12/08/2016

Locarno 2016 : Kévin Azaïs, acteur total

jeunesse2.jpgCe film pour prendre des nouvelles de Kévin Azaïs. Lauréat du César du meilleur espoir masculin en 2015 pour Les Combattants de Thomas Cailley, le jeune homme, 23 ans, frère du comédien Vincent Rottiers, cristallisait les attentes et crevait l'écran, si tant est qu'on me passe cette formule cliché. Peu revu depuis, ce qui est normal, tout cela étant récent, sinon dans un coin de La Belle Saison de Catherine Corsini, film d'ouverture de Locarno en 2015. Le revoici donc dans un rôle principal. Jeunesse, premier film de Julien Samani, en compétition cette année à Locarno, presque huis-clos sur un cargo dont l'équipage se compte sur les doigts d'une main. Une poignée d'hommes et Zico qui embarque - Kévin Azaïs -, recrue mal aimée au départ, trop de fougue, trop de détermination, trop de "jeunesse", en somme. Une lointaine référence à Melville, plus Moby Dick que Oomo, un visible manque de moyens, un minimalisme qui se cherche, pas de fulgurance. Le film est bien, sans plus. Mais Kévin Azaïs, de tous les plans, joue de son visage comme peu de comédiens savent le faire. Frémissement des narines, des lèvres, yeux enflammés, rage dans les veines, muscles contractés, l'acteur est total. On le reverra en 2017 dans Compte tes blessures de Morgan Simon en espérant qu'il continue à confirmer.

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10/08/2016

Locarno 2016 : "Inimi cicatrizate", mourir à 21 ans

inimi.jpgRaconter la souffrance. Se mettre à la place de celui qui dépérit. Chose malaisée. Max Blecher en a fait un roman autobiographique. Radu Jude en a tiré un film, Inimi cicatrizate, dont le photogramme ci-dessus est extrait. Photogramme? Si l'arrondi de l'image suggère la pellicule, c'est aussi que l'oeuvre a bien été tournée en 35 mm, avec une caméra ArriCam Studio (merci de cette précision à Jürg Lempen, l'un des ingénieurs du son du film). Le personnage couché s'appelle Emanuel, il a 21 ans, et souffre d'une tuberculose osseuse le contraignant à passer ses journées dans un sanatorium de la Mer Noire. Nous sommes en 1937. Traitement classique, plutôt dépouillé, pour une reconstitution juste mais discrète, concentrée sur son héros, sans digressions ou fioritures inutiles. On pourrait appeler cela de la belle ouvrage. Le film mérite un peu plus. Il sait trouver son rythme, ses respirations, ses articulations, ses pleins et ses déliés. Ses deux heures 21 ne paraissent pas si longues. Aferim!, le précédent film de Radu Jude, cinéaste roumain qui, entre Corneliu Porumboiu et Cristian Mungiu, a son importance, nous avait déjà séduit. Il figurait en compétition à la Berlinale 2015 et ce blog doit quelque part en conserver une trace. Inimi cicatrizate est cette année en compétition à Locarno. Il n'est pas moins honorable.

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08/08/2016

Locarno 2016 : "O Ornitólogo", in illo tempore

ornit1.jpgDe cet homme dénudé dans la forêt, en partie entravé de lourdes cordes, possiblement endormi, posé sur quelque chose de bleu qui s'apparente de loin à une couverture, cadré comme le détail d'une fresque de Michel-Ange, évocation christique en moins (vraiment?), émarge le sentiment d'une nature morte.
ornit2.jpgDe ces masques tribaux, plus hideux que peinturlurés, reproduisant quelque rituel atavique dont le sens se dérobe, suggérant cris nocturnes et sacrificiels, brandissant des flammèches menaçantes, tout en mouvement, comme l'indique le flou sur le bras du milieu, éclate l'impression d'une violence syncrétique survivant à toute autre cérémonie.
ornit3.jpgDe ce regard perdu derrière un rocher, mélange de peur et de curiosité, laissant entrevoir la possibilité d'une menace indistincte, d'un hors-champ vénéneux, celui-là même dont les yeux de l'homme (jeune, beau, racé) paraissent se méfier, surgit le spectre de ces mystères nocturnes, bruitages amplifiés par la conscience en éveil, ombres portées aux contours menteurs, visions déformant un réel qui n'a plus prise sur le monde.


Ces trois images de O Ornitólogo de João Pedro Rodrigues, prises au hasard - et non choisies, on en trouve très peu du film sur Internet - ne suffiront pas à décrire le voyage dont il y est question. Ni les mutations engendrées par ces rencontres inattendues qui cimentent un récit au socle pourtant bien mouvant. Ni la radicalité à l'oeuvre dans une histoire puisant au carrefour des mythologies. Ni le surréalisme parfois extrême dont le cinéaste ponctue son récit, comme s'il s'agissait aussi de s'amuser. S'amuser et se perdre. Ni, enfin, cette déréliction aux accents de folie qui semble être l'une des clés d'un film qui cherche perpétuellement à nous échapper - mais est-ce précisément pour cela qu'on l'aime? O Ornitólogo est candidat au Léopard d'or. Cette possibilité-là n'est nullement déplaisante.

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