05/09/2018

Mostra 2018: "Werk ohne Autor" bouleverse le Lido

En un film, la Mostra peut changer de visage et commencer à s'emballer. En deux jours, les enjeux commencent même à se dessiner et le Lion d'or à montrer son museau. Mais n'anticipons pas, d'autant plus que ce n'est pas le genre de la maison.

Werk ohne Autor de Florian Henckel von Donnersmarck


werk-ohne-autor.jpgL'art et la vie. Le rapprochement de deux termes au croisement de tant d'oeuvres prometteuses ou redondantes. Après La Vie des autres, succès mondial en 2006, Florian Henckel von Donnersmarck s'était fourvoyé dans les studios en signant The Tourist (2010), pénible véhicule pour Johnny Depp et Angelina Jolie. Son retour sans pressions cette année à la Mostra, avec le film le plus long du concours (188 minutes), en est d'autant plus bénéfique que la linéarité remarquable du récit nous tient sur des rails durant le temps imparti avec cette impression qu'on peut parfois éprouver face à des films qui commencent doucement puis prennent de la hauteur pour mieux nous dépasser. Tel est bien ce qui se passe dans Werk ohne Autor, avec son début un rien classique sous cette Allemagne nazie où le possible rime souvent avec horreur. C'est pourtant un jeune étudiant en art, Kurt, qui se trouve au centre du film et assure le lien thématique entre tous les épisodes. Sa fuite vers l'Allemagne communiste, sa liaison avec la jeune Ellie, le combat avec le père de cette dernière qui va tout faire pour les séparer, et enfin le poids d'un passé terrible qui ne cesse de l'oppresser. Le scénario est complexe, mais sa narration fluide comme un épisode des Heimat de Reitz. Le réalisateur parvient insensiblement à transcender cette dimension cathartique que l'art est censé véhiculer. De sa peinture (au propre comme au figuré) jaillit l'épure, de son faisceau d'intrigues la pure émotion. On en ressort délicieusement chaviré, ému et bouleversé, avec ce sentiment rare d'avoir vu un grand film sur lequel il faudra bientôt longuement revenir. Une réelle option pour le Lion d'or.


Acusada de Gonzalo Tobal

acusada.jpgVoici l'exemple d'un film à procès mal scénarisé, joué à contre-sens - l'héroïne fait tout pour qu'on la soupçonne, ce qui n'est pas son but -, et avec une fin ouverte désespérément frustrante. Gael Garcia Bernal tient un petit rôle dans le rôle d'un présentateur star de la TV. Peut-être la seule séquence potable d'un titre dont la présence en compétition laisse songeur.


Vox Lux de Brady Corbet


vox.jpgDifficile de trouver esthétique plus laide que celle de ce film, portrait prétentieux et creux d'une superstar de la pop que Natalie Portman a accepté pour des raisons qui m'échappent encore. Là aussi, l'ouverture à la compétition vénitienne paraît bien hasardeuse. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

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03/09/2018

Mostra 2018, Audiard planplan, Nemes transcendant

Voici peut-être enfin, bien sûr après The Favourite de Yorgos Lanthimos, un autre candidat au Lion d'or 2018. Ce n'est pas Jacques Audiard, qui tente de faire l'Américain en livrant une copie propre. So what?

The Sisters Brothers de Jacques Audiard


Sisters-Brothers.jpgPourquoi Jacques Audiard a-t-il éprouvé le besoin, l'envie ou la nécessité d'aller tourner un western aux Etats-Unis, avec des acteurs américains? Si on lui posait la question, le cinéaste aurait (a) sans doute une réponse. Le seul problème, c'est que je ne la vois pas, ne la sens pas dans son film (et cela sans parler d'un titre pas possible qui donne surtout envie de fuir). Que je n'assiste qu'à une vague leçon de maîtrise pas si bien scénarisée que ça - l'histoire de ces deux frères tueurs à gage n'est pas véritablement transcendante -, avec une direction d'acteurs décevante et des prestations de Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhaal sans grand relief. Une sorte de bon travail à l'arrivée, assuré par un bon élève qui rend une copie satisfaisante, mais qui ne se dépasse pas pour tout pulvériser. C'est le défaut des premiers de classe. Au-delà d'une certaine limite, ils se confondent tous.


Napszallta (Sunset) de Laszlo Nemes


sunset.jpgLe principe à l'oeuvre dans ce deuxième film - ô combien attendu - de Laszlo Nemes, est au fond le même que celui palpable dans Le Fils de Saul. Dans un cas comme dans l'autre, on suit en caméra portée son héroïne, ici Irisz, campée par une formidable Juli Jakab (photo), cadrée au niveau du cou, le plus souvent de dos et en mouvement, histoire de dévoiler si possible en plan-séquence ce qu'elle voit et l'histoire qu'elle traverse, en l'occurrence le basculement de l'empire austro-hongrois de 1913 vers le premier conflit mondial sur lequel va s'achever le film. Le travail de la caméra est prodigieux et étourdissant, même si l'on devine l'armada de figurants et d'assistants qui oeuvrent hors champ pour assurer la réussite des plans. Le plus embêtant, c'est que dans sa volonté de relire la grande Histoire sous le prisme de la petite, du destin individuel (ici la quête d'un frère), Nemes fait preuve d'une ambition qui le dépasse et finit par nuire à sa narration, et à la clarté avec laquelle elle devrait jaillir. Cela n'enlève rien au choc esthétique que le film propose, qui lui permet d'ailleurs de se poser comme un candidat solide - le premier à mon sens de cette année - au Lion d'or.


