07/08/2016

Locarno 2016 : "Mister Universo", hommes forts, lions faibles

mister.jpegUn homme et un lion. Entre les deux, une grille, histoire de signaler que les deux mondes doivent être régulièrement séparés. Histoire de cirque et de quête. Tels sont les sujets de Mister Universo, nouveau film du tandem Tizza Covi et Rainer Frimmel. Ou de la fiction traitée comme un documentaire. Naturalisme, personnage dans leurs propres rôles, tiraillements entre l'être et la fonction. Le film s'immerge volontiers dans la réalité d'un cirque italien fauché, sans moyens, qui vivote. Les lions sont âgés, faibles, plus très actifs. Cette force qui leur manque est aussi celle qui fait défaut au héros lorsqu'il découvre que son porte-bonheur, hérité dans l'enfance d'un Mister Univers perdu de vue depuis, a disparu. Aussi recherche-t-il le héros déchu. Le film décrit des vies simples dans des situations elles aussi triviales. Mais comme toujours chez Covi/Frimmel (La Pivellina en 2009, Der Glanz des Tages en 2012), le traitement impose sa grammaire, sans chichis ni démonstration. Le filmage à hauteur d'homme s'avère payant, il induit une proximité avec son sujet qui est l'apanage d'un héritage indirect du néo-réalisme. Modeste mais assumé. Une vision tranquille et juste qui ne dépare pas dans le concours locarnais 2016.

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Locarno 2016 : un mariage et la vision d'un Orient déchaîné

brooks.jpgHabits d'apparat pour les femmes, vêtements plus standards pour les hommes. Autour d'eux, un fatras de chaises, d'ustensiles, de drapeaux et de lumières. Aucune couleur ne domine, toutes les teintes sont présentes. La scène est tirée d'un mariage, et la cérémonie occupe une grande partie de Brooks, Meadows and Lovely Faces (Al Ma' wal Khodra wal Wajh), dernier opus de l'Egyptien Yousry Nasrallah, l'un des vétérans de la compétition locarnaise. On s'aime, on s'engueule, on s'espionne, on se toise, on se provoque. Les strates de la société se ramifient dans l'observation de personnages hauts en couleurs et parfois chargés. La réalité se dérobe et ploie sous un décor trop fantaisiste pour être tout à fait vrai, ce que la séquence finale confirmera. Nasrallah dirige le groupe d'un seul tenant, comme un monstre organique unique dont chaque tentacule revêt un autre visage. Il y a des Mille et une nuits, ceux des contes, dans cette vision d'un Orient déchaîné par les tentations et couvé par les pulsions. Il y a un humour corrosif dans cette métaphore hybride et chamarrée. Quelques hauts le coeur également. Mais pour le spectateur, le spectacle, comme le plaisir qu'il y prend, est total.

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06/08/2016

Locarno 2016: "Hermia & Helena", Shakespeare par la bande

hermia-helena.jpgL'enchevêtrement des lignes à l'oeuvre dans ce plan - cadrage et décors - suffit en partie à filer une métaphore du contenu en propre du film. De cette femme metteuse en scène partie de Buenos Aires pour New York, l'intrigue fragmente des zones de non droit entre les souvenirs qui la hantent et ses nouvelles amitiés. D'un motif shakespearien décliné sous différentes formes (ou avatars, si l'on pense aux incrustations), du titre du métrage - Hermia & Helena, prénoms de deux des personnages de A Midsummer Night's Dream, élément central du récit - aux jeux de pistes suggérés par des cartes postales redessinant la carte de l'Amérique, l'omniprésence d'un méta-narrateur se profile. La complexité poseuse du film de Matias Piñeiro (dont La Princesa de Francia était déjà en compétition à Locarno en 2014) se conjugue à une sorte de tendresse quotidienne laissant songer à Woody Allen. Sauf que le réalisateur argentin ne copie pas. Il réinvente. La preuve avec ce faux film dans le film qui vient là encore briser un socle narratif d'apparence solide - et donc pas tant que ça -, transgressant une mécanique filmique où le confort réceptif n'est jamais totalement assuré. Sans doute conscient de son talent (et alors?), ce jeune cinéaste argentin n'a pas peur d'honorer le slapstick, via une référence gratuite et particulièrement jouissive à Hal Roach, dans l'ultime segment de son métrage, ni de considérer le mystère comme un principe et une fin en soi. J'espère qu'on reparlera de lui.

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