08/09/2016

Mostra de Venise 2016 : dans "Paradise", victimes et bourreaux à la même enseigne

paradise.jpgOn se croirait presque dans L'Année dernière à Marienbad. Sauf que pas du tout. La pureté de l'image, la géométrie induite par les lignes et les ombres, cet azur immaculé, ces costumes, l'apparente légèreté des personnages, ce transatlantique dénudé comme seul accessoire, tout cela est bien trompeur. Cet homme à la droite de l'image est un monstre. L'un de ces officiers nazis qui se pensait "Übermensch", croyait à la solution finale et a envoyé des milliers de Juifs dans les chambres à gaz. Dans Paradise, Andreï Konchalovsky trace le destin de trois personnages voués à la mort qui se croisent dans le contexte du conflit de 39-45. Chacun va se retrouver au paradis et se confesser face caméra, lors de séquences étranges, montées comme des plans dont subsisterait l'amorce en fin de bobine. Se confesser mais pas forcément se repentir. Si le contexte est banal, la manière dont Konchalovksy le raconte l'est moins, par son refus de tout clivage, de tout a priori. Comme s'il s'agissait de rappeler que même les pires êtres humains sont aussi des hommes, qu'ils peuvent aimer et désirer, avoir des enfants, apprécier la peinture, la musique et la littérature. La tenue du film - superbe noir et blanc, académisme forcé, mélange des formats -, loin de la résoudre, accentue cette ambiguïté dialectique. Paradise force l'admiration sans évacuer le malaise. Son audace sera-t-elle payante?


giorni.jpgCes quatre jeune filles sont les héroïnes insignifiantes de Questi giorni de Giuseppe Piccioni, autre mauvais film italien de la compétition vénitienne. D'un portrait de groupe en forme de récit initiatique, on n'aura droit qu'à des séquences convenues, des dialogues idiots et des idées de scénario tirées par les cheveux. Je sais bien qu'il faut un quota de productions italiennes en concours à la Mostra, mais de là à sélectionner de telles inepties (avec Piuma, traité ici-même il y a trois jours)... C'est à se demander s'il y a encore des cinéastes compétents en Italie.

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07/09/2016

Mostra de Venise 2016 : parlons un peu de Jackie veuve Kennedy et de l'origine de l'univers

jackie2.jpgOublier Jackie Kennedy. Reconnaître Natalie Portman. A moins que ce ne soit l'inverse. Travailler sur la vraisemblance. Ou plutôt sur la ressemblance. L'assassinat de Kennedy est l'un des événements majeurs (de l'Amérique) du XXe siècle. On peut l'aborder par mille biais et le relire de mille façons. Mais tout est-il seulement une affaire de point de vue? Non. Pablo Larrain, qui enchaîne les films à la vitesse d'un cheval au galop (El Club à Berlin en 2015, Neruda à Cannes à la Quinzaine cette année), vise dans Jackie la reconstitution et la justesse. Sa vision est historique et circulaire. Jackie Kennedy est au centre du film, donc au centre de l'affaire dont il est question (l'assassinat de JFK). Le rouge domine, sans doute parce que le sang tachant le tailleur Chanel rose de la First Lady le jour du meurtre à Dallas, comme on peut le voir dans le film Zapruder, fait partie intégrante de la dimension iconique de l'événement. Avant et après, c'est dans la Maison blanche que ses pas nous guident. Pour les besoins d'une émission de télévision, fausses archives et vrais propos. Mais encore pour y régler une succession dont elle ne prononce jamais le nom : emballage des peluches des enfants, regard torve sur Lady Bird Johnson, occupée à choisir les papiers peints pour son installation. Larrain est constamment dans le détail et jamais dans le discours. La petite histoire et non la grande, même si les deux se rejoignent. Jackie l'élégante, en noir de deuil derrière le cercueil ou dans son hiératisme forcé lorsqu'il s'agit de ramener le corps de son époux. Jackie en larmes puis rayonnante. Le cinéaste cherche à capter quelque chose d'insaisissable au fond de cette femme si médiatisée qu'elle en devint mystérieuse. Son film nous confronte à ce regard, à cette béance que Jackie Kennedy laisse derrière elle. C'est à la fois perturbant et sommaire. Presque paradoxal. Et Portman est magnifique. Enfin, pléonasme: elle est, tout simplement.


