Cinéma - Page 3

  • Grand Corps Malade : «Tu as vraiment aimé notre film ?»

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    corps.jpgLes dix interviews express réalisées cette année au Locarno Film Festival ont été si appréciées par les lecteurs et par les personnalités passées au crible que j’ai décidé de continuer la formule, avec quelques aménagements. Exemple la question next, posée par le précédent invité sans savoir à qui il s’adresse. Le premier à se prêter au jeu, c’est Grand Corps Malade, dont le deuxième film comme réalisateur, La Vie scolaire, cosigné par Mehdi Idir et sorti il y a une dizaine de jours, s’avère l’un des cartons de la rentrée. Interview cash, avec tutoiement obligatoire et quelques surprises en route, dont une inversion entre intervieweur et interviewé que je vous laisse découvrir.

     

    Tu ne penses pas que c’est un peu abusé, quand on est une star du slam, de faire aussi du cinéma ?

    Si, bien sûr. Blague à part, je trouvais déjà que j’avais de la chance avant de faire du cinéma. Je me rends compte du privilège que j’ai. Et si je peux continuer, je le ferai. Nous avions déjà eu de si bons retours après Patients. Mais c’est vrai qu’en France, on déteste les doubles casquettes. Ceci dit, je n’ai jamais ressenti d’animosité à ce niveau.

    Tu n’en as pas marre qu’on te parle de ton handicap ?

    Mais on en parle de moins en moins. En même temps, au départ, je l’ai bien cherché, avec le pseudo que je me suis choisi. En m’appelant Grand Corps Malade, j’annonçais la couleur, même si c’était une blague. Donc il est normal qu’on m’en parle. En plus, si je ne l’avais pas voulu, je n’aurais pas non plus réalisé Patients.

    Quelle question te met en rage ?

    Vous qui connaissez les jeunes, vous en pensez quoi ? Et les banlieues ? Il n’y a pas une jeunesse ni une banlieue. Toutes les questions qui tendent à généraliser m’agacent.

    Quelle question rêves-tu qu’on te pose ?

    Je ne sais pas. Disons que dans deux ou trois mois, si on me demande comment je me sens après avoir fait un million d’entrées pour La Vie scolaire, je serai très heureux.

    Si tu as carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu ?

    Comment ça va, toi ?

    Tu me le demandes ?

    Oui.

    Très bien, merci.

    Depuis quand tu fais ce métier ? Tu as toujours la fibre ?

    Depuis plus de 25 ans. Et oui, la passion du cinéma est toujours là.

    Tu as vraiment aimé notre film ?

    Oui, sinon je te l’aurais dit. Ou tu l'aurais senti.

    C’est cool, alors.

    A présent, une question posée par mon précédent invité, sans savoir qu’il s’adressait à toi. Il s’agit de Thomas Gioria, le jeune acteur de Jusqu’à la garde de Xavier Legrand. Sa question : As-tu vu Jusqu’à la garde ? (lire ici).

    Oh que oui, et j’ai adoré. C’est lui qui joue le gamin, c’est ça ? (je lui confirme) Il est génial. Aux César, j’avais même voté pour ce film.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu penses que dans vingt ans, tu feras encore le même métier ?

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  • Locarno 2019 - Thomas Gioria: "Envie de jouer un badass comme Brad Pitt dans "Alliés""

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    gioria.jpgIl nous avait stupéfaits dans le rôle de l'enfant tiraillé entre ses parents et témoin de violences conjugales dans Jusqu'à la garde de Xavier Legrand. On le retrouve dans Adoration de Fabrice Du Welz, fuite éperdue de deux enfants déboussolés dans la nature, où il accomplit à nouveau une incroyable performance. Le film sera projeté ce vendredi 16 sur la Piazza Grande et Thomas Gioria, 16 ans, viendra le présenter avec l'équipe. Quelques heures plus tôt, j'ai fait une interview express avec ce jeune comédien qu'on espère revoir souvent.


    Après Jusqu'à la garde, le premier film de Xavier Legrand, tu joues à nouveau un rôle difficile dans Adoration. Comment es-tu arrivé sur ce film?


    J'ai reçu le scénario à travers mon agent, je l'ai lu et ça a été une évidence pour moi. J'étais totalement dans l'histoire. Ensuite, j'ai passé le premier casting. Et rencontré Fabrice Du Welz dans un café à Paris.


    Comme réalisateur, tu le connaissais déjà?


    Non. Il nous a envoyé Alléluia en pièce jointe.


    Comment t'a-t-il parlé du rôle?


    En toute sincérité. il m'a expliqué ce qu'il voulait, soit le plus de naturel possible, pas de technique de jeu.


    Avant Jusqu'à la garde, tu déclarais avoir une très forte envie de cinéma. Ce premier film l'avait-elle décuplée?


    Clairement, oui. Dès la première minute du tournage, j'ai oublié que le micro et la caméra étaient là. J'étais dans la peau d'un autre.


    Où puises-tu en toi ces éléments qui te permettent de jouer des rôles si matures?


    J'introduis la scène comme si elle était réelle puis me connecte en même temps. J'oublie la caméra et je joue Paul. La connexion avec ma partenaire, Fantine Harduin (vue notamment dans Happy End de Michael Haneke) doit être juste. Durant les prises, Fabrice Du Welz joue avec nous pendant que ça tourne. Il veut que ses acteurs soient le plus naturel possible. Donc il reste proche d'eux, parle pendant les prises, quitte à refaire le son après.


    Qu'est-ce qui a été le plus difficile, dans Adoration?


    Les scènes où on doit ressentir quelque chose l'un pour l'autre avec Fantine. Mais également celles où je suis tout seul.


    Est-ce que tu n'as pas peur de devenir adulte?


    Je ne me suis pas encore posé cette question. Mais je n'ai pas peur car je pense que ça va venir tout seul. Je vais m'adapter et voir comment je vais mûrir.


    Qu'est-ce qui te déplaît le plus dans ce métier?


    L'attente entre les prises. J'aime tourner, amener le film quelque part. Durant Jusqu'à la garde, on faisait des jeux entre les prises. Pendant Adoration, on s'amusait entre nous.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Y a t-il un rôle que tu voudrais jouer?


    Alors, y a-t-il un rôle que tu aimerais jouer?


    Oui, du genre de celui de Brad Pitt dans Alliés (de Robert Zemeckis, 2016). Il a un air badass, j'aime bien. Ou alors James Bond.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Que je voudrais bien un Oscar. Quand je joue, je n'y pense pas. Mais ce serait une reconnaissance.


    Quelle question voudrais-tu que je pose au prochain interviewé de mon blog, cette fois en dehors de Locarno? Ce sera la question Thomas Gioria.


    As-tu vu Jusqu'à la garde? Si ce n'est pas le cas, je te conseille vraiment de le voir.

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  • Locarno 2019 - Fulvio Bernasconi: "Un dîner avec Che Guevara"

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    bernasconi.jpgMercredi soir, il a reçu le Premio Cinema Ticino, décerné tous les deux ans à un Tessinois ou une Tessinoise dont l'oeuvre au cinéma fait rayonner sa région. Le réalisateur, actuellement entre Lausanne et Genève, où il parachève le montage de Quartier des banques 2, succède à la maquilleuse Esmé Sciaroni. Il a accepté avec le même plaisir le principe de l'interview express.


    Recevoir le prix Cinema Ticino, cela signifie quoi pour toi?


    C'est la reconnaissance de la région où je vis. On dit toujours que nul n'est prophète en son pays, et là, c'est l'inverse. Ce prix est décerné à des gens qui font rayonner le Tessin et sur ce point, ça me fait extrêmement plaisir.


    Tu es sans doute d'ailleurs l'un des plus jeunes lauréats de ce prix.


    C'est probable. Teco Celio, Villi Hermann, Esmé Sciaroni, Ventura Films et Amka Films, l'ont remporté, je crois. Plus Renato Berta. Je ne crois pas que l'âge des lauréats pose problème.


    Penses-tu le mériter?


    A Los Angeles, la concurrence serait plus grande. Mais au Tessin, nous ne sommes pas trop à prétendre l'obtenir. Même si je n'ai pas de film pour l'accompagner. Ils projettent Fuori dalle corde, qui était en compétition ici il y a quelques années, en 2007.


    Quel est ton rapport actuel avec le Tessin?


    J'ai réalisé des documentaires diffusés par la télévision. Un tous les deux ans environ.


    Tu es également le réalisateur de la série Quai des banques, dont tu viens de mettre en boîte la deuxième saison à Genève. Est-ce que c'est conciliable avec ta démarche d'auteur?


    Je ne vois pas de grosse différence entre une commande et un film soi-disant d'auteur. Même Miséricorde, que j'ai tourné en 2016, était un projet qu'on m'a proposé. Quant à Quartier des banques, il s'agit d'un projet que j'ai pu développer avec Stéphane Mitchell, la scénariste, et le producteur Jean-Marc Frohle, de Point Prod. Je dois ajouter que j'ai la chance de faire les choses qui me plaisent. Et puis c'est une série où j'ai réalisé tous les épisodes, six par saison, ce qui n'est pas toujours possible avec toutes les séries. J'ai donc une responsabilité esthétique et éthique sur le résultat. Mais le cinéma est un art collectif, et c'est aussi pour ça que j'ai de la peine avec la notion d'auteur.


    Si tu apprenais qu'une guerre nucléaire allait éclater dans les huit jours, que ferais-tu?


    J'essairais de fuir ailleurs, dans un autre territoire s'il n'est pas encore touché.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Des questions stupides, comme celles qu'on pose aux stars. Par exemple avec qui j'aimerais aller dîner. Et je répondrais avec Che Guevara. J'aurais des demandes spécifiques à lui faire. Par exemple pourquoi il n'est pas resté ministre de l'économie à Cuba.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Je voudrais parler de la cinéaste Anne Deluz, qui souffre actuellement d'un cancer mais dont l'assurance-maladie ne veut pas prendre en charge les frais d'un traitement totalement novateur, l'estimant injustifié. Sur l'initiative de la SSA, une collecte a été lancée sur Facebook. J'estime que la santé est un bien public et que tout le monde doit y avoir accès.

     

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