. C'est à Naples que cette pionnière, première réalisatrice de l'histoire du cinéma italien et l'une des premières femmes auteurs du septième art (je la préfère désormais à Alice Guy-Blaché ou Germaine Dulac, mais ceci est une autre histoire), signa tous ses films, dirigeant souvent sa propre famille sans se soucier d'aucune contingence. Une Naples ouvrière, prolétarienne, réaliste. Les images de È Piccerella (les trois photos en sont tirées), film de 1922 présenté cette année à Bologne dans le cadre spécial d'un hommage à Naples, sont tout bonnement saisissantes. Des grappes de femmes aux sourcils charbonneux, hétaïres sauvages et farouches que des hommes vont convoiter puis affronter en duels amoureux, dans des élans de folie hérités aussi bien du divisme que de la tragédie.
notari2.jpgIl y a Naples, prise sur le vif, restituée sans atours, dans toute sa brutalité d'il y a cent ans. Et il y a ces actrices inconnues, visages saisissants sortis de l'oubli, héroïnes d'une société machiste que Notari filme pourtant avec une fascination qui relève d'un véritable féminisme avant la lettre. On reste scotché devant l'audace visuelle et poétique d'un monde perdu qui se recompose ainsi dans une suite de plans qui paraissent trancher totalement avec ce qu'on connaissait jusque-là du muet italien. Elvira Notari (1875 - 1946), n'ayons pas peur des mots, fut une révolutionnaire. Sans laisser d'héritage - aucun cinéaste ne se réclame d'elle aujourd'hui, et c'est un peu normal, vu le peu de personnes qui ont dû voir ses films - ni revendiquer aucune appartenance, elle a bâti une oeuvre désormais éparpillée en fragments que les cinémathèques se disputent. D'autres titres existent, il y en a même des extraits sur YouTube, mais un véritable hommage à cette pionnière semble désormais nécessaire.

notari3.jpg



17:31 Publié dans Cinéma, Cinéma muet | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

12/07/2018

Ils nous ont quittés en mai 2018

roth2.jpgLorsqu'un écrivain disparaît, la prise de conscience qu'il ne produira plus rien de nouveau, sauf inédits posthumes, s'installe. Parfois douloureusement. En mai sont parties de grosses pointures en la matière, particulièrement côté américain. Philip Roth (photo 1) et Tom Wolfe (photo 2) ont chacun illuminé le siècle et influencé le paysage littéraire. De tels géants sont rares. Ils sont morts à huit jours d'écart. En France, le théoricien Gérard Genette (photo 3) - que ceux qui ne l'ont pas étudié lèvent la main - a lui aussi tiré sa révérence. Parlera-t-on encore de narratologie dans un siècle? Voici la liste des principaux disparus du cinéma et de la culture en mai 2018.

wolf.jpg
Alexandre ASKOLDOV, réalisateur soviétique (17 juillet 1932 - 21 mai 2018).
Pierre BELLEMARE, animateur de télévision français (21 octobre 1929 - 26 mai 2018).
Roberto FARIAS, cinéaste brésilien (27 mars 1932 - 14 mai 2018).
Anna Maria FERRERO, actrice italienne (18 février 1934 - 21 mai 2018).
Gérard GENETTE, critique littéraire français (7 juin 1930 - 11 mai 2018).
Margot KIDDER, actrice canadienne (17 octobre 1948 - 13 mai 2018).
Vincent MCEVEETY, réalisateur américain (10 septembre 1929 - 19 mai 2018).
MAURANE, chanteuse belge (12 novembre 1960 - 7 mai 2018).
Abi OFARIM, chanteur israélien (5 octobre 1937 - 4 mai 2018).
Ermanno OLMI, réalisateur italien (24 juillet 1931 - 7 mai 2018).
Lucian PINTILIE, réalisateur roumain (9 novembre 1933 - 16 mai 2018).
Pierre RISSIENT, réalisateur et scénariste français (4 août 1936 - 6 mai 2018).
Philip ROTH, écrivain américain (19 mars 1933 - 22 mai 2018).
Clint WALKER, acteur américain (30 mai 1927 - 21 mai 2018).
Tom WOLFE, écrivain américain (2 mars 1930 - 14 mai 2018).

genette.png

17:21 Publié dans Hommages, rétrospective mensuelle | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

11/07/2018

Locarno 2018, et nos rétines ont déjà le vertige

liberty.jpgAvant d'aborder Locarno, dont le programme vient d'être dévoilé, avant de découvrir les films qui y seront présentés, autant de titres dont on ne sait rien, on peut lire ce que dit Carlo Chatrian de cette édition, qui sera également sa dernière en tant que directeur artistique, puisqu'il s'envolera ensuite pour prendre les rênes de la Berlinale. Placée sous le signe de l'humanisme, son introduction au programme 2018 allèche surtout parce qu'elle fait preuve de gourmandise. Une fois de plus, il y dresse des passerelles entre le présent du cinéma et son passé. Evoque Mae West (égérie de l'un des films de la rétrospective McCarey) en parlant du dernier film de Julio Bressane, Seduçao da carne, en section "Signs of Life". Cite Irene Dunne (autre muse de McCarey) en brandissant Mary Kay Place , actrice de Diane de Kent Jones, en compétition. Evidemment, il sait de quoi il parle. Il a vu et sélectionné les films, nous pas. Donc on ne peut que lui faire confiance, ou pas. Après, nos sensibilités (et goûts) mettront peut-être à mal ces choix, peu importe. En attendant, c'est sur ce contrat de confiance, tacite, que se dessinent les contours d'un festival qu'un premier et rapide coup d'oeil suffit déja à affoler nos rétines.
vent oberli.jpgSur la Piazza, il y aura Laurel et Hardy en ouverture - le célèbre Liberty (1929, photo du haut), l'un des innombrables courts de McCarey qui ont assis la réputation du tandem -, suivi d'une comédie, Les Beaux Esprits de Vianney Lebasque. Puis dans le désordre, on y verra le dernier Spike Lee primé à Cannes, BlacKkKlansman, le début d'une série signée Bruno Dumont, Coincoin et les z'inhumains, assorti d'un Léopard d'honneur décerné à son auteur, et les derniers films de Bettina Oberli (Le Vent tourne, photo), Delépine/Kervern, Ethan Hawke (qui recevra un prix), Denis Rabaglia ou Antoine Fuqua pour l'action testostéronée. En compétition, on peut déjà citer Radu Muntean (avec Alice T.), qui sait généralement ce qu'il filme, Hong Sangsoo (Hotel by the River), plus actif que jamais, Thomas Imbach pour les Suisses (Glaubenberg), Yolande Zauberman qui se fait rare (M), et le déjà intrigant La Flor de Mariano Llinas, production argentine dont la durée déjoue a priori toute classification, puisque le film fait 815 minutes, soit un peu plus de... 13 heures. En section Cinéastes du présent, on prendra des nouvelles de Virgil Vernier (Sophia Antipolis), pendant qu'à la Semaine de la critique, on retrouvera Nicolas Wadimoff avec L'Apollon de Gaza. Mais je ne vais pas continuer à lister des titres ou des invités dont vous trouverez sans peine l'énumération sur le site du festival, et encore moins chercher à en tirer des angles thématiques, démarche obsessionnelle chez les journalistes, il sera bien temps d'en reparler dès le 1er août, jour d'ouverture de cette 71e édition. Pléthorique, curieux, contrasté, revigorant, profus et désenchanté. C'est ainsi qu'on espère, tout à fait secrètement, Locarno 2018. Buona visione!

14:48 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |