Locarno 2019 - Maya Rochat: "Dans l'art contemporain, on me considère comme une bête sauvage"

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rochat1.jpgIl y a quelques mois, en voyant un de ses tableaux, j'ai eu un gros coup de coeur. Sachant que Maya Rochat serait à Locarno pour y proposer installations et performances dans certains lieux du festival, je tenais à tout prix à la rencontrer. L'artiste lausannoise, et star du monde de l'art contemporain, a immédiatement accepté le principe de l'interview express, tutoiement et léger décalage dans les questions.


En quoi consiste ton travail à Locarno?


Déjà, c'est la première fois que je viens comme artiste. Il y a deux ans, j'avais fait une résidence ici. J'ai carte blanche, en fait. Nous sommes trois à travailler sur le même espace. Je propose une installation au Castello Visconti. Une sorte de recto verso. A l'extérieur du bâtiment et dans sa cour intérieure. Je travaille rarement dans des espaces aussi romantiques.


Lundi, tu feras aussi une performance?


Oui, je vais peindre sur des rétroprojecteurs. Le geste aboutira à une explosion de couleurs et à une peinture éphémère. L'idée de conserver les oeuvres, c'est bien, mais je ne crois pas que tout soit pérenne. Et chacune de mes installations est unique. Je ne répète jamais un montage.


En deux mots, quel a été ton parcours?


De la photo, je suis venue à la peinture, mais sans abandonner la photographie. Tout cela un peu par hasard. A l'ECAL, on a vu que j'avais un oeil pour le cadre. Du coup, je mène plusieurs disciplines en parallèle.


Comment as-tu été choisie pour tes installations à Locarno?


Cette année, j'ai gagné le prix de la Mobilière. Donc j'ai fait trois expositions avec eux. Une à Berne, dans leur QG. L'autre à Nyon, à l'entrée de leur bâtiment. Et la troisième ici à Locarno. J'ai chaque fois pris le parti de ne pas respecter le lieu de travail d'origine. J'ai craint l'étouffement au début, mais au contraire, ce fut extrêmement plaisant. Sans carte blanche, je ne l'aurais pas fait.


Et quel est ton rapport au cinéma?


Dans mon installation, il y a aussi des collages vidéo. Des film courts, expérimentaux. Des images collectives dans le premier film, plus personnelles dans le deuxième. Le cinéma pourrait m'attirer, mais la lenteur, c'est-à-dire le temps que prennent les projets pour se concrétiser, me décourage un peu.


Tu es exposée à la Tate Modern de Londres. Comment devient-on une artiste contemporaine connue dans ce monde-là?


Par l'acharnement. Mais pas d'opportunisme, qui n'est pas payant. Et un peu de sensibilité artistique malgré tout. A la base, il faut une passion naïve et pure. Et une envie de changer le monde.


Que préfères-tu dans ce que tu fais?


La peinture, cette magie qui s'installe quand elle s'étale. Cette apparition des couleurs. Les couleurs, le motif, la structure, tout prend énormément de temps. Dans le monde de l'art contemporain, on me considère comme une bête sauvage. Parce que je suis à la fois photographe et peintre.


Si je devais acheter une de tes toiles, que m'en coûterait-il?


La fourchette se situe entre 1'500 et 15'000 francs.


Donc seules les galeries d'art ou les gens riches peuvent en acquérir.


Oui, c'est toujours un problème. Tout le monde ne pourrait pas se permettre de m'acheter un tableau. C'est aussi pour cela que je fais des tirages à 500 francs qui sont relativement abordables.


Si l'atmosphère terrestre disparaissait dans les huit jours, que ferais-tu?


D'abord je verserais une larme. Puis je réunirais les gens que j'aime et je ferais une grande fête durant huit jours. La disparition des régnes végétal et animal me blesserait. Le gâchis me fait de la peine. Je mets tout cela aussi dans mon travail.


Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


Celle que tu viens de me poser sur la fin de la civilisation et qu'on ne demande jamais en interview. Elle permet de s'interroger sur la situation du monde. J'ai envie que l'art en parle.


Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


Qu'il n'y a plus de place pour la poésie et qu'il faudrait que ça change. Le superficiel et la digitalisation dominent. Exemple avec les téléphones portables. Pour communiquer, ça va. Mais on devient accro et on s'y perd. Cela me concerne d'ailleurs aussi.

Lien permanent Catégories : Cinéma, Festival de Locarno 2019 0 commentaire

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