Locarno 2019 - Nahuel Pérez Biscayart : "Tout est improbable, même cette interview"

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nahuel.jpgActeur magnétique, essentiel dans Left Foot Right Foot de notre ami Germinal Roaux, indispensable dans 120 battements par minute de Robin Campillo, comme dans tous les films où il apparaît, Nahuel Pérez Biscayart change de registre pour quelques jours. Il fait en effet partie du jury officiel du 72e Locarno Film Festival. Je le retrouve à la terrasse de son hôtel, où il joue le jeu avec douceur et attention de l'interview express pour mon blog. Un moment en apesanteur avec un être d'exception.


Que fais-tu en ce moment, hormis ton occupation comme juré?


Je viens de tourner en Argentine. Et dès janvier 2020, je vais jouer sur scène La Ménagerie de verre à Paris. Notamment avec Isabelle Huppert, et cela jusqu'en mai 2020.


En 2010, tu étais dans le film d'ouverture de Locarno, Au fond des bois de Benoît Jacquot. Revenir ici comme juré s'assimile-t-il à un retour aux sources?


Oui, mais avec moins de tension. Je n'ai pas besoin de défendre un film, c'est plus plaisant. Je dois juste en regarder, avec un jury agréable. En plus, on est mieux traité comme juré. C'est d'ailleurs toujours le cas.


Comment étais-tu arrivé sur le film de Germinal Roaux, Left Foot Right Foot?


Par hasard. Son directeur de casting m'avait vu dans le Jacquot. Je suis venu en Suisse rencontrer Germinal. C'était improbable. Mais tout est improbable dans la vie. Même notre interview. Je n'ai jamais cherché à travailler en France ni à parler le français, et pourtant je le fais. Cela aussi, c'est improbable.


Etais-tu conscient que 120 battements par minute allait autant compter pour toi?


Je sentais qu'il y avait quelque chose. L'air était magnétisé, le casting super, et c'était amplifié par le fait que Robin Campillo ne nous a montré aucune image durant ou après le tournage. Nous n'avions rien vu avant la première projection, quelques jours avant Cannes. Il nous avait énormément parlé, notamment de son passé militant à Act Up. Ensuite, comme le film a très bien marché au niveau international, ça nous a tous portés.


J'ai l'impression que tu es quelqu'un de méfiant, non?


Bien sûr. Le monde n'est pas un endroit sympa, à la base. Il y a des microcosmes où tout va bien, mais globalement, la méchanceté et le mal existent partout. L'être humain est le seul sur terre à détruire son propre habitat. Et puis là, je suis forcément un peu méfiant, car je suis avec un journaliste. J'ai eu de mauvaises expériences en interviews.


Qu'est-ce qui peut t'agacer dans les interviews?


Parfois, on passe du temps à parler de trucs cools, et on ne les retrouve pas dans le papier.


Dans les festivals, t'arrive-t-il de te sentir seul?


Pas trop. J'y croise beaucoup de monde que je connais. C'est comme une constellation d'amis qui survolent la planète. La promo pure est plus difficile. On répète sans arrêt les mêmes choses.


Si un astéroïde devait percuter la terre ce week end, que ferais-tu?


Je voudrais voir les gens que j'aime. Essayer de profiter de cette apocalypse que j'espère douce. Me préparer à vivre un truc que personne n'a jamais vécu. Si les abeilles disparaissaient, ce serait une catastrophe. Mais si l'être humain disparaissait, ce serait moins grave.


Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


Je n'aime pas assez les interviews pour avoir ce genre de préccupations. Pour moi, les acteurs, c'est bien de les voir jouer. J'aimerais bien qu'on inverse de temps en temps les rôles, par exemple que je puisse te poser des questions.


Mais tu pourrais. Et si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


Je parlerais d'écologie. Lorsqu'on débat de problèmes écologiques, il faudrait aussi parler de la répartition injuste des richesses dans le monde. Et il faudrait attaquer les grandes entreprises multinationales et pas seulement compter sur les gestes individuels. Il y a des gens qui font de l'argent en détruisant le monde. L'industrie est une pollution totale et on l'ignore très souvent. Il faut arrêter de culpabiliser en tant qu'individu.

 

Lien permanent Catégories : Cinéma, Festival de Locarno 2019 0 commentaire

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