20/05/2017

Cannes 2017 : lévitation et rendez-vous manqué

A force d'être rivés à leurs téléphones portables, les gens marchent comme des vieillards et ne voient plus rien. Ni leurs pieds ni les films, qui occupent encore de beaux écrans de par le monde. Mais qu'on ne me dise pas que c'était mieux avant, et encore moins qu'il faut vivre avec son temps, l'un comme l'autre s'apparentent à des leçons dispensées l'index levé.


kornel.jpgComme dans une célèbre chanson de Sardou reprise par Louane Emera, comparaison peu pertinente que personne n'osera brandir, le héros de Jupiter's Moon vole. Lévite. Monte au ciel comme un ange. Et ne succombe pas à des blessures par balles. L'homme est un migrant. Un chirurgien pas très catholique va se mettre en tête d'exploiter les dons du jeune homme, Stern de son prénom. L'irruption du fantastique dans le pamphlet social. Quelque chose de Bunuel et de De Sica dans ces envolées, aux deux sens du terme, qui traversent une fois de plus le cinéma de Kornél Mundruczo, dont les quatre précédents films avaient déjà transité par Cannes. Un grand cinéaste ne déçoit jamais.


okja.jpgChez Bong Joon-ho, un porcelet mutant qui ressemble à un hippopotame tient lieu de personnage principal, donnant même son prénom au film, Okja, l'un des fameux Netflix de la fable, pardon de la polémique, laquelle ne fera pas deux secondes l'objet de ces lignes. Plutôt attachante, cette incursion du film de genre dans un cinéma d'auteur qu'il revendique sans déclaration d'intention montre évidemment ses limites, aussi bien dans la pure action que dans la critique déconstruite du totalitarisme consumériste dérivant du capitalisme. Plus proche du film de superhéros que du dernier Desplechin, on s'en doute. Avec Steven Yeun - Glenn dans The Walking Dead pour les intimes -, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal et quelques autres au casting.


visages-villages.jpgDe Visages, villages, le dernier opus d'Agnès Varda, joli documentaire d'évocation et de balade coréalisé avec l'"artiviste" urbain JR, je retiendrai cette séquence finale où tous deux se rendent à Rolle, chez Godard, avec lequel ils ont rendez-vous, et qui ne s'y trouve pas, absent ou muré dans sa demeure, on ne le saura jamais. La nostalgie de Varda y devient émotion, la caméra est là, presque indiscrète, presque téléréelle. Quant à JR, s'il tombe par hasard sur cet instantané, il est prié de me contacter - c'est là chose facile.

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18/05/2017

Cannes 2017: Zvyagintsev place la barre haut d'entrée

(Je ne m'attarderai ni sur les atermoiements lassants et cérébraux ni sur la construction trop complexe pour séduire du dernier Desplechin, ces Fantômes d'Ismaël qui faisaient piètre figure en ouverture cannoise, il est vrai peu servi par un duo de comédiennes médiocres, l'une toujours, Charlotte Gainsbourg, l'autre parfois, Marion Cotillard. De Desplechin, je préférais nettement ces Trois souvenirs de ma jeunesse autrement plus inspirants et découverts voici deux ans ici-même.)


cannesrusse.jpgHeureusement, l'enthousiasme s'est rapidement installé en compétition, grâce au souffle personnel du dernier film du Russe Andrei Zvyagintsev, ce Faute d'amour qui nous a un peu laissé au bord du précipice, sans même un espoir ou un personnage auquel se raccrocher. Quête d'un enfant qui a disparu, qui a fugué parce que ses parents, séparés, ni ne l'aimaient ni ne s'aimaient, et qu'il a possiblement préféré aller voir ailleurs. Le drame, anodin, se mue en enquête, plus radicale, épousant les contours d'une mise en scène où l'émotion dépasse de loin la démonstration. Un film à l'estomac, âpre et désenchanté, apparemment sans solution, à la fois lisible et flou. Et un grand film qui se profile déjà comme un sérieux candidat à la palme.


cannesWonderstruck-1.jpgOn ne pourra en dire autant du dernier Todd Haynes, Wonderstruck, qui revisite pourtant une fois de plus habilement les codes des genres hollywoodiens, sans trop chercher à positionner son récit, qui se délite au gré de son dénouement. Mais il y a un beau noir et blanc, les apparitions de Julianne Moore en fausse diva du muet - Lillian Gish dans The Wind, en l'occurrence -, des comédiens enfants qu'on se surprend à trouver supportables, et de jolis décors malgré d'inutiles fioritures narratives.


cannesbarbara.jpgCôté déstructuration, le Barbara de Mathieu Amalric joue quant à lui à la perfection la carte du portrait éclaté, soit celui de la chanteuse donnant son titre au film, jouée plus qu'incarnée par une Jeanne Balibar aux frontières de la démence. Ode à la chanson et à la fantaisie, le film ne cesse de mettre à nu les dispositifs et les rouages dont il use, jusqu'à briser toute distance entre spectacle et représentation, entre mise en scène et fiction. Nous sommes au-delà du film dans le film, les effets d'irréel et de réel se télescopent avec une grâce constamment désarmante, chaque séquence déjoue les précédentes dans une disharmonie paradoxalement cohérente d'un bout (de pied) à l'autre. Un bonheur, tout simplement.

22:35 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

18/02/2017

Berlin 2017: le retour d'un Ours d'or et de Wolverine

ana.jpgEn 2013, Calin Peter Netzer, cinéaste roumain, recevait l'Ours d'or pour Mère et fils, créant une sorte de surprise dans une Berlinale dont le souvenir demeure nébuleux. Il est de retour cette année avec Ana, mon amour, film d'amour âpre et tendu, composé d'une majorité de gros plans - on pense au Bergman de Scènes de la vie conjugale -, et emmené par deux comédiens, Mircea Postelnicu et Diana Cavallioti, qu'on se réjouit de revoir ailleurs. Seul défaut, le film traîne un peu en longueur et demanderait à être plus resserré. Mais sa structure narrative, avec un éclatement de la temporalité et des chronologies usuelles, fait du bien à un récit qui ne peut dès lors plus se contenter de jouer sur des ressorts diégétiques convenus.


logan.jpgPour Hugh Jackman, en revanche, la fatigue se fait sentir, au propre comme au figuré. Troisième et probablement dernier volet de la saga Wolverine, Jackman ayant déja fait savoir qu'il n'apparaîtrait plus dans ce rôle, Logan se déroule en 2029, et Wolverine, Logan pour le civil, jouit désormais d'une retraite dont le scénario va le faire sortir. James Mangold, qui joue la carte du film d'action et de super-héros standard, paraît s'accomplir de sa tâche avec un savoir-faire routinier dont il n'y a rien à penser. Devant sa caméra, comédiens et doublures font ce qu'ils peuvent, avec mention insuffisante pour la jeune Dafne Keen, fille de Logan, catapultée ici par on ne sait quel incompétent directeur de casting. La gamine doit au bas mot posséder une expression et demi. Nettement moins intéressant et distrayant que les deux premiers volets. Il s'agit du dixième volet de la franchise X-Men. Mais pas du dernier.

17:49 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |