19/01/2016

"Bang Gang", dérives sexuelles et corps emmêlés

bang4.jpgDeux filles et un garçon sur un lit, dans une chambre quelconque. L’une des filles fume pendant que les deux autres font l’amour. Mais la main de la fille qui fume, posée sur l’épaule du garçon, indique plus ou moins clairement qu’elle ne va pas rester simple spectatrice de la scène. Jeux sexuels, partouzes adolescentes, fellations et abattage sont au menu des différentes séquences de Bang Gang, film d’Eva Husson inspiré de plusieurs faits divers et sous-titré Une histoire d’amour moderne. Une affaire de dérive sexuelle où tout se règle via smartphones et réseaux sociaux, où les corps se livrent sans complexes, où les héros ados repoussent les limites de leur sexualité, sans (trop) se poser de questions ni parler d’amour, même si certains l’idéalisent. Le teen movie a ses règles, mais lorsqu’il s’aventure sur le terrain du sexe, la transgression n’est jamais très loin. Souvenons-nous de Spring Breakers, d’Harmony Korine, avec ses hordes de jeunes Américains défoncés se jetant dans tous les excès. Sauf que dans Bang Gang, la réalité n’est jamais fantasmée. Elle est crue, directe, avec ses salauds et ses victimes, ses manipulateurs et ses agneaux.

bang2.jpgLe sexe se pratique à plusieurs et portes ouvertes (photo ci-dessus). Il s’affiche sur Instagram et s’expérimente comme un défi. Il s’affranchit de toute autorité et se soustrait aux lois sociétales. Il s’assimile à un échange d’ordre animal où seul compte le plaisir, la jouissance, l’orgasme. Mais il se trouve que l’entremêlement des corps ne tue pas l’amour et que celui-ci, malgré tout, peut trouver sa place dans ce défilé carnavalesque où les plus forts ne ressortent pas forcément vainqueurs. S’il y a une morale à trouver dans Bang Gang, c’est bien celle-ci. Malgré son schématisme et sa crudité proche d’un porno soft (j’ai dit proche et non identique, voyez la nuance) tout comme de différents longs-métrages de Larry Clark (Ken Park, The Smell of Us), le film délivre une véritable vision du monde adolescent d’aujourd’hui. Il est à déconseiller aux parents, ce sont eux qui risquent d’être choqués.

Bang Gang est actuellement à l’affiche en salles.

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15/01/2016

Franco Citti, «Accattone» pour l’éternité

cittiaccatone.jpgAoût 1961. La Mostra de Venise découvre ce visage à la beauté brute, archétype d’une Italie populaire, prolétaire, ouvrière, très pauvre, celle-là même que le cinéma ne représente jamais, ou si peu. Le film s’appelle Accattone, il est réalisé par Pier Paolo Pasolini, et son comédien, Franco Citti, fait ses premiers pas devant une caméra. Repéré par le réalisateur, dans ces faubourgs romains où il aimait chasser garçons et figurants typés, il capte la lumière à merveille et incarne un personnage aux abois, symbole d’une démarche dont le cinéaste se fera le chantre jusqu’à son décès abrupt et tragique, le 2 novembre 1975. Franco Citti, acteur «à gueule» et comédien fétiche de Pasolini – on le revit dans Mamma Roma, Porcherie, Le Décaméron, Les Contes de Canterbury, Les Mille et une nuits -, est décédé jeudi à Rome à l’âge de 80 ans. Frère du réalisateur et scénariste Sergio Citti, Franco Citti sut aussi s’affranchir de la tutelle pasolinienne pour s’immerger dans d’autres univers. Chez Francis Ford Coppola, dans Le Parrain I et III; chez Valerio Zurlini, dans le rare Seduto alla sua destra; chez Fellini, dans Roma; chez Elio Petri, dans Todo modo; chez Bertolucci, dans La Luna; comme dans moult autres productions moins connues. Malade et retraité depuis une vingtaine d’années, il se battait avec l’administration italienne pour jouir d’une retraite plus confortable. C’est le comédien Ninetto Davoli, lui aussi révélé par Pasolini, qui a annoncé le décès de Franco Citti.

Revoici Franco Citti dans la séquence la plus connue d’Accattone, et, juste en dessous, dans un film de Paolo Heusch et Brunello Rondi, Una vita violenta.

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14/01/2016

La famille Harry Potter perd Alan Rickman

rickman.jpgChaque saga a ses méchants. Harry Potter avait Severus Rogue (Severus Snape en anglais), que jouait Alan Rickman dans les films tirés des livres. Enfin, méchant n’est pas forcément le mot, réducteur en l’occurrence. Severus était complexe, ombrageux, ténébreux, malin, malveillant, aigri, sarcastique, liste non exhaustive. Un physique reconnaissable entre tous, une voix unique, en firent un personnage indispensable d’une saga où il était en somme l’anti-Harry Potter, et l’un de ses ennemis. Le voici martyrisant le jeune héros et son pote, Ron Weasley, incarné par le rouquin Rupert Grint. Ils ont l’air de trouver ça drôle, Rickman, quant à lui, prend son affaire très au sérieux.

Son décès ce jour, à l’âge de 69 ans, d’un cancer, a endeuillé la communauté des fans d’Harry Potter. J.K. Rowling, Daniel Radcliffe, Matthew Lewis, et quelques autres, lui ont rendu de vibrants hommages que je vous laisse chercher sur Twitter. Preuve que cette franchise avait aussi engendré sa propre famille, par-delà les contrats de tournage et autres obligations filmiques (promotionnelles, par exemple). Il faut dire aussi qu’ils ont passé plus de dix ans ensemble à tourner les huit longs-métrages de la saga, entre 2001 et 2011. C’est long, cela aide à tisser des liens, à cimenter quelque chose. Enfin pas toujours, mais là oui, visiblement.

Rickman n’avait bien sûr pas fait que ça. Des dizaines de pièces, du théâtre jusqu’à plus soif, et de nombreux autres films. Débuts dans Die Hard en 1988 – grand rôle de méchant -, un BAFTA de meilleur second rôle pour Robin des Bois, prince des voleurs, une incursion mémorable chez Ang Lee, dans Raison et sentiments, une autre chez Neil Jordan, dans le pénible Michael Collins, deux apparitions chez Tim Burton (Sweeney Todd et Alice au pays des merveilles, pas les meilleurs), une composition inattendue en Ronald Reagan dans Le Majordome, et le souvenir récent d’Une promesse de Patrice Leconte. Il avait aussi réalisé deux films : le magnifique L’Invitée de l’hiver, en 1997, avec une Emma Thompson rarement aussi subtile, et Les Jardins du roi, en 2014, dont j’ai peu de souvenirs. RIP.

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