09/08/2017

Locarno 2017: "9 doigts", "Goliath", "Iceman", trois enthousiasmes à des degrés divers

Locarno Festival, lundi 7 août, jour 6
9doigts-5.jpgL'an passé, nous avions espéré que L'Ornithologue de Joao Pedro Rodriguez remporte le Léopard d'or, mais le jury lui avait préféré un film bulgare qu'on ne reverra pas de sitôt. Cette année, le comédien de L'Ornithologue, Paul Hamy, est pourtant à nouveau en compétition, et toujours aussi éclatant, cette fois dans l'inracontable 9 doigts de F.J. Ossang. Entendons-nous: quand je dis inracontable c'est que j'ai la flemme, et surtout (que je n'ai) pas le courage, de me risquer à un exercice aussi périlleux. Images sublimes, narration déroutante, séquences piège et travail sur les codes d'un genre, le film noir. L'envoûtement est au rendez-vous, la stimulation intellectuelle également. Cela suffit largement.
goliath.jpgGoliath, du Zurichois Dominik Locher, travaille lui aussi, mais sur les corps. Sven Schelker, qu'on connaît depuis Der Kreis, qui lui valut un Quartz de meilleur acteur, s'injecte stéroïdes anabolisants pour calmer la panique qui le gagne lorsqu'il apprend que sa copine est enceinte. La chose est tenue, ce qui n'est pas si mal, et il faudra même s'en contenter au sein d'une compétition où les enthousiasmes sont moins fréquents que les bâillements. Goliath est lui aussi en compétiton, et plutôt en haut de cordée.
iceman.jpgPassons à la Piazza. Où, même s'il manque un peu de didactisme, j'ai aimé Iceman, qui imagine la destinée possible de celui qu'on surnomma Ötzi, homme des glaces tué il y a 5300 ans et découvert près des Dolomites en 1991. Là aussi, le réalisateur - il s'appelle Felix Randau - signe un film tenu, s'accrochant à des parti-pris qui lui ont peut-être valu des prises de tête avec sa production, comme ce refus d'en sous-titrer les dialectes. Iceman conserve évidemment une part fantasmatique, reconstituant une ère et un temps dont on sait à la fois peu et pas mal de choses. Fascinant à différents degrés et mieux que La Guerre du feu d'Annaud, que je trouve particulièrement daté, ce qui est un comble au vu de son sujet.

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08/08/2017

Locarno 2017 : "Charleston", le film qui largue les amarres

charleston.jpgLocarno Festival, dimanche 6 août, jour 5
Le marasme se dissipe. Plusieurs films, tels des galets dans l'eau plate, ont troublé cette agaçante monotonie. Commençons par le début, soit ce curieux Charleston, du Roumain Andrei Cretulescu. Film à deux personnages (un peu plus, mais passons), en deux parties correspondant à deux mouvements, et un interlude fixant un sens du burlesque plutôt détonant dans ce type de tragédies, même gouvernées par l'absurde. On s'ennuie dans la première, on décolle dans la seconde. On décolle parce que le film lâche prise, largue les amarres, se barre ailleurs, au rythme d'une musique démente parce qu'obsédante, lancinante parce que désespérée. Des états d'âme au galop, des sentiments à la traîne, voire carrément évacués, un doux surréalisme cadré avec la même rigueur obsessionnelle du premier au dernier plan, Charleston ne se danse pas plus qu'il ne se raconte. J'adore.
Côté Piazza, pas un mot sur Chien de Benchetrit Samuel. Surtout à présent que je suis réconcilié avec Vincent Macaigne (si tu me lis, oui, j'ai fini par visionner ton film, Dom Juan, sur Arte, j'ai beaucoup aimé, contrairement à certains de mes confrères suisses à qui tu en voulais - modérément) et que je suis sûr que Vanessa Paradis ne se rappelle pas ne serait-ce qu'un dixième de seconde de moi (La Magie des surprises parties figure toujours dans votre discographie, vous m'en voyez désolé). Pas un mot sur Chien, donc. Plutôt revoir les trois premiers plans du Good Time des Safdie en Piazza avant d'aller m'écrouler.


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07/08/2017

Locarno 2017 : où je conseille à Pierre Maudet, pour son futur job, de voir quelques Tourneur

hyde.jpgLocarno, samedi 5 août, jour 4

Je découvre sur notre site que Pierre Maudet est à Locarno, je ne l'ai pas vu à la rétrospective Tourneur. Circle of Danger ou Days of Glory ont des titres idoines pour s'en aller au Palais fédéral, pourtant. Je confirme qu'Alain Berset est aussi à Locarno, ce que tout le monde sait - il vient chaque année pour quelques annonces trouvables sur le site de l'OFC -, et on m'apprend qu'il a beaucoup aimé Drei Zinnen, dont il fut question ici hier ou le jour d'avant. Y a-t-il d'autres hommes/femmes politiques suisses sous les arcades de la ville? Oui, il se dit même qu'ils jouent tous ensemble à un grand Jeu de l'Oye.
Revenons aux nouveautés filmiques. Dans les moments parfois mélancoliques où l'on se laisser aller au mal ou à l'écriture, le hasard met sur notre route une énième lecture, cette fois particulièrement lointaine, d'un classique de Stevenson Robert Louis ultra adapté au cinéma. Dans le rôle de Hyde/Jekyll, Isabelle Huppert, et l'on se surprend que personne n'y ait songé avant. Prof de physique détestée par ses élèves, qui ont grand mal à comprendre l'utilité d'une cage de Faraday, contrairement au scénario qui en tire parti conséquemment, fournissant l'alibi absurde de super pouvoirs que détiendrait dès lors son héroïne touchée par une grâce maudite. Madame Hyde de Serge Bozon, ludique, aérien et inutile, en compétition à Locarno, avec en plus d'Huppert - si crédible lorsqu'elle est désagréable - un Romain Duris inattendu et grinçant.
Paradoxalement moins tenu même si plus sérieux, Gemini d'Aaron Katz, prototype du film américain indépendant pour la compét' locarnaise (mais il y en a tant), sillonne les rues de Los Angeles sans menacer d'un cil la suprématie de ces grands films que sont Sunset Boulevard ou Mulholland Drive. Aussitôt vu, aussitôt oublié, interchangeable et sans personnalité. Côté Piazza, Francesca Comencini n'évite pas les rires avec ses scènes de ménage pour adultes parsemant des Amori che non sanno stare al mondo futiles et ennuyeuses.

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