02/09/2017

Mostra de Venise 2017: une révélation et de vieilles connaissances

lean.jpgLe visage d'un acteur. Son corps, sa présence. Sa manière d'être. Au monde, à l'image, dans le plan, en réaction par rapport aux autres. Charlie Plummer (ci-dessus), c'est son nom. Je consulte Wikipédia, note qu'il est déjà apparu dans des séries. Et dans quelques films. Dans Lean on Pete, il a 16 ans. Peut-être 17. Et 18 aujourd'hui. Signé Andrew Haigh, auteur d'un 45 Years déjà intéressant qui valut à Charlotte Rampling un prix à Berlin, ce récit initiatique est construit sur l'absence et la solitude. Charlie Plummer est de chaque séquence. Indispensable. Avec son père, avec un cheval, puis en route, laissant derrière lui la désolation et un trop plein d'âme dont il se déleste malgré lui. Bien sûr, rien que nous n'ayons déjà vu ou entendu ailleurs - ce qui est tout sauf un argument - mais surtout, comme je le disais, la révélation d'un acteur qui ne joue pas, qui ne calcule pas sa performance. Le prix d'interprétation devrait lui revenir, plus qu'à ce nigaud de Matt Damon (lire plus loin), et en tout cas le prix Marcello-Mastroianni, sur lequel Wikipédia vous donnera les détails nécessaires.
foxtrot3.jpgCe soldat qui danse (je sais, on ne dirait pas, mais si, il danse, d'ailleurs tout le monde devrait danser dans les films de guerre, sauf que ce n'en est pas tout à fait un, fin de parenthèse) est un des nombreux éléments surprenants de Foxtrot, réalisation de Samuel Maoz, qui obtint ici le Lion d'or en 2009 pour Lebanon, film relativement peu vu ensuite. Dans l'un comme dans l'autre, il y a la volonté, un peu agaçante même si le résultat ne déçoit pas, d'en imposer au public (de cinéma d'auteur), de se réclamer d'une narration complexe, et pourquoi pas ampoulée, à grands coups de brisures diégétiques, de changements de registres et de virages affirmant le pouvoir absolu du metteur en scène sur ce qu'il raconte. En même temps, tel est le principe du cinéma et ni Chaplin  ni Eisenstein ne procédaient autrement. Sans prétendre un tel lignage, Maoz possède son style et son écriture, qui parviennent à déjouer les a priori ou les impatiences. Son film est grave, pense le monde sans humour ni légèreté mais avec en revanche un penchant pour le paradoxe, le mensonge et les faux-semblants qui peuvent faire penser qu'il y a du Welles dans le sang de ce cinéaste israélien.
suburbicon.jpgEnfin, Matt Damon, qui n'a pas quitté le Lido depuis le risible Downsizing, remet le couvert dans Suburbicon pour un George Clooney qui cherche toujours à se faire un nom comme auteur en décrochant un prix dans un grand festival. Avec son sixième long-métrage, ovationné par des festivaliers qui se laissent volontiers bluffer, il met tous les atouts dans sa manche. Scénario des frères Coen, qui n'ont vraiment rien à faire de mieux, musique d'Alexandre Desplat, qui n'avait pour le coup rien à commettre de pire, casting trois, voire quatre étoiles, avec Matt - trois expressions et cinq paires de lunettes -, deux Julianne Moore pour le prix d'une, et l'excellent Oscar Isaac. Dans le collimateur, une critique de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus réactionnaire et accessoirement l'histoire d'une famille moyenne des années 50 prise dans un engrenage atroce. Rien de très neuf, et une esthétique de publicité Tupperware qui montre que Clooney s'est entouré de bons techniciens. C'est très tape à l'oeil et in fine ne raconte rien, chaque personnage étant invariablement sacrifié sur un autel scénaristique qui voudrait démontrer tout l'inverse. Du vent!