voyage_of_time.jpgLe cas Malick est plus complexe. D'abord l'ambition du film. Voyage of Time: Life's Journey. Raconter l'univers, son histoire, la naissance de la vie, les divisions cellulaires, l'arrivée de l'homme. Dresser des parallèles entre l'infiniment grand et l'infiniment petit. En voix off, Cate Blanchett dit une litanie à la Mère, peut-être Gaïa. Les images sont sublimes et tel est l'attrait d'un film qui apparaît comme la quintessence des précédents Malick, fiction en moins. L'ensemble relève de la poésie et refuse le didactisme. Mais si le documentaire se veut expérimental, l'enchaînement des plans, la juxtaposition des images, qui plus est commentées, génèrent du sens, des interprétations. Et c'est un peu le problème. Car dans les domaines abordés, on ne peut pas dire ce qu'on veut ni relire l'histoire scientifique à sa guise. Voyage of Time crée l'illusion du contraire. Les parallèles suggérés sont faux. La création des planètes (ou des galaxies) ne procède pas comme l'apparition des premiers unicellulaires. Et la physique des particules n'est pas soumise aux lois gouvernant le cosmos. Croire que l'infiniment grand et l'infiniment petit se rejoignent est une erreur. Supposer l'infinitude des choses n'a pas de sens hors mathématique et voyager dans l'espace revient à parcourir le temps, en arrière comme en avant, puisque temps et espace sont deux éléments d'une unique dimension. Mais tout unifier comme le fait Malick, raisonner par raccourcis, revient donc à faire ici, quelque part, de la philosophie bon marché. Or le film tend  vers l'inverse. D'où un hiatus qui me dérange profondément. Une autre version de Voyage of Time, plus courte et exclusivement destinée aux projections IMAX, avec une voix off de Brad Pitt, sortira début octobre.

17:37 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2016 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

06/09/2016

Mostra de Venise 2016 : une relecture impériale de Maupassant et des cannibales ridicules

une_vie.jpgDe Maupassant, le court roman Une vie avait déjà connu une adaptation en 1958, sous la caméra d'Alexandre Astruc. Brisant toute velléité de romantisme, Stéphane Brizé, après le formidable La Loi du marché (Cannes 2015), s'attelle à la même tâche avec une élégance dans l'ellipse donnant à cette histoire un tour étonnamment contemporain. Swann Arlaud et Judith Chemla (ci-dessus) ont beau avoir l'air heureux et conformes à ces images d'Epinal que le film en costumes a imposé, le film va plutôt à rebours des clichés que le genre romanesque cultive. Le résultat est saisissant. Impérial dans sa narration sans faux plis ni digressions. Impressionnant dans sa capacité à chavirer par-delà les barrières d'un récit qu'on pourrait supposer cloisonné dans sa propre afféterie. L'un des plus beaux films français de cette année.


badbatch.jpgJe tarirai moins d'éloges sur le bancal The Bad Batch d'Ana Lily Amirpour, cinéaste d'origine iranienne qui s'était fait connaître en 2014 avec A Girl Walks Home Alone at Night, film de vampires suffisant et chichiteux. La revoici avec une dystopie (Dieu que ce mot-là est vilain) à situer quelque part en-dessous de Mad Max et de Tarantino pour le style. Dans un Texas futur, certains humains servent de nourriture à d'autres. Une séquence d'ouverture laisse entrevoir une plongée dans l'horreur comme on les affectionne. Suki Waterhouse (ci-dessus), ex-mannequin et actrice particulièrement nulle, se fait enlever, puis sectionner le bras et la jambe. Mais elle s'évade (facilement) et à partir de là, plus aucune crédibilité ne soutient un ensemble innervé par la prétention et les apparitions de stars (Keanu Reeves, Jim Carrey). D'horrible, le film vire au grotesque et au ridicule contre son gré. La mannequin boudeuse tire la gueule jusqu'au dernier plan sans même se faire bouffer. Risible, vous dis-je.

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