19/01/2018

Tiédeurs du monde tropical

tropical.jpgAu fondement de tout grand film, le mystère. Epais, intangible, peut-être irréductible. Ici, un jeune homme qui disparaît, au cœur d’une jungle verte comme la nuit. Avec lui, juste avant ou juste après, ces troupeaux amputés d’un ou de plusieurs animaux, eux aussi disparus, envolés, enfoncés dans une savane d’où plus rien ne ressort et où tout se transforme, peut-être à jamais. Alors pour savoir, et peut-être retrouver son aimé, un jeune soldat par le rechercher. Non pas une légende, mais une simple histoire, un conte tropical qui se divise en deux parties aussi distinctes qu’inexplicables. Parce qu’expliquer, justifier, raisonner, démontrer ou analyser, ce n’est pas ce qui intéresse Apichatpong Werasethakul. Avant Oncle Boonmee, sa Palme d’or cannoise en 2010, il y a quelques films, dont en 2004 ce fascinant Tropical Malady qui ne se laissera pas réduire aisément et c’est tant mieux. Le plan ci-dessus possède son hors-champ, qu’un léger mouvement de caméra révèle, évoquant in fine un échange de regards nocturnes. Mais aucune des visions du film ne saurait contenir toutes les autres. En revanche, rien n’exclut que n’émane pas du récit une entité narrative individuelle. C’est insondable et cela donne le vertige. S’y perdre et n’en jamais revenir, tel est aussi le propre des grands films.

Tropical Malady passe ces jours à Black Movie.

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17/01/2018

En 2017, je suis revenu aux sources du cinéma

Caligula.jpgLoin de moi l’idée de faire un bilan de l’année cinéma écoulée, c’est un exercice que je n’aime ni pratiquer ni lire, et surtout pas lorsqu’une année s’achève. Pas plus que je n’apprécie son complément, la prospective, trop spéculative pour présenter un réel intérêt. Je me contenterai donc ici, comme une page arrachée à ces agendas obsolètes que trop souvent nous jetions, avant qu'ils se numérisent, de rappeler que 2017 aura été marquée par mon désir de retourner - parce que les jours sont comptés, parce qu’on ne sait jamais, parce qu’etc - dans deux festivals qui me sont chers. Bologne et Pordenone. «Il cinema ritrovato» et «Le giornate del cinema muto». Trop amples pour être détaillées, les rétrospectives accueillies par chacune de ces manifestations sont majoritairement des découvertes. Films perdus, retrouvés, exhumés, restaurés, tirés de l’oubli, puis redonnés à un public. Il faudrait tout citer, saouler le lecteur avec des noms dont il ignore tout, étaler non pas une culture mais une liste de choses – en l’occurrence de films – vus, souvent même plus revus depuis 100 voire 120 ans. Il faudrait, oui, et je l’évoquerai d’ailleurs de temps en temps, comme une piqûre de rappel gratuite.

Pour ce billet, je ne citerai de Bologne que la splendeur presque baroque du Caligula d’Ugo Falena (1917), récemment ressorti des limbes, avec une Stacia (de) Napierkowska (ci-dessus) dont on peut enfin saisir l’impact sur les scènes et les écrans de ce temps-là. Sa danse y est sublime. Et de Pordenone, la découverte du seul film ayant survécu de ceux tournés par Anna Fougez, diva moins connue que d’autres comme Menichelli ou Borelli, soit Fiore selvaggio de Gustavo Serena (1921) (ci-dessous). Une présence dont on perçoit une sorte de mystère que le film retransmet de manière imparfaite, témoin impuissant d’un monde en déliquescence auquel les formes géométriques de Serena (le cinéaste fut le principal artisan de la gloire de Francesca Bertini) confèrent une élégance graphique qui est tout à fait symptomatique du muet italien des années 20, amorce de son chant du cygne et de la fin du divisme. A ce propos, savez-vous que plus de 90% de la production cinématographique mondiale, des débuts à nos jours, est totalement introuvable sur Internet ?

fougez.jpg

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22/11/2017

Ils nous ont quittés en septembre 2017

casadesus.jpgCette jolie vieille dame est décédée à l’âge de 103 ans. Membre d’une dynastie aux nombreuses ramifications généalogiques, Gisèle Casadesus (1) rayonnait discrètement au théâtre et au cinéma depuis les années 30. Nettement plus jeune (91 ans), Harry Dean Stanton (2) avait encore séduit quelques festivaliers locarnais en tenant le rôle principal de Lucky (de John Carroll Lynch), qui sort d’ailleurs en salles d’ici la fin de l’année. Cet acteur lynchien était également du voyage dans la troisième saison de Twin Peaks. Et puis septembre vit également partir deux interprètes francophones dont le nom ne devrait plus dire grand-chose aux lecteurs de ce blog. Soit le Parisien Gérard Palaprat (3) et ses tubes solitaires (Pour la fin du monde, Fais-moi un signe), et le Québecois Tex Lecor (4), à l’humour certes daté mais salvateur (Le Frigidaire, Tout le monde est de bonne humeur). Voici les disparus cinéma et culture du mois de septembre.

Gisèle CASADESUS, comédienne française (14 juin 1914 - 24 septembre 2017).


Harry DEAN STANTON, acteur américain (14 juillet 1926 - 15 septembre 2017).


Hugh HEFNER, créateur du magazine américain "Playboy" (9 avril 1926 - 27 septembre 2017).


Jean-Pierre JEANCOLAS, historien du cinéma français (24 novembre 1937 - 25 septembre 2017).


Tex LECOR, auteur-compositeur-interprète québecois (10 juin 1933 - 9 septembre 2017).


Gastone MOSCHIN, acteur italien (8 juin 1929 - 4 septembre 2017).


Gérard PALAPRAT, auteur-compositeur-interprète français (12 juin 1950 - 25 septembre 2017).


Frank VINCENT, acteur américain (15 avril 1937 - 13 septembre 2017).


Paul WERMUS, journaliste français (19 mai 1946 - 17 septembre 2017).

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