05/09/2016

Mostra de Venise 2016: horreur, métaphysique et scandale

region.jpgDe ce regard apeuré sur un lit de fortune, vous n'aurez pas le hors-champ, monstrueusement étrange. Le réalisme brutal de Heli, précédent film du Mexicain Amat Escalante, laisse craindre de toute façon le pire à ce niveau. Mais La Region salvaje désarçonne et intrigue. Relations familiales fragiles, liaisons chaotiques, fantasmes et punitions sont au menu d'un film qui ne se laisse jamais enfermer dans un genre, et qui sous couvert de réalisme, bascule dans l'irrationnel, voire dans l'horreur, lors de séquences d'accouplements qui n'ont rien d'humain. Pour comprendre le film, il faut donc l'interpréter, lui trouver un sens, des sens, quitte à se tromper. Je retiendrai le choc engendré par ces plans hors nature qui font penser à Possession de Zulawski, pour lequel la métaphysique était elle aussi affaire de point de vue, et un contexte terrifiant qui nécessitera tôt ou tard une seconde vision.


spira.jpgLa métaphysique s'invite elle aussi dans Spira Mirabilis de Massimo D'Anolfi et Martina Parenti, documentaire expérimental italo-suisse aux ambitions démesurées, puisqu'il s'interroge sur l'immortalité. En vrac et au hasard, on y évoque Borges, des méduses microscopiques (ci-dessus), des statues milanaises et la communauté des Lakotas. Relativement hypnotique, pas toujours captivant, souvent très beau, fréquemment incompréhensible (ce qui ne me gêne pas), et par instants prétentieux. On voit mal à qui ce film peut s'adresser mais pourquoi pas?


piuma3.jpgEnfin, ces deux ados de Piuma de Roan Johnson ont beau avoir l'air frais et sympathiques, le film flirte constamment avec les rives désastreuses du nanar, ennui en plus. N'importe quel téléfilm français des années 70 semblera un miracle de modernité à côté de cette comédie criarde et bâtarde, ringarde et ennuyeuse. La presse italienne a crié au scandale à la fin de la projection, hurlant que sélectionner ce film en compétition était une honte. Sur ce coup, je ne leur donne pas tort.

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04/09/2016

Mostra de Venise 2016 : Mel Gibson, en arrière, toute!

hacksawridge.jpgQue vaudrait Hacksaw Ridge sans Andrew Garfield? Moins que pas grand-chose, c'est une certitude. Gonflé au patriotisme béat, le nouveau film de Mel Gibson, oeuvre de guerre et d'héroïsme, use des ralentis et des musiques gonflantes comme d'autres de substances illicites. Sauf qu'à l'arrivée, les effets diffèrent. On voit clairement ce qui a pu intéresser l'auteur du déjà pénible Braveheart dans ce sujet mille fois traité en mieux avant lui (revoir Men in War d'Anthony Mann, 1957, pour remettre les pendules à l'heure), soit un retour vers des valeurs qui fondent cette Amérique plus conservatrice que libérale dont le cinéma offre souvent une vision morcelée, pour ne pas dire tronquée. Le schématisme domine derrière la technique mais se masque derrière de longues séquences de combat/boucherie. Garfield fait son travail avec métier, et le microcosme de soldats qu'il intègre fonctionne dans une sorte de vase clos peu enviable. En dehors, famille et épouse sont réduits à des figures fugitives, presque des clichés. Insupportablement prévisible. Et heureusement pas en compétition à la Mostra.


ciudadano.jpgA contrario, El Ciudadano ilustre, production argentine cosignée par Mariano Cohn et Gaston Duprat, a quelque peu déridé des festivaliers prompts à rire même lorsque rien n'est drôle. Pourtant, l'image ci-dessus situe vaguement la farce. Il y a quelque chose de Risi dans ce film dressant le portrait d'un écrivain, lauréat imaginaire du Nobel, en plusieurs parties. En moins corrosif, en moins iconoclaste. Encore que quelques séquences valent le détour et permettent de passer sous silence des moments plus plombés, tel ce discours inaugural du début qui n'aide guère à rentrer dans le film. Suffisamment irrévérencieux pour être apprécié ici.

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03/09/2016

Mostra de Venise 2016 : un Ozon élégant et racé, puis un western violent et solide

frantz.jpgLui torse nu, elle habillée, corps posés sur l'herbe et posant pour la caméra, image noir et blanc volontairement proche d'un tableau, la caresse d'un regard - d'elle sur lui - en guise d'action. Rien à dire, il fait beau, les personnages - Pierre Niney et Paula Beer - sont jeunes et jolis, les vêtements soulignent le temps de l'histoire, d'un autre siècle que le nôtre. Frantz, remake d'un Lubitsch de 1932, Broken Lullaby, qu'il me faudra décidément revoir, même si je l'ai en tête plus que d'autres (mais il faut constamment revoir tout Lubitsch), Frantz, donc, drame élégant et racé, avec son chromatisme désuet, ses comédiens impeccables, y compris dans leurs maladresses langagières, son portrait de la Grande Guerre et ses fausses pistes, semble marquer l'entrée de François Ozon dans l'âge adulte. Non que le cinéaste fut immature jusque-là, mais peut-être un brin désavantagé lorsqu'il s'agissait d'aborder de "grands sujets". Le mélo se veut épuré, le drame décalé. La simplicité du résultat procède d'un travail en profondeur, d'une réflexion préalable sur le sens dont les choses et les êtres doivent être filmés. Je le verrais bien au palmarès. Ozon n'a jamais remporté de récompense suprême, ni à Cannes, ni à Berlin, ni à Venise. 2016 pourrait être son année.


Brimstone.jpgVoici un autre visage, celui de Guy Pearce, ici dans le rôle d'une des pires ordures que le cinéma ait engendré. Le film est un western, il s'appelle Brimstone et est mis en scène - solidement, classiquement, sous influence américaine - par le Néerlandais Martin Koolhoven. Cette histoire de vengeance, de rédemption et d'usurpation d'identité se divise en quatre parties. Elles ne sont pas montées chronologiquement (3 2 1 4 au lieu de 1 2 3 4), d'où un certain désarroi avant de s'y retrouver. Cette coquetterie structurelle était-elle nécessaire? C'est ce que moult festivaliers se sont demandé à la fin. Reste un beau choc, un récit épique et violent n'épargnant personne, pour une peinture de l'Ouest qui n'est pas sans entretenir quelque parenté avec le dernier Tarantino, The Hateful Eight.

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