20/05/2016

Cannes, Jour 10: on avait visiblement gardé le pire pour la fin

neon-demon.jpgMaquillage pop et coloré, faux sang et vraies paillettes, mariage du chic et de l’horreur, de glamour et de mort, monde factice et vérité cachée de LA, vampirisme et cannibalisme. Autant de contraires qui finissent par s’annuler dans The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn, miroir fantasmé d’un univers impitoyable, celui de la mode, pur prétexte pour l’auteur de Drive de se faire un plaisir esthétique tout en montrant l’image tordue jusqu’à la moelle d’un microcosme déserté par l’humain. Malheureusement, résultat splendide pour film creux. Un peu comme ces séries mathématiques dites convergentes qui tendent vers zéro.

the-last-face.jpegEt puis il fallait bien un mauvais film, vraiment mauvais, dans la compétition cannoise 2016. Ce fut The Last Face de Sean Penn. Salade mal mise en scène avec force ralentis aux mauvais moments. Tricot de bons sentiments sur les missions humanitaires dans l’Afrique en guerre. Assommante mièvrerie lorsqu’on nous parle d’amour façon Lelouch (non, pire), même lorsque le couple est formé de Charlize Theron et Javier Bardem (ci-dessus). A leurs côtés, Jean Reno, totalement à côté de tout, a droit aux répliques les plus ridicules de toute la quinzaine. Eclats de rire dans la salle et sifflets à la fin. A oublier très vite.

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19/05/2016

Cannes, Jour 9: Xavier Dolan orchestre une symphonie

dolan.jpegUn cinéaste et ses acteurs, ici Gaspard Ulliel et Marion Cotillard autour de Xavier Dolan durant le tournage de son film. Icone d’un cinéma d’auteur moderne et trendy, pop et souvent gonflé, le jeune Québecois prend visiblement goût au bain cannois, puisque c’est la cinquième fois qu’il y vient, et la deuxième en compétition. Adaptant une pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, quasi huis-clos crépusculaire constitué presque uniquement de gros plans, Dolan ne cache ni ses ambitions ni un penchant pour les audaces formelles. Comme Resnais avec Mélo, qui était tiré d’une pièce de Bernstein, il assume la théâtralité de l’exercice en la soulignant, en la surlignant. Formellement, son film a le profil d’une symphonie traversée par quelques fulgurances qui viennent trouer une fiction basée sur les tensions, les révélations et la mort. L’intrigue ? Un jeune homme qui retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille qu’il va devoir les quitter (mourir). L’intimisme vire à l’universalité, le drame se pare de fractures multiples. C’est beau et complexe à la fois, tendu et généreux. On en parle pour la Palme. Mais on parle beaucoup à Cannes. Alors on verra bien…

baccalaureat.jpegLa Palme, le Roumain Cristian Mungiu l’a quant à lui déjà remportée en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Le revoici en quête du doublé dans un Bacalauréat qui a fait à nouveau sensation. Reconnaissons à l’auteur le goût des grands sujets, forts et profus, et des scénarios bien écrits. Remettant en question le thème de la transmission des valeurs, le cinéaste signe l’incroyable portrait d’un père face à sa fille. On la voit de dos ci-dessus lors d’un tapissage dans un commissariat. Mensonges et doutes, trahisons et compromissions constellent une intrigue parfaitement cimentée. Là aussi, on en parle pour la Palme. Mais (lire la fin du paragraphe précédent)…

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18/05/2016

Cannes, Jour 8: "Ma' Rosa" dans l'enfer de Manille

ma-rosa.jpgSeule dans Manille. Seule pour se sortir des griffes de policiers corrompus. Seule dans le bruit, la violence, le grouillement, l’étouffement véhiculaire et (in)humain. Seule avec sa famille, ses enfants, qui vont se saigner aux quatre veines pour l’en sortir et payer cette rançon absurde qu’on exige d’elle. En vendant leur corps, leur télévision, leur téléphone portable. Brillante Ma Mendoza dépeint comme toujours son pays de l’intérieur. Entre la violence insoutenable de Kinatay et le combat rural absurde de Lola, voici Ma’ Rosa, autre facette d’un monde gangrené par l’excès et le vice. Peinture saisissante, prenant souvent à la gorge, de la part d’un cinéaste qui a déjà participé plusieurs fois à la compétition cannoise. Et c'est formidable, on l'aura compris.

filledardenne.jpgLes Dardenne aussi, sont venus souvent à Cannes, y remportant même deux fois la Palme, pour Rosetta en 1999 et pour L’Enfant en 2005. Dans La Fille inconnue, ils dirigent pour la première fois Adèle Haenel (ci-dessus), dans le rôle d’une médecin généraliste prénommée Jenny. Scènes de consultations, quotidien d’un métier pas toujours facile. Et par-dessus tout ça, l’irruption d’une étrange affaire, la mort d’une jeune femme sans papiers tout près du cabinet de consultation. La victime ayant sonné à sa porte quelques heures avant de périr, Jenny mène son enquête pour tenter de l’identifier et de percer le mystère de sa mort. Le hic, c’est qu’on s’en fout un peu, que l’intrigue criminelle, tirée par les cheveux et caricaturale, finit par desservir le film dans son entier et qu’on se retrouve in fine face à un Dardenne en tous points mineur qui ne leur permettra pas, sauf erreur impardonnable du jury, de décrocher une troisième palme.

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