What You Gonna Do When the World's on Fire? de Roberto Minervini


what-you-gonna-do-when-the-worlds-on-fire.jpgAprès The Other Side, documentaire choc de 2015, radiographie d'une Amérique raciste et perturbante, il paraissait difficile de faire mieux. Et en effet, ce film sur le black power s'avère sans surprise, presque impersonnel dans sa manière d'aborder son sujet comme cent autres films militants. Un beau noir et blanc mais pas de supplément.


At Eternity's Gate de Julian Schnabel


eternity.jpgLes fictions sur Van Gogh sont déjà légion. En voici une de plus dont la particularité est son interprète, Willem Dafoe, crédible en peintre qui se coupe une oreille. Pour le reste, le métrage est succinct, sommaire et peu généreux. A peu près l'inverse des tableaux du peintre hollandais. D'où un hiatus pas forcément des plus heureux.

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01/09/2018

Mostra 2018: Assayas, les Coen, le remake de "Suspiria", celui de "A Star Is Born" et Mike Leigh!

Assayas, les Coen, Mike Leigh, Luca Guadagnino et David Oelhoffen briguent la compétition avec des fortunes diverses pendant que Lady Gaga tente de nous convaincre de ses dons d'actrice (dans l'atroce A Star Is Born) - plus à côté de la plaque, je cherche encore.


Doubles vies d'Olivier Assayas


assayas.jpgOù il est question des milieux bobos de l'édition parisienne, mais surtout du rôle du numérique et des changements manifestes que cela peut entraîner dans les moeurs des lecteurs. C'est un Assayas mineur, clairement refusé à Cannes pour ce motif-là (supposition dont je n'aurai jamais la confirmation), mais loin d'être négligeable tant l'affaire se tient. Des dialogues bien écrits, puis bien dits par des comédiens comme Juliette Binoche, Guillaume Canet ou Vincent Macaigne, pour un film qui maintient un mode allègre dans un registre intimiste volontairement souligné par la mise en scène la plus basique qui soit. Tout pour plaire à Venise.


The Ballad of Buster Scruggs de Joel et Ethan Coen


coen.jpgL'histoire de l'Ouest divisée en six chapitres, ou plutôt six sketches d'inégal intérêt. Une leçon de savoir-faire avant tout dans ce film anecdotique produit par Netflix qui pense sans doute revisiter le western. L'impression que les Coen se fourvoient.


A Star Is Born de Bradley Cooper (hors-compétition)


cooper2.jpgJe m'attendais à ne pas aimer, mais pas à détester à ce point. Encore plus mauvais cinéaste que comédien - et Dieu sait si la barre était haute - l'horrible Bradley Cooper signe le troisième remake d'un classique qu'on tente chaque fois de relifter en pire. Mise en scène au rouleau-compresseur, montage au sécateur, direction d'acteurs au lance-flammes: je conseille au sieur Cooper d'ouvrir une quincaillerie, il y sera plus efficace. Lady Gaga, dans le rôle titre le plus menteur de la décennie, est un peu moins expressive qu'une boîte d'endives passée de date. Hideux dans tous les sens du terme.


Peterloo de Mike Leigh


leigh.jpgCeux qui ont étudié l'histoire britannique connaissent le massacre de Peterloo, 1819. Les autres l'apprendront en visionnant cet opus particulièrement académique et gonflant dans lequel Mike Leigh se croit obligé de tout expliquer par le détail, sans supposer une seconde que les débats de la Chambre des Lords ne sont pas tous indispensables à notre confort réceptif. Son film le plus ennuyeux depuis Topsy-Turvy.


Suspiria de Luca Guadagnino


suspiria.jpgJ'en connais en tout cas un qui a aimé (s'il lit ce billet, je le salue) mais j'en ai surtout vu des centaines qui détestent, dont certains qui crient au scandale. Remake raté d'un classique d'Argento, ce néo-Suspiria mélange l'Allemagne nazie, le procès de la bande à Baader et la danse contemporaine dans ce qu'elle a de plus laid. Les comédiennes, dont Tilda Swinton et Dakota Johnson, sont ridicules, le film est amphigourique et redondant dans sa vision de l'horreur, et on se demande quelle mouche a piqué Guadagnino, qui n'a pour l'instant signé qu'un seul film réussi, Call Me by Your Name. Presque aussi ennuyeux que le Mike Leigh. Hasard ou coïncidence (de programmation), les deux films durent plus de deux heures trente chacun.


Frères ennemis de David Oelhoffen


freres2.jpgManuel et Driss, deux potes d'enfance qui ont grandi dans la même cité. L'un est devenu flic, l'autre deale et se retrouve embarqué dans des mauvais coups. Puis la tragédie intervient dans un film solide et standard qui permet à Reda Kateb et Matthias Schoenaerts de se livrer à un face-à-face viril et captivant. Presque trop mainstream pour la compétition vénitienne, mais est-ce un problème?

23:28 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |