Bologne 2019, le cinéma d'il y a cent ans

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red3.jpgBologne a l'âge du Christ. Le festival "Il Cinema ritrovato", qui a eu lieu du 22 au 30 juin 2019, a fêté ses 33 ans. Ni plus ni moins pléthorique que d'habitude - l'euphémisme n'est jamais loin -, il continue à tirer sa force de sa densité, de la cohabitation anarchique de grands classiques restaurés avec les raretés les plus absolues, d'une prolifération de sections sans commune mesure, et d'invités souvent prestigieux - citons Francis Ford Coppola, Jane Campion, Nicolas Winding Refn -, venus présenter des films ou animer des master class sans qu'il soit besoin de sortir le tapis rouge. Parmi toutes ces entrées, la section "Cento anni fa" (littéralement "il y a cent ans"), dévolue cette année en toute logique à 1919, reste celle qui m'intéresse au premier chef. Sortie ébranlée du conflit mondial, la planète cinéma n'a pas attendu pour se reconstruire. Parti aux Etats-Unis, le génial Albert Capellani y dirige la grande Alla Nazimova, sans doute ingérable sur le tournage de The Red Lantern (photo 1). Elle est alors au sommet de sa gloire, et probablement influencée par quelques divas italiennes. Celles-ci sont pourtant déjà presque sur le déclin, même si Italia Almirante Manzini donne l'impression du contraire dans un Genina étourdissant de la même année, La Maschera e il volto.
Côté divas, c'est un peu tout ce qu'on a pu se mettre sous la rétine cette année, avec néanmoins un fragment alléchant de My Little Baby de Giuseppe De Liguoro, drame conçu en 1916 pour Francesca Bertini - dans l'une de ses rares incursions comiques - dont on aurait aimé voir l'intégralité. Toujours en 1919, le cinéma allemand se teinte de gravité pour évoquer un sujet alors totalement tabou, l'homosexualité, dans Anders als die Andern de Richard Oswald (photo 2). La modernité du métrage, l'audace du sujet, la splendeur de la mise en scène: le film était assurément en avance sur son temps. La modernité n'est pas en reste non plus chez Mauritz Stiller, qui signe en 1919 deux quasi chefs d'oeuvre, Le Chant de la fleur écarlate et Le Trésor d'Arne. Nous sommes en Suède, le décor est celui du mythe, de la légende, mais le réel vient aussi se diffracter et se briser contre les lames du drame qui couve dès les premières bobines de ces films. Sur les trois-quarts de la planète, le muet monte alors en puissance. Même en Inde, où Kaliya Mardan, l'un des rares films ayant survécu, s'occupe de l'enfance de Krishna.

anders.jpgMais Bologne 2019, ce fut aussi un bel hommage à Jean Gabin, la traditionnelle section "Retrouvés et restaurés", l'apparition de la couleur dans les films, une rétrospective Henry King, une autre dédiée à Felix E. Feist, petit maître du film noir dont on ne connaissait quasi rien, une autre encore consacrée à Eduardo De Filippo, un cycle Youssef Chahine, la suite de l'intégrale Buster Keaton, un panorama très complet de l'apport, devant et derrière caméra, de Musidora, des découvertes de la Fox, un focus sur l'année 1899, les documentaires de Georges Franju, un hommage au FESPACO (Festival du film de Ouagadougou), un cycle de longs-métrages inconnus d'Allemagne de l'Ouest, l'âge d'or du cinéma coréen (les années 60). Et c'est (presque) tout. Cela vaudra surtout un autre billet dans les jours à venir sur cette 33e édition de Bologne.

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