28/10/2018

«Nos batailles», tous les combats du monde

batailles2.jpg«La vie n’est pas facile» disait une célèbre chanson. En tout cas pas pour Olivier (Romain Duris), qui se démène au travail pour lutter contre les injustices. Les choses se compliquent encore lorsque sa femme le quitte, le laissant en plan avec ses enfants. Guillaume Senez, lui, nous laisse sans voix à l’issue d’un film qui finit par tous nous concerner et dans lequel on emboîte le pas de son héros, sans savoir si on fonce droit dans le mur ou si au contraire on va pouvoir trouver ces chemins de traverse menant vers la liberté. Ces batailles, ce sont «nos» incertitudes. Et son combat, son parcours, un peu les nôtres, forcément. Nos batailles, réussite majeure de cette rentrée cinématographique, révélé en mai dernier à la Semaine de la Critique (non loin d’un autre film, Sauvage, sur lequel je reviens d’ici quelques jours), qui était décidément la section où tout se passait à Cannes cette année. D’où l’envie, le besoin, de réaliser un entretien avec Guillaume Senez, auteur franco-belge dont Nos batailles est le deuxième film. Et si vous ne l’avez pas encore vu, vous savez ce qui vous reste à faire.

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Pourquoi avoir choisi la première personne du pluriel dans le titre de votre film, Nos batailles ?

Parce qu’il raconte plusieurs batailles, plusieurs combats. Au niveau de la famille, du travail, de la vie intime. Le fait de dire «Nos» suggère qu’en plus de concerner les personnages du film, ces batailles sont aussi celles du spectateur. Qu’elles appartiennent à tout le monde en somme.

C’est une manière d’affirmer que ce que dit le film nous concerne tous ?

Par rapport aux problématiques du quotidien, oui. Après, il y a toujours des gens qui passent à côté.

Qu’est-ce qui est, selon vous, le plus dramatique pour votre personnage ?

Le départ de sa compagne est l’élément déclencheur de ses batailles. Mais il y a pas mal d’autres choses. La non communication autour de ses enfants, le fait qu’il n’arrive pas à aider les gens qu’il aime. Cette accumulation explique le pluriel du titre.

Le sujet du film a-t-il déterminé la forme et le choix de la mise en scène ?

Oui et non. Nous sommes dans un cinéma naturaliste. Donc c’est surtout une méthodologie de travail avec les acteurs qui détermine pour moi le film. Je ne leur donne pas les dialogues et on travaille sur les enjeux de l’histoire, les intentions qu’elle véhicule. On arrive ainsi aux dialogues par la liberté tout en étant limité dans les choix offerts. Tout cela détermine ensuite la mise en scène.

Dans cette logique, quel type de directeur d’acteurs êtes-vous ?

J’aime bien la spontanéité qui jaillit du travail tel que je vous l’ai décrit. On oublie trop souvent la spontanéité dans le cinéma d’aujourd’hui. Sinon, j’aime que les comédiens soient présents tout le temps. Si tout le monde participe un peu au film de cette manière, c’est aussi mieux. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Ensemble, nous tâchons de sublimer le scénario.

Pourquoi Romain Duris dans le rôle principal ?

C’est quelqu’un que j’ai toujours apprécié. Il a joué avec plusieurs grands metteurs en scène mais je sentais qu’il n’aurait pas peur de travailler différemment, en l’occurrence sans filet. Et puis il avait aimé Keeper, mon premier film.

Dans Keeper, on assistait aussi déjà, dans un sens, à l’éclatement d’une cellule familiale. Ce thème vous obsède-t-il ?

Oui, même si on ne fait pas du cinéma pour résoudre les problèmes qu’on a. J’essaie d’amener de l’empathie pour tous les personnages. Dans Keeper comme dans Nos batailles.

Nos batailles dénote-t-il davantage d’ambitions ?

En termes d’écriture, oui. Le film est plus complexe. Il y avait aussi plus de confort financier. Mais cela reste un film d’auteur, avec tout ce que cela suppose, c’est-à-dire une certaine difficulté à se monter financièrement. Son enjeu n’est en tout cas pas de rapporter de l’argent.

Vous arrive-t-il de vous comparer à d’autres cinéastes naturalistes, de Ken Loach à Stéphane Brizé, dont le récent En guerre traite de thèmes tout à fait similaires aux vôtres dans Nos batailles ?

Je ne me compare pas, mais je regarde énormément tous les films qui peuvent se rapporter au genre. Les Dardenne ou Loach m’ont passablement nourri. Mais si je devais n’en citer qu’un seul, ce serait Mike Leigh. leigh.jpgSinon, je cherche toujours à faire un film qui tende vers une émotion, pas seulement un constat comme certains pourraient le penser. J’essaie avant tout de rester cinéphile. Et dans ce domaine, je suis très éclectique. Sans aimer ce qui est trop commercial, ni lorsqu’on me prend trop par la main. J’aime que la réflexion vienne du spectateur.

kacey.jpgAvez-vous encore des contacts avec Kacey Mottet-Klein, qui était le héros de Keeper ?

On s’est un peu perdus de vue. Mais je l’apprécie beaucoup, c’est quelqu’un d’extrêmement attachant.

Que vous a apporté la sélection de Nos batailles à Cannes, à la Semaine de la Critique ?

L’opportunité de faire un troisième film. Grâce à Cannes, ce sera plus facile. Vous savez, un film, on le porte des années. Et la seule chose qui compte vraiment, c’est, à chaque fois que je réalise, de me dire que je pourrai en faire un autre ensuite. Là, c’est en cours de gestation. Cela va prendre un peu de temps, sans doute un peu plus de deux ans.

Entretien réalisé le 24 octobre. Remerciements à Eric Bouzigon.

 

17:41 Publié dans Cinéma, Le cinéma des cinéastes (interviews) | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Du cinéma à la vie….

Authentique: un chômeur abandonné par sa femme qui demeurait responsable de leurs enfants sans trouver du travail jusqu'au jour où il se présenta une issue contraire à l'ensemble de ses ressentis dans les expérience cruelles sur les animaux.

Arrivant en fin de droit… pas d'autre place à l'horizon... il accepta dans la honte et le désespoir.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 30/10/2018

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