13/07/2015

"Amy", l'artiste et l'épave

amy.jpgSex, drugs & rock'n'roll. Clichés lassants. C'est pourtant bien par ces mots qu'on peut synthétiser la vie et la carrière de celle qui allait rejoindre le club des 27 le 23 juillet 2011. Quatre ans après son décès, ce documentaire d'Asif Kapadia revient sur le fulgurant parcours d'une chanteuse unique qui n'eut le temps d'enregistrer que deux albums (et non des moindres, mais peu importe). Images d'archives, films d'adolescents, témoignages, extraits d'émissions et de concerts. Le cinéaste accumule les documents rares et les images inédites. Ci-dessus, Amy Winehouse pose pour un cliché (promotionnel?) et a l'air à la fois clean, reposée, lisse et relativement neutre. Image trompeuse, bien sûr, pour une icône trash et borderline littéralement détruite par son mode de vie et ses excès. Visionnant le film, la famille de la chanteuse l'a contesté et s'en est dissocié, jugeant le documentaire trompeur et contenant des contrevérités basiques.

Mais à quoi s'attendaient-ils? A un biopic revu, lisse et corrigé qui renverrait le reflet d'une Sissi londonienne et non d'une femme devenue épave suite à ses consommations de drogue et d'alcool (les images de ses derniers concerts ne sont pas truquées, à ce que je sache)? A une vision édulcorée et gentillette d'un univers dominé par les trompe-l'oeil et les manipulations? A une relecture d'un mythe à peine ébauché et déjà traversé par des figures fascinantes (tel le vampire Blake, dont Amy était folle)? A un collage dissocié des unes des revues people ou des tabloïds anglais qui traquaient la bête pour vendre leur sauce sans le moindre scrupule? Je ne sais pas. Mais l'image qu'ils en avaient ne collait pas forcément à la réalité de l'artiste. La famille d'Amy Winehouse est de toute évidence à côté de la plaque. C'est bien la preuve que les producteurs et le réalisateur d'Amy auraient pu faire l'économie de leur avis et de ces polémiques stériles parfaitement raccord, elles, avec le passif de la chanteuse.

Amy est actuellement à l'affiche en salles.

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23/06/2015

Magali Noël, Gradisca pour l'éternité

noel.jpgPhoto de plateau, anecdotique, pas spécialement belle. Magali Noël y pose avec Federico Fellini, sans doute y règlent-ils une scène. On reconnaît son costume de Gradisca, plus identifiable en couleurs (voir à la fin de ce billet), rôle clé d'Amarcord , tourné en 1973. Le dernier des trois films que l'actrice tourna sous la direction du maître, après La Dolce vita en 1960 et Satyricon en 1969. Le plus beau, peut-être, encore que cela se discute, et tel n'est pas mon propos ce jour. Fantasme et égérie du cinéaste, l'actrice est décédée dans son sommeil, ce mardi matin, dans sa maison de retraite. Elle aurait eu 84 ans samedi. De sa carrière, on racontera dans les JT qu'elle avait chanté du Boris Vian (Fais-moi mal Johnny, chanson interdite d'antenne en 1956, époque d'une si étonnante pruderie) et été la muse de Fellini. Ce ne fut pas tout, bien sûr. Jules Dassin, qui lui donna son premier rôle important, Henri Decoin, René Clair, Jean Renoir, Sacha Guitry, John Berry, Edmond T. Gréville, Julien Duvivier, Costa-Gavras, puis Chantal Akerman et Claude Goretta, la sollicitèrent tour à tour parmi des nuées de tâcherons que la postérité a moins retenus.

