• Hypothèse de Riemann, y aurait-il du nouveau?

    Imprimer Pin it!

    riemann.jpgLes zéros non triviaux de la fonction zêta n'ont pas fini de nous empêcher de dormir. Toujours irrésolue, l'hypothèse de Riemann, qui reste l'un des sept problèmes du millénaire, a bien failli récemment chuter de son piédestal, mais l'affaire a tourné court. Rappelons en gros en quoi consiste cette hypothèse, déjà abordée et résumée dans plusieurs billets de mon blog qu'on peut retrouver dans la section "mathématiques". Pour faire simple et concis, quitte à sauter des étapes par dizaines, la conjecture stipule que les zéros de la fonction zêta (somme infinie portant sur les inverses des nombres entiers avec des puissances en nombres complexes), c'est-à-dire les valeurs pour lesquelle cette fonction s'annule, contrôlent la répartition des nombres premiers. Si l'hypothèse était vraie, la fonction zêta permettrait alors d'estimer avec précision la distribution des nombres premiers. Vous avez à peu près suivi et surtout entrevu l'importance d'une telle démonstration, si elle a lieu un jour? En ce cas, la tentative récente pour en venir à bout peut vous intéresser.
    Car, peut-être inspiré par le génie d'Andrew Wiles qui démontra Fermat il y a quelques années en passant par des outils de la théorie des nombres a priori sans grand rapport avec l'identité impossible laissée en marge d'un traité de Diophante par l'un des plus grands esprits scientifiques du XVIIe siècle, un groupe de mathématiciens a récemment repris une approche abandonnée pour démontrer Riemann. Une piste qui remonte à 1927. Cette année-là, un mathématicien hongrois avait établi une relation d'équivalence entre l'hypothèse de Riemann et un autre problème, soit l'hyperbolicité de certains polynômes dits de Jensen, qui se définissent par leur degré et leur décalage. Si leurs zéros étaient tous réels, alors ces polynômes seraient dits hyperboliques. Reste à prouver que c'est le cas. Et le souci, c'est qu'il existe une infinité de ces polynômes.
    C'est donc récemment que quatre mathématiciens ont opéré une avancée en démontrant cette hyperbolicité pour une grande classe de polynômes de Jensen. Mais pas tous. Pas jusqu'à l'infini. Pire, leur approche est considérée comme trop difficile pour être généralisée et aboutir à une démonstration en bonne et due forme de l'hypothèse de Riemann. Ce qui nous ramène (presque) à la case départ. Rappelons que l'hypothèse de Riemann a été démontrée pour 10¹³ zéros non triviaux de la fonction zêta. Ces zéros ont tous pour partie réelle 1/2. Il suffirait malheureusement qu'on trouve un seul zéro non trivial avec une valeur différente pour que l'hypothèse de Riemann soit définitivement infirmée. En 2018, l'ex-médaillé Fields Michael Atiyah avait tenté une démonstration par l'absurde en supposant qu'un tel contre-exemple existe, justement. Mais il ne semble pas avoir convaincu la communauté mathématique. Pour la suite, rendez-vous dans cent ans, du moins pour la partie de l'humanité qui aura survécu.

    Lien permanent Catégories : Mathématiques, Sciences 0 commentaire
  • L’homophobie surgit de plein fouet dans «ProjetPieuvre»

    Imprimer Pin it!

    Voici le visage tuméfié de Lucas, qui s'est fait tabasser par des inconnus parce qu'il embrassait son copain dans la rue. En abordant de manière frontale le thème de l'homophobie, la web série "ProjetPieuvre" franchit un cap. Il était temps de lui consacrer un billet et de tenter une analyse succincte des trois derniers épisodes, ou plutôt instants.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Internet 0 commentaire
  • Bologne 2019, renaissance de Musidora

    Imprimer Pin it!

    musidora.jpgElle s'appelait Jeanne Roques, ce qui est nettement moins poétique que Musidora. "Ridateci Musidora!" - "Rendez-nous Musidora", affirmait il y a quelques jours le festival de Bologne, qui rendait hommage à la dame. Et la replaçait au coeur du muet français, indispensable à la fois par son travail, sa création et son aura. Trop souvent réduite au rôle clé des Vampires de Feuillade, Irma Vep de légende puis Diana Monti et son double visage d'aventurière dans Judex - les deux serials se succèdent, l'un en 1916, le second en 1917 -, Musidora fut aussi réalisatrice, après Alice Guy-Blaché et à peu près en même temps que Germaine Dulac (restons en France), ces pionnières qui se mêlaient de mise en scène, féministes avant l'heure dans un monde où la gent féminine se plaçait le plus souvent devant l'objectif des caméras. Musidora voulut-elle tout contrôler, défier les cinéastes sur leur terrain ou au contraire juste s'amuser avec des jouets dont toutes les potentialités n'avaient pas encore été découvertes?

    Sans doute un peu de tout cela, sauf que dans son cas, le cinéma est aussi un acte d'amour. C'est pour suivre l'homme qu'elle aime, un rejoneador, qu'elle quitte la France pour l'Espagne et y signe quatre films. Mais avant, elle se fait la main en France, adapte Colette dans La Flamme cachée (1918), puis produit et réalise Vicenta (1919). En Espagne, elle laisse éclater sa passion. Citons ses trois films les plus connus, Pour Don Carlos, tiré de Pierre Benoît, en 1920, Sol y sombra en 1922 et La Tierra de los toros en 1924, dans lesquels elle occupe tous les postes et dépeint avec prestance un univers ensoleillé et rugueux, composant avec un certain dépouillement, comme s'il s'agissait de tourner le dos au foisonnement. Ces films seront des échecs. Le retour en France sera discret. Elle ne réalisera plus, jouera très peu. Adulée par les surréalistes, qui en firent sans doute un peu trop, jusqu'à occulter le reste d'une carrière à ne pas négliger, taxée de vamp, voire de première vamp de l'écran - titre qu'elle se dispute avec l'Américaine Theda Bara, via A Fool There Was, qui date de 1915, soit presque en même temps que Les Vampires - égérie de Breton ou Aragon qui lui dédièrent même une pièce, Musidora reste d'abord une actrice, qui débuta sur les planches, dans des revues, avant de sautiller dans des bobines de Feuillade heureusement loin d'être toutes perdues.

    Durant toute sa carrière d'actrice, elle ne quittera guère Feuillade, qui contribua à sa légende, voire à sa mythologie, sinon pour tourner avec Gaston Ravel, artisan de la Gaumont dont la plupart des films semblent perdus. Musidora tourna également avec André Hugon, dont on a pu voir à Bologne Chacals (1917), film en cours de restauration projeté sans intertitres. L'actrice, courtisée par plusieurs manants, y est rayonnante et inspirée. Le métrage n'est pas avare de plans extérieurs, Musidora y est constamment mise en valeur, et ne manquait que la compréhension des détails de l'intrigue pour en jouir entièrement. En 1927, elle abandonne le cinéma, n'y reviendra qu'en 1944, par la porte de la Cinémathèque française où Henri Langlois la fait travailler. Entre les deux, elle fait un peu de théâtre, écrit des romans, des chansons, des poésies. Musidora est décédée en 1957.

    Lien permanent Catégories : Cinéma, Cinéma muet 0 commentaire