15/08/2018

Ils nous ont quittés en juillet 2018

lanzmann.jpgIl a été le premier à parler des camps de concentration, de l'holocauste perpétrée par les nazis durant le second conflit mondial, de la solution finale et des horreurs de cette extermination massive, sans recourir aux images d'archives. Dans Shoah, il donne la parole à des témoins, survivants, évadés, victimes, villageois des alentours, et même à des bourreaux. Il retourne filmer les lieux du génocide. L'ensemble fait près de dix heures. Le film est terrible. Eprouvant et nécessaire. Je me souviens de l'avoir visionné en deux parties à Genève, en 1986, au cinéma Paris devenu aujourd'hui Auditorium Arditi, dans une salle comble et en pleurs. Qu'un rabbin y avait entonné des prières et des chants à la fin de la séance. L'auteur du film, Claude Lanzmann, est décédé en juillet parmi d'autres personnalités du cinéma et de la culture dont voici la liste non exhaustive.


François BUDET, auteur-compositeur-interprète français (3 octobre 1940 - 5 juillet 2018).
François CORBIER, chanteur et animateur de télévision français (17 octobre 1944 - 1er juillet 2018).
Stan DRAGOTI, réalisateur américain (4 octobre 1932 - 13 juillet 2018).
Tab HUNTER, acteur américain (11 juillet 1931 - 8 juillet 2018).
Claude LANZMANN, réalisateur français (27 novembre 1925 - 5 juillet 2018).
Maurice LEMAÎTRE, écrivain français (23 avril 1926 - 2 juillet 2018).
Robby MÜLLER, directeur de la photographie néerlandais (4 avril 1940 - 3 juillet 2018).
Claude SEIGNOLLE, écrivain français (25 juin 1917 - 13 juillet 2018).
Carlo VANZINA, réalisateur italien (13 mars 1951 - 8 juillet 2018).

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11/08/2018

Locarno 2018, «Fausto», un mythe, des fantômes

fausto2.jpgDes festivals, il ne restera que des fantômes. Silhouettes erratiques figées par quelques caméras, images numériques ou argentiques, combustion de pixels prompts à s’autodétruire – et au diable vos 4K, ultra HD, 6K et futurs NK ! Dans Fausto, énième dissertation sur un vieux mythe, ce ne sont que convocations d’âmes perdues, métamorphoses d’entités chassées, tout un monde qui n’existe pas ailleurs que dans certains imaginaires, ici celui de la cinéaste canadienne Andrea Bussmann (une femme, oui, et en fais-je tout un plat ?), qui nous invite à un voyage de tout repos dans les confins du silence et de l’oubli. Son film est communion, il se passe de récit, ou plutôt de l’idée qu’on peut se faire, parfois, du récit. Il (re)donne vie aux corps, animaux ou humains, traque ce qu’il y a derrière – non pas au-delà - d’un paysage. Point d’exégèse, nulle directive donnée aux spectateurs. Tout film est voyage, disais-je, certains déroutent plus que d’autres. Rien ne me séduit plus que ces sorties de route inattendues, ces culs-de-sac qui n’en sont pas et nous traînent doucement vers d’inconnues contrées que le cinéma se donne l’air de défricher. En compétition aux «Cinéastes du présent» du Locarno Festival 2018, Fausto a eu droit à une mention.

fausto.jpg

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10/08/2018

Locarno 2018, "Genèse" programmatique

genèse.jpegLe cinéma ne peut pas s'imaginer à partir d'un instant T, qui serait le présent, et ne pas envisager ce qui fut avant. Lui-même continuation de l'histoire de la littérature, qui n'a pas disparu à la naissance du septième art aussitôt après les essais balbutiés des Brüder Skladanowsky, le cinéma, cet art en mouvement qui figure le mouvement, n'est jamais aussi séduisant que lorsqu'il peut s'inscrire dans une continuité, une réinvention, presque une eschatologie de la paresse. On le sent toujours à Locarno, et cette année n'y fit pas exception. Pas question pour autant de se livrer à un bilan, voire à un prébilan, ce qui n'est jamais le principe à l'oeuvre dans mon blog. A propos de Genèse de Philippe Lesage, ci-dessus illustré, j'ai déjà cité, ailleurs mais pas ici, les influences, secrètes ou assumées (qu'importe) de Jean Vigo et Laurent Cantet. Mais la comparaison est affaire de cadre, de contexte, la classe, l'internat, en l'occurrence l'école privée de garçons. Pour trouer la narration brisée que travaille le cinéaste québécois, il y a ces blocs de chansons, au tout début puis dans l'ultime partie, la plus impossible. Chansons de groupes, moments de communion - in fine autour du feu, guitares en mains, comme pour parfaire l'idée d'un cliché boy scout dont la primalité semble irréductible à tout récit initiatique de ce type -, instant de partage, et peut-être le seul possible avec celui qui consiste à réunir des personnages dans un même lieu, chambre, classe, clairière.

Car les sentiments, leur naissance, leur infusion, leur réalisation, mènent en fait à la destruction. En révélant son amour à son meilleur ami, Guillaume se retrouve seul et chassé de l'établissement. Même son coming out n'a pas réelle raison d'être, il n'a rien clarifié, au contraire, devrait-on ajouter. En imposant à Charlotte une relation basée sur la liberté, son petit ami va lui aussi tout perdre, et provoquer la perte de la jeune femme, qui devient objet sexuel pour des amants de passage qui ne promettent rien d'autre, ou si peu. Seule l'ultime histoire de Genèse, mais la fin demeurera ouverte, notre impatience ne se satisfaisant pas d'une banalité romantique qui vient presque contredire l'aspect programmatique du titre, semble promettre un hors-champ heureux et gorgé d'espoir juvénile. Qu'en est-il vraiment? Nous ne le saurons pas. Genèse n'est pas un film où il s'agit de deviner ce qui adviendra ultérieurement. Il ne dispense aucune morale, ni leçon ni conseil, ni bienfaits sentimentaux, il travaille juste la matière des corps, réunis dans un espace commun, traversés par divers sentiments contradictoires et pérennes, blocs immémoriaux que le présent du film s'amuse à déjouer, avec un sens du tragique qu'on se plait à adorer, peut-être parce que sa rareté est réelle dans le cinéma actuel. Voilà quelques fugaces notations sur l'un des films phares du 71e Locarno Festival. Je ne sais pas s'il aura le Léopard d'or, mais on ne peut évidemment pas l'exclure.

16:09 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |