Céline Sciamma: "J'aime travailler dans la joie"

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sciamma.jpgIl y a quelques semaines, Céline Sciamma est passée à Genève présenter son film, Portrait de la jeune fille en feu, devant une salle comble. Il était alors déjà sorti depuis quelques jours mais j'en ai profité pour rencontrer la cinéaste, plus disponible qu'à Cannes où elle n'a fait que des tables rondes. Voici enfin la synthèse de notre rencontre, mélange de questions sérieuses et cash. Et son film est encore à l'affiche.


Dans quelle mesure ta mise en scène s'appuyait sur de vrais tableaux en s'efforçant à la picturalité?


L'équipe image et moi-même avons vu beaucoup de tableaux avant pour savoir, ou plutôt pour déterminer comment filmer la peinture. Mais on ne s'est pas pour autant fixé de référence picturale. Hormis un Corot dans lequel la lumière avait l'air d'émaner des personnages. En fait, nous nous sommes posés les questions du peintre.


On imagine mal ton film sans Adèle Haenel et Noémie Merlant. Mais était-il envisageable avec d'autres actrices?


Il a été envisagé autour d'Adèle Haenel. Sans elle, le film était impossible. Quant à Noémie Merlant, c'était un choix plein. Une suite de rencontres et un travail effectué en amont.


Pour ce genre de film très intimiste, comment travailles-tu sur le plateau?


De manière très précise. Je ne cherche pas à faire la mise en place avec les comédiennes, mais elles se trouvent dans la contrainte d'un mouvement que je leur impose. Tout débute par une conversation de haut niveau. Au niveau du tournage, les extérieurs précèdent les intérieurs et sont groupés. Ils se sont déroulés en Bretagne, où il fait plus froid. Après, le film n'a pas été plus dur que Bande de filles. C'était un tournage joyeux, doux et serein, avec quelques scènes difficiles, toutes celles avec beaucoup de figurants, par exemple.


Quel genre de réalisatrice es-tu?


J'aime travailler dans la joie et la bienveillance. Et je fais énormément de blagues.


Pour écrire cette histoire, as-tu également puisé dans la littérature?


J'ai juste relu les mémoires d'Elisabeth Vigée Le Brun, l'une des grandes portraitistes des XVIIIe et XIXe siècles. J'ai surtout tenté de m'affranchir au maximum de toutes les références.


Lorsque tu n'es que scénariste, par exemple sur Ma vie de courgette de Claude Barras ou Quand on a 17 ans d'André Téchiné, tu ne souffres pas d'être en retrait?


Au contraire, j'en suis très heureuse, même si les scénaristes sont souvent un peu maltraités. Il faut dire que je choisis les scénarios en fonction des metteurs en scène. Sur Ma vie de courgette, c'était un peu différent. J'ai été mandatée et j'ai écrit le film sans connaître Barras.


Portrait de la jeune fille en feu, est-ce une sorte d'accomplissement pour toi?


Oui, c'est un film qui dit énormément de choses sur moi. J'aime vivre avec et dans ce film. Je l'accompagne et il occupe en ce moment toute ma vie.


Passons aux questions plus délicates. A Cannes, est-il vrai que tu étais vexée de ne recevoir que le prix du scénario, alors que ton film suscitait des rumeurs de Palme d'or?


Non, pas vexée du tout. Les médias ont raconté ce qu'ils voulaient. J'avais de la joie et rien que de la joie. En revanche, j'ai vécu la déception des autres.


Et tu n'as pas peur d'être récupérée par les mouvements LGBT?


Pas du tout, là non plus. Au contraire, je suis une porte-parole connue, ce qui ne peut être que bénéfique. Il y a si peu de lesbiennes dans l'espace public. Il y en a surtout peu qui prennent la parole. Et puis, les LGBT ne peuvent pas me récupérer puisque je leur appartiens.


Quelle question te met en colère?


Si on me demande si je trouve que metoo va un peu trop loin, cela risque de m'énerver.


Et quelle question rêves-tu qu'on te pose?


J'aimerais surtout qu'on arrête de me poser des questions.


A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adresserait à toi. Il s’agit de Zabou Breitman. Sa question: Est-ce que tu fais la cuisine?


Oui, et j'aime ça. Je suis très douée pour les pâtes. J'ai d'ailleurs des origines italiennes, ce qui aide pour la cuisson al dente. En cuisine, il faut savoir se faire confiance.


Et quelle question poses-tu à mon prochain invité?


Est-ce qu'il y a un lieu dont tu rêves de façon récurrente?

Lien permanent Catégories : Cinéma, Interviews cash 0 commentaire

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