Magali Noël tourna beaucoup, pas loin de quatre-vingt films, sans compter les séries et les téléfilms. Magali Noël enregistra beaucoup, du rock, de la chanson rive gauche, des auteurs: une quinzaine d'albums et encore davantage de 45 tours. Elle fit de la scène, du cabaret, du théâtre. Marqua les années 50 et 60. Un peu moins les décennies suivantes. Par mariage, elle vécut près de trente ans à Fribourg, sans se soucier des paillettes du show-biz et des apparences clinquantes d'un monde où tout finit par passer et lasser. Je l'avais rencontrée en 2011 pour une interview et c'était une gentille dame. Elle m'avait même téléphoné après publication pour me remercier de mon entretien. Rares sont ceux qui prennent le temps de le faire. Magali Noël était une personne rare. Je ne l'oublierai jamais.

amarcord.jpg

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20/04/2015

Richard Anthony, un train et mille adaptations

richard-anthony.jpgSur la pochette du premier 45 tours de Richard Anthony, ce Rock'n'Richard paru en 1958, ce qui fait du chanteur l'un des pionniers du rock à la française avant Johnny (avec Claude Piron, Danyel Gérard et Henri Salvador pour le versant parodique), on peut lire, au verso, qu'il est le premier à avoir eu l'envie d'adapter en français, pour les jeunes, des refrains que la jeunesse américaine fredonne en tapant dans ses mains. Ce sont ici Suzie Darling de Robin Luke, Stupid Cupid de Connie Francis (souvent occultée par la solide cover qu'en fera Wanda Jackson trois ans plus tard) qui devient Betty Baby, You Are my Destiny de Paul Anka (traduite littéralement par Tu m'étais destinée), et Peggy Sue de Buddy Holly, qui se retrouvent donc adaptés en français. Le public ne suit guère, le disque se vend moyennement - d'où sa rareté et sa cote aujourd'hui. Mais il fixe l'amour de son interprète pour l'adaptation française. Presque une profession de foi, en l'occurrence.

Ce n'est que quatre ans plus tard, même s'il adapte notamment dans l'intervalle Three Cool Cats des Coasters (Nouvelle vague), Dream Lover de Bobby Darin (idem), You Talk too much de Joe Jones (Tu parles trop), Let's Twist Again de Chubby Checker (idem), Hit the Road, Jack de Ray Charles (Fiche le camp, Jack), Unchain My Heart du même Ray Charles (Délivre-moi) et His Latest Flame d'Elvis Presley (Sa grande passion), qu'il accédera à la gloire grâce à J'entends siffler le train, reprise d'une balade country d'Hedy West, 500 Miles. Un énorme tube qui donnera à son interprète un statut un peu à part dans le phénomène yéyé, dont il est l'une des idoles au masculin avec entre autres Johnny, Dick, Eddy, Vic (Laurens) et Dany (Logan).

Par la suite, la carrière de Richard Anthony sera essentiellement marquée par les adaptations. Il y en a tellement que toutes les citer serait terriblement fastidieux, mais mentionnons Desafinado d'Antonio Carlos Jobim (non, Anthony ne puise pas que dans le répertoire américain), It's My Party de Lesley Gore (décédée en février), Blowin' in the Wind de Bob Dylan, I Only Want to Be with You de Dusty Springfield, Il Mio Mondo d'Umberto Bindi, sans omettre Le Concerto d'Aranjuez de Joaquin Rodrigo, composé à l'origine en 1939 et dont Anthony fera un énorme succès dans sa version française d'Aranjuez, mon amour. Les années 70 et 80 ne sont pas en reste. Lily the Pink du groupe The Scaffold devient Le Sirop typhon, In the Year 2525 de Zager & Evans L'An 2005, Lady d'Arbanville de Cat Stevens Señora la dueña, All by Myself (bien avant de devenir un hit pour Céline) d'Eric Carmen Je n'ai que toi, et Memory de Barbra Streisand (chanson tirée de la comédie musicale Cats) Minuit. Même l'énorme succès du groupe zurichois Die Minstrels, ce Gruezi wohl, Frau Stirnimaa! de 1969 que vous avez forcément entendu un jour ou l'autre, a droit à sa version française par Anthony sous le titre Bien l'bonjour.

Pour terminer, voici deux liens. Sa reprise en français du hit de Bobby Hebb, Sunny, dont il existe plusieurs centaines de covers.


Et, plus curieux, une chanson écrite pour Julio Iglesias en 1977 mais que ce dernier n'enregistrera que quatre ans plus tard, en 1981, sous le titre de Viens m'embrasser. Anthony en livre avant lui une très belle version, et à mon sens bien meilleure, même si moins connue que celle d'Iglesias, sous le titre Embrasse-moi.


Richard Anthony est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 77 ans. RIP.

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