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31/08/2017

Mostra de Venise 2017 : monstres amours

shape.pngLe secret n'était pas si bien gardé et la créature amphibienne qu'un laboratoire détient dans ses sous-sols en pleine guerre froide vite découverte par une jeune femme muette qui y travaille comme nettoyeuse. A partir de cette trame fantastique prometteuse, Guillermo Del Toro se balade et nous balade dans une sorte de voyage à travers les genres où rien de ce qui est attendu ne surgit, le récit s'amusant à déjouer des codes fictionnels de plus en plus mouvants. Il y a donc une part de folie dans un film extrêmement contrôlé et surtout bien plus intéressant que les pénibles tentatives minées de son auteur dans ces pataugeoires qu'étaient Crimson Peak ou Pacific Rim. Mélange d'horreur, de comédie musicale, de tragédie et de comédie, The Shape of Water répond parfaitement au paradoxe de son titre, "la forme de l'eau", puisque celle-ci n'en a aucune. C'est tout sauf informe, d'un formalisme redoutable, fort bien joué - Michael Shannon peut-il camper autre chose qu'un salaud? La réponse est non et c'est définitif -, et ça ne cherche surtout pas à être plus malin que ce que ça raconte. Aucune chance d'avoir le Lion d'or, on s'en doute.
insult2.jpgPlongée dans le film à sujet avec The Insult de Ziad Doueiri, dans lequel un mot mal placé - l'insulte du titre - vire pour ainsi dire à l'affaire d'état (soit au procès) entre un réfugié palestinien et un Libanais. Le cas d'école et le cirque médiatique qui l'accompagne permet à son metteur en scène de filer la parfaite métaphore politique et de recueillir des salves d'applaudissements lorsque se conclut son métrage, démonstration en trois actes dûment scénarisés qui bien sûr fit son effet. Oui, le cinéma sert aussi à évoquer ce qui va mal dans le monde, on le sait. Honorable et plus si affinités.
humanflow.pngMême chose ou presque avec Ai Weiwei et son documentaire fleuve sur les réfugiés, Human Flow. L'artiste chinois, figure majeure de l'art contemporain, d'ailleurs honoré à la Biennale de Venise en 1999, entreprend un voyage pour tenter de comprendre l'humanité actuelle et de s'interroger sur la valeur des droits humains. On transite par les quatre coins du monde, flot ininterrompu d'hommes en partance, succession de titres explicatifs, d'images magnifiques, beau travail quelquefois réalisé par des drones, récurrence de plans de son auteur au centre du monde et de son dispositif. Souvent fascinant, parfois discutable, en somme. Et trop long, les 2 heures 40 du film ne se justifiant absolument pas.

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30/08/2017

Mostra de Venise 2017: le piège de l'ouverture

downsizing.jpgIl n'y pas de solution idéale à l'équation du film d'ouverture dans un festival. Sauf qu'il se doit peut-être d'afficher un côté mainstream minimum. Gravity, La La Land ou Everest, lors de précédentes Mostra, représentaient assez bien cet idéal simplifié. Downsizing aussi, dans une certaine mesure, à condition de ne pas être trop exigeant. Une image (ci-dessus) et son titre, qui signifie "miniaturisation", suffisent en l'occurrence à raconter le film. Et comme celui-ci ne raconte rien, nous sommes presque raccord. Dans cette idée de SF d'une société future où les hommes pourraient se faire miniaturiser pour contribuer au sauvetage de l'économie de la planète, jamais on ne se pose la question du rapport au monde que peuvent entretenir, éventuellement, les personnages. Du rapport aux autres encore moins. Il n'y a pas de sens de l'histoire, d'idéologie, de pistes réflexives ou même plus simplement une vraie évolution narrative dans ce Downsizing qui ferait passer n'importe quel épisode de Ma sorcière bien-aimée pour un modèle de bienséance visionnaire. Matt Damon est assez ridicule, ce qui, après Jason Bourne et Seul sur Mars, commence à faire beaucoup, et Christoph Waltz trop cabot pour exister, du moins son personnage. D'Alexander Payne, qui n'est pas non plus l'auteur du siècle, il n'y avait sans doute guère mieux à attendre que cette comédie romantique nunuche lisse et ripolinée. J'en regrette Everest de Baltasar Kormakur, film d'ouverture de 2015 où au moins, il se passait des choses.
first.jpgPlus radical, plus dérangeant, plus inclassable, donc plus intéressant, First Reformed de Paul Schrader aborde le thème de la foi, ou plutôt de la spiritualité, sans tenter de nous servir un dogme prédigéré sur lequel les amateurs de raccourcis pourraient s'agiter par réseaux sociaux interposés. Absolument pas conforme au film, la photo ci-dessus, comme toutes celles du métrage qu'on peut trouver sur le net, n'a pas ce format carré auquel Schrader semble tenir mordicus, ne serait-ce que pour définir un cadre étouffant qui est celui, au propre comme au figuré, du personnage central, drôlement habité par un Ethan Hawke qui vieillit décidément pas trop mal (je mets de côté Valerian). La complexité du scénario, qui mêle secrets inavouables, cas de conscience et rédemptions avortées, s'oppose ici à une mise en scène dans son ensemble elle aussi très carrée, s'efforçant presque à un hiératisme que Schrader doit supposer en accord avec son sujet, ce qu'on peut lui contester. Cela étant, il tient son histoire, ce qui n'est pas toujours le cas dans ses films. Exemple le précédent, Dog Eat Dog, qui partait dans tous les sens et se cognait dans tous les coins, il est vrai peu aidé par la présence balourde de Nicolas Cage. Au moins, First Reformed n'est pas bradé après dix minutes. Schrader y croit. Du coup nous aussi.

22:54 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |