12/07/2017

Locarno 2017 : Robert et Robert (et les autres)

tourneur.jpgpattinson.jpgOn aura Robert Mitchum dans un chef d'oeuvre de Tourneur, Out of the Past, et Robert Pattinson dans le dernier film des frangins Safdie, Good Time (j'en ai écrit quelques mots durant Cannes). Un Godard inédit mais restauré, Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma (diffusé jadis, c'est-à-dire en 1986, sur le petit écran), et un Wang Bing tout court (86 minutes) en compétition, Mrs. Fang. Et beaucoup d'autres choses. Révélé ce matin par son pétillant directeur, Carlo Chatrian, le programme complet des 70 ans du Festival du film de Locarno est comme à son habitude pléthorique, incluant en somme plusieurs festivals dans le festival. Dresser la liste de tous les films et des nombreux invités de cette édition ne servirait pas à grand-chose, on trouve tout cela sans problème sur leur site (www.pardo.ch), avec notamment un diaporama impressionnant de tous les invités. "Avoir une grande tradition et une longue histoire ne garantit pas l'avenir", déclare en préambule à son discours Mario Timbal, actuel COO qui partira au terme de cette édition. La phrase, loin de ne s'appliquer qu'au petit monde des festivals et du cinéma, mériterait dissertation. En attendant de la confronter à la réalité du terrain, c'est-à-dire des écrans locarnais, voici quelques impressions que dégagent a priori les principales sections de la manifestation.
En compétition internationale, là où résident en général le plus d'inconnues, auteurs radicaux voisineront avec quasi-anonymes. La présence de F.J. Ossang, de Wang Bing, de Serge Bozon, de Raul Ruiz à titre posthume (film achevé par sa veuve, Valeria Sarmiento), de Denis Côté (Locarno a aussi ses abonnés), du comédien John Carroll Lynch (premier film), dénote une ligne qui ne semble pas craindre les extrêmes, ce qui me réjouit. Du côté de la Piazza, forcément plus mainstream, on retrouvera Noémie Lvovsky en ouverture (Demain et tous les autres jours), l'étonnant binôme Hélène Cattet/Bruno Forzani (Laissez bronzer les cadavres), Samuel Benchetrit (Chien), une comédie romantique signée Michael Showalter (The Big Sick), un thriller avec Charlize Theron (Atomic Blonde) et un docu sur Gotthard, le groupe (Gotthard - One Life, One Soul), pendant que défileront sur la scène les lauréats des différents prix d'honneur, de Nastassja Kinski à Jean-Marie Straub. J'en oublie forcément, c'est aussi le but de l'exercice. Au sein de la section compétitive Cinéastes du présent, on guettera le nouveau film de Valérie Massadian, ancien modèle de Nan Goldin (Milla), ainsi que celui d'Ilian Metev (3/4), cinéaste bulgare remarqué en 2012 avec Sofia's Last Ambulance. Pour le reste, on se fiera à l'instinct. Enfin, pour la rétrospective Jacques Tourneur, on tâchera de voir tout ce qu'on n'a pas vu, et la liste est longue. A dans quelques jours.

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25/05/2017

Cannes 2017 : le monde au diapason des cinéastes - ou l'inverse?

Les cinéastes mettent en scène le monde et le monde va mal. Nulle transitivité à l'oeuvre dans ce qui précède mais le constat que les auteurs cannois se veulent souvent sérieux, cérébraux et dogmatiques. Tous? Non. N'ayant plus le temps matériel de bloguer quotidiennement, voici quelques instantanés, à peine plus que des tweets, sur les films vus en concours depuis lundi.


good-time.jpgGood Time de Josh et Benny Safdie
Robert Pattinson à chaque fois surprenant. D'un rôle à l'autre. Présence et regard, charisme et fougue, pas de substantif pour sauvage. Pas de Pulp Fiction à citer, nous sommes clairement ailleurs. Hommage au genre, le thriller est convenu, un braquage qui foire, un frère cherchant à sortir son bro de la taule, traquant le fric, s'attirant les emmerdes. La mise en scène vise le naturalisme, les frangins cinéastes se contemplent un peu en train de filmer, ne sont pas les Coen qui veut, le début promet, la suite cafouille, la fin déçoit. Mais un quelque chose de tripal, de bestial, de glauque au premier degré, subsiste, qui ne me déplaît point. Une noirceur qu'on souhaiterait plus rugueuse, moins tape à l'oeil. Des réserves, j'en ai, mais elles s'effritent. J'aime, après tout.


Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos.
D'une folie l'autre, exercice de misanthropie métaphorique, histoire de vengeance dévastatrice. Un jeune garçon tire les ficelles, Kidman, Farrell and family en sont les victimes. Beaux cadrages, mise en scène sûre d'elle, propos prétentieux.


Happy End de Michael Haneke
Au début, des plans pris depuis un portable. Puis Calais, son port et ses bourgeois. De rien d'autre il ne sera (fut) question. L'égoïsme d'une famille, problèmes larvés, relations complexes, sans doute trop pour qu'on y adhère. Comme dans le film cité ci-dessus, la fable est cruelle, inhumaine. Déshumanisée serait plus juste. Huppert ressemble trop à Huppert, Trintignant surgit d'Amour.  Beaux cadrages, mise en scène sûre d'elle, propos prétentieux. Mince, je me répète. Certains cinéastes aussi.


Le Jour d'après de Hong Sang-soo
Exercice rohmérien, suite d'atermoiements amoureux à fleur de peau, objets d'une béatitude qui se dissout dans un hors-champ virtuel, pureté d'un  reflet que d'infimes oscillations viennent troubler. Un (car il y en a plusieurs) microcosme parisien crie au chef d'oeuvre et à la palme, je vais rester très calme, presque zen. De Hong Sang-soo, le festival a aussi montré La Caméra de Claire, hors-compét, tourné ici-même à Cannes lors du festival en 2016, avec Isabelle Huppert dans son éternel rôle de jeune femme refusant de vieillir. Un diptyque? Non.


Hikari de Naomi Kawase
Certains ont dormi, moi pas. Mais ce joli portrait de photographe perdant petit à petit la vue peine à prendre chair. Fulgurances poétiques en sourdine, agréable film qui nous berce, comme ces petits sommeils que d'autres finirent par trouver.


Rodin de Jacques Doillon
Lindon crédible dans le rôle titre pour un film travaillant sur la matière d'un art, la sculpture, non sans une certaine sécheresse que je préfère au brouhaha Camille Claudel de Nuytten.


Les Proies de Sofia Coppola
La voici qui remake un chef d'oeuvre de Siegel avec Eastwood. Plate non conformité mais conformisme romantique achevé par un casting sans relief, Kirsten Dunst en effarouchée, Elle Fanning en rien, et Nicole Kidman trop consciente de la caméra. Dans ce piège cruel, Colin Farrell joue de sa virilité en se contenant. Kidman et lui étaient également du voyage dans Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos. Donc double montée des marches empingouinées.


Une femme douce de Sergei Loznitsa
J'ai falli taper "de Robert Bresson" avant de vérifier l'orthographe de Loznitsa, qui fut déjà en concours à Cannes par le passé. Symbolique lourdingue pour un film sur l'absurde condition humaine qui se perd en route, comme son héroïne. Cherché en vain un rapport avec Une femme douce de Bresson. Cherché un peu de Russie, un peu de Dostoïevski. Je n'ai entendu que chants assourdissants et brailleries d'ivrognes.

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22/05/2017

Cannes 2017 : détournement de Godard

Redoutable.jpgLe Redoutable est un film qui veut se faire aimer. Et qui y parvient. A contrario, l'oeuvre de Godard, puisque c'est de lui qu'il est question dans ce film de Michel Hazanavicius tiré d'un roman d'Anne Wiazemsky, ne cherche pas spécialement à plaire. En clair, elle (en fait JLG) ne cherche pas vraiment un rapport avec un public qui ne lui préexiste pas forcément. Dans cette perspective, les démarches de l'un et de l'autre s'opposent. Mai 68 et la post Nouvelle Vague revus (mais pas corrigés, ou alors si peu) par un cinéaste féru de pastiches, de relectures de l'histoire du cinéma (globalement le muet avec The Artist, qui convoquait les fantômes de John Gilbert et de Clara Bow), de saynètes amusantes et en léger décalage avec la conformité de la reconstitution usuelle, suggèrent une proposition de cinéma en quête de complicité avec le public. L'humour qui en découle est réel, Louis Garrel drôle et paradoxalement crédible en Godard (là où l'écueuil guettait, ce que tout le monde attendait/craignait), le film est généreux en petites phrases, et assez iconoclaste avec le mythe, si tant est qu'on puisse parler de mythe à propos du réalisateur de Rolle, qui semble fulminer que Le Redoutable existe - mais encore une fois, les on dit... Tout cela forme un métrage plutôt sympa et inattendu, qui transforme en comédie un matériau qu'on aurait pu supposer plombé.


carré.jpgSinon, comme je n'ai pas envie de perdre mon temps à évoquer The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach (navet Netflix et punition pour ses abonnés présents ou futurs), je me contenterais de citer un autre film découvert ce jour en officiel, Carré 35 d'Eric Caravaca. Et d'évoquer ces images d'archives, parmi d'autres, dont des films super 8 des parents du réalisateur, qui cherche ici à percer le mystère autour d'une soeur née et morte avant sa naissance, images, donc, de propagande nazie montrant des enfants souffrant de différentes et horribles maladies. Du passé naît le malaise, et ce documentaire convoque une gamme suffisamment éclectique d'émotions pour qu'on puisse, à son propos, parler de réussite. Un distributeur suisse y prêtera-t-il attention? Ce n'est hélas pas gagné.

00:29 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |