Locarno 2019 - Stéphane Riethauser: "Faire l'amour une dernière fois avant un conflit nucléaire"

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riethauser.jpgDimanche, le cinéaste genevois Stéphane Riethauser présentera Madame à Locarno. Un documentaire en forme de portrait dialogué avec sa grand-mère disparue dans lequel Stéphane raconte aussi son homosexualité. Il vient depuis quinze ans au festival, et pour lui, c'est un rêve qui se réalise. Il était le candidat idéal pour une interview express dans mon blog.


Depuis sa première à Visions du réel, à Nyon, Madame a été sélectionné dans plusieurs festivals. Comment expliques-tu un tel engouement?


Je pense qu'il plaît parce qu'il a à la fois un côté féministe et un côté gay. Il parle à énormément de gens et quelque part à presque tout le monde. Juste après Nyon, il a gagné le prix du jury dans un festival à Madrid. Dans ce jury, il y avait la directrice d'un festival en Inde, qui l'a à son tour sélectionné. Locarno est sauf erreur sa cinquième sélection.


L'émotion que tu as ressentie à sa première à Nyon se répète-t-elle chaque fois?


Elle n'est pas aussi forte. La première de Nyon était particulière. Sur les 450 spectateurs, je devais en connaître 300. Ma famille, mes amis, tout le monde était là. Là, je suis un peu plus détaché. Je suis d'ailleurs devenu un personnage à l'écran. Et puis je remarque que les gens s'identifient au film, qu'ils soient gays ou pas, hommes ou femmes, vieux ou jeunes.


D'où t'est venue cette envie de te raconter de cette manière?


Je voulais faire quelque chose sur ma grand-mère, que j'avais énormément filmée cinq ans avant son décès. Dix ans après, j'ai revisionné tout ce matériel et me suis rendu compte qu'il contenait des perles. Son parcours de femme était singulier. Elle avait divorcé, sa famille l'avait répudiée. Mais il me fallait un contrepoint à cette histoire. Après une première version de 90 minutes qui ne fonctionnait pas, des amis m'ont suggéré d'apparaître dans le film. Donc j'y raconte à mon tour mon histoire, dans une sorte de dialogue avec ma grand-mère. Dans le film, je dis tout ce que je n'ai pas pu lui dire. Elle a été la dernière personne de ma famille à avoir su que j'étais gay. Elle a mis deux jours à le digérer puis est devenue mon plus grand soutien. La question du sexisme dont elle a été victime se rapproche de l'homophobie dont moi-même j'ai été victime.


Tu n'en as pas marre d'être devenu une sorte de représentant officiel du milieu gay et LGBT?


Pas du tout. A la Gay Pride de Genève, il y a quelques jours, je suis tombé sur un jeune homme de 39 ans qui m'a dit que j'étais son idole depuis vingt ans. C'est-à-dire depuis la sortie de mon livre, des télés et des radios que j'avais faites ensuite. Je n'ai aucun souci avec ça. Au contraire, j'ai besoin d'affirmer ce que je suis. En plus, avec les fachos qui reviennent, le combat n'est pas gagné.


Si une guerre nucléaire devait éclater dans les jours qui viennent, que ferais-tu?


Je tâcherais, si j'ai encore le temps, de faire l'amour une dernière fois.


Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


Que reste-t-il de vos 20 ans?


Que reste-t-il de tes 20 ans?


Tout. Hormis le physique. Mais mes rêves de jeunesse sont encore intacts. Et je sens que ça va continuer.


Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


Enculez-vous les uns les autres. Cela ferait du bien à beaucoup de monde. La sexualité anale est encore un tabou tellement énorme. Je pense que cela apporterait la paix.

 

Commentaires

  • «Enculez-vous les uns les autres. Cela ferait du bien à beaucoup de monde. La sexualité anale est encore un tabou tellement énorme. Je pense que cela apporterait la paix. » dit votre interviewé en « carte blanche ».

    Il a au moins le courage de ses mots. Reste à discuter sa notion de la paix.

    Cela dit, une minime coquille s’est glissée dans votre sujet à la dernière phrase du 1er paragraphe:
    « Il érait le candidat idéal pour une interview express dans mon blog. » Il « serait » ... plutôt qu’il « érait »...

  • Que reste-t-il des 16 ans de la jeune fille?
    Apparemment il ne reste pas grand chose de ceux qui sont aujourd'hui à la retraite. Sauf exception.

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