20/01/2018

Les apparences de la bestialité

fantasma.jpgQuelque chose d’animal, de violent, de sauvage, sans indication de désir. Agression ou baiser fougueux, l’image ne prétend pas expliquer ce qu’elle montre. Le héros du film se perd. Dans un désir insatiable pour d’autres hommes, puis dans son envie de posséder un "motard" sur lequel il a flashé. Et enfin dans la fange, la boue et le limon, comme s’il s’agissait de retourner à la terre originelle, de ne faire qu’un avec elle. Les multiples indices qu’amène O Fantasma – fantôme et fantasme, mais le vocabulaire veut qu’en portugais, ils soient par le même mot désignés –, les références à Feuillade, aux Vampires, au collant de Musidora, mais aussi ce rituel SM, cette sexualité organique, par instants bestiale, que João Pedro Rodrigues met ici en scène à travers un jeune comédien enragé, irradié par une frénésie des sens, débouche sur un film unique. Devenu classique du cinéma gay tout en débordant largement le genre, O Fantasma fut d’abord dévoilé en 2000 dans la rarement sage compétition de la Mostra de Venise. Rien au palmarès et dans mon souvenir, des réactions étriquées en soirée de gala. Reste la force vive du film, ces pulsions tribales et abstraites, une œuvre malade d’elle-même, innervée par sa propre folie avant que son opacité ne la terrasse.

O Fantasma est programmé ces jours à Black Movie.

19:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

19/01/2018

Tiédeurs du monde tropical

tropical.jpgAu fondement de tout grand film, le mystère. Epais, intangible, peut-être irréductible. Ici, un jeune homme qui disparaît, au cœur d’une jungle verte comme la nuit. Avec lui, juste avant ou juste après, ces troupeaux amputés d’un ou de plusieurs animaux, eux aussi disparus, envolés, enfoncés dans une savane d’où plus rien ne ressort et où tout se transforme, peut-être à jamais. Alors pour savoir, et peut-être retrouver son aimé, un jeune soldat par le rechercher. Non pas une légende, mais une simple histoire, un conte tropical qui se divise en deux parties aussi distinctes qu’inexplicables. Parce qu’expliquer, justifier, raisonner, démontrer ou analyser, ce n’est pas ce qui intéresse Apichatpong Werasethakul. Avant Oncle Boonmee, sa Palme d’or cannoise en 2010, il y a quelques films, dont en 2004 ce fascinant Tropical Malady qui ne se laissera pas réduire aisément et c’est tant mieux. Le plan ci-dessus possède son hors-champ, qu’un léger mouvement de caméra révèle, évoquant in fine un échange de regards nocturnes. Mais aucune des visions du film ne saurait contenir toutes les autres. En revanche, rien n’exclut que n’émane pas du récit une entité narrative individuelle. C’est insondable et cela donne le vertige. S’y perdre et n’en jamais revenir, tel est aussi le propre des grands films.

Tropical Malady passe ces jours à Black Movie.

21:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

18/01/2018

Ils nous ont quittés en décembre 2017

Johnny2.jpgLe 5 décembre 2017, sur les chaînes françaises, les journaux télévisés du soir s’ouvraient sur le décès de Jean d’Ormesson. Plus tard dans la soirée, taraudé par quelque insomnie – peu conséquente, j’étais en congé cette semaine–là -, je me connectais au cœur de la nuit sur Facebook et Twitter. Il devait être entre 2 heures 30 et 3 heures du matin. Je ne sais pas pourquoi, j’ai alors jeté un œil sur Twitter sur les «trending topics» de la nuit, c’est-à-dire les mots en TT et les plus commentés du moment. Avec ou sans hashtag, JohnnyHallyday était en tête, sauf erreur en un seul mot. Ce qui était anomal à cette heure de la nuit. Mais l’anormalité fait sens. En une seconde, j’ai compris. Avant d’avoir même lu un tweet ou une dépêche. Les insomniaques furent les premiers à réagir. Les médias dormaient. Sur BFMTV, un stagiaire devait sans doute ressasser la nouvelle en boucle, en attendant que se réveillent les premières équipes et qu’elles prennent le relais. La chaîne a embrayé sur son édition spéciale dès 6 heures du matin, ai-je appris ensuite. Je me suis recouché en pensant à Tennessee Williams.

Voici la liste des principaux décès du mois de décembre dans le domaine du cinéma et de la culture: 

Fernando BIRRI, réalisateur argentin (13 mars 1925 - 27 décembre 2017).
Juan Luis BUNUEL, réalisateur français (9 novembre 1934 - 6 décembre 2017).
Peggy CUMMINS, actrice britannique (18 décembre 1925 - 29 décembre 2017).
Johnny HALLYDAY, chanteur et acteur français (15 juin 1943 - 5 décembre 2017).
Shashi KAPOOR, acteur et producteur indien (18 mars 1938 - 4 décembre 2017).
Ulli LOMMEL, acteur et réalisateur allemand (21 décembre 1944 - 2 décembre 2017).
Heather MENZIES, actrice canadienne (3 décembre 1949 - 24 décembre 2017).
Jean d'ORMESSON, écrivain français (16 juin 1925 - 5 décembre 2017).
Martin RANSOHOFF, producteur américain (7 juillet 1927 - 13 décembre 2017).

20:15 Publié dans Hommages, rétrospective mensuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |