10/03/2016

Dans "Room", une mère, un fils et quatre murs pour seul horizon

room-movie-five.jpgDeux paires d’yeux convergeant vers un point hors-champ, peut-être le ciel si l’on suppose la présence d’un soupirail crevant le méchant plafond que le cadre dévoile. Mais de l’intérieur, on peut tout supposer. Une femme et un enfant, visiblement très fusionnels sur cette image, avec en arrière-fond l’idée qu’elle et lui ne font qu’un, mère et fils, données que seule la fiction nous fournira, de méchants habits, là aussi, une sorte de dénouement signe de paupérisation, et un espace d’évidence exigu, étriqué, de ceux qu’on aimerait fuir. Cet enfant n’a jamais vécu ailleurs. Né de viols successifs, séquestré tout comme sa mère par un pervers sans état d’âme, il ne connaît d’univers que quatre vilains murs de cabane, moche et triste comme à peu près tout ce qui l’entoure. Signé Lenny Abrahamson, Room épouse le point de vue de cet enfant, et communique l’étouffement plus qu’il ne suggère l’oppression.

Bien sûr, tout comme dans l’affaire Natascha Kampusch, devenue malgré elle une sorte de référence en matière de séquestration, il y a un après, une issue et quelque chose de positif au bout du tunnel. Le film se scinde en deux parties, deux reflets de la même histoire, volets symétriques dont le centre n’est pourtant nulle part. Si l’absence d’explications dans la première partie, elles aussi parquées hors-champ, ou plutôt en dehors de l’univers visible du jeune héros et de sa génitrice – je rappelle là que Brie Larson a remporté l’Oscar pour ce rôle -, répond à une logique presque éditoriale (que les règles du huis-clos viennent conforter), la seconde partie de Room procède en revanche d’un trop plein, d’une accumulation de signes extérieurs formant comme l’autre versant d’un trauma. Dans ce contexte, la justesse est malaisée. Mais le film y parvient, ouvrant à hauteur d’enfant une fenêtre sur le monde embrassant in fine l’univers dans sa totalité.

Room est actuellement à l’affiche en salles.

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21/02/2016

Berlinale 2016 : après Venise, Gianfranco Rosi séduit Berlin

rosi.jpgGianfranco Rosi était content. Après son Lion d’or surprise en 2013 pour Sacro GRA, le voici détenteur d’un doublé en raflant l’Ours d’or de la 66e Berlinale pour le très fort Fuocoammare, dont j'ai parlé dans l’un des premiers billets de cette Berlinale. Ne reste plus qu’au cinéaste et documentariste italien à gagner une Palme d’or cannoise pour rentrer dans le club très fermé des réalisateurs ayant remporté les trois grands festivals. Dans l’attente, cet Ours est peu discutable, mais j’ignore encore si le film a été acquis par un distributeur suisse – si l’un d’eux me lit, merci de me laisser un comm.

Meryl Streep était contente, mais sa robe pas terrible. Elle n’a pas eu besoin de recourir à sa double voix de présidente du jury, et les débats ont eu lieu sans palabres.

Hors champ (donc pas sur cette image), Dieter Kosslick, directeur du festival, était content. La Berlinale a affiché complet, engendrant même quelques casse-têtes pour obtenir des tickets à certaines séances. Lav Diaz et son chef d’œuvre autoproclamé de huit heures, A Lullaby to the Sorrowful Mystery, était content et s’est fendu d’un discours plus court que n’importe lequel de ses plans. Contents eux aussi, l’actrice Trine Dyrholm (pour Kollektivet de Thomas Vinterberg) et l’acteur Majd Mastouri (pour Hedi de Mohamed Ben Attia) l’étaient. Les voici auréolés d’un prix d’interprétation, féminine et masculine, pour leurs jolies performances. Etonnant en clone de Xavier Dolan, Tomasz Wasilewski était content pour son Ours d’argent obtenu avec le vilain United States of Love. Moi un peu moins. Et à votre avis, Mia Hansen-Løve, réalisatrice de L’Avenir, Ours d’argent de la meilleure mise en scène, et Danis Tanovic, auteur de Mort à Sarajevo, Ours d’argent et grand prix du Jury, étaient-ils contents ?

Plus de détails et de retours berlinois dans un billet à venir.

00:20 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2016 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

20/02/2016

Berlinale 2016: derniers films du concours, c'est pas la joie!

united-states-of-love-2.jpgQuelques femmes autour d’une table, ambiance sépia, des airs d’avant, mais avant quoi ? Les soubresauts de la vie en Pologne se trouvent au cœur d’un film peu attachant et plutôt agaçant, ces United States of Love signées Tomasz Wasilewski. Des femmes en lutte, les émotions intérieures en opposition avec les modifications d’une société en perte de vitesse et en mal de repères qui forment la texture dramatique d’un récit glaçant de pessimisme et au glamour on ne peut plus illusoire – hormis sur un poster de Whitney Houston placardé dans l’une des chambres. Pour ces ultimes films de la compétition, la Berlinale n’a pas sorti l’artillerie lourde, c’est le moins qu’on puisse dire. Difficile de rester ne serait-ce qu’éveillé face à ce mélange de sordide et de noirceur qu’on aura oublié d’ici trois jours.

dragon.jpgUne remarque qui vaut hélas aussi pour A Dragon Arrives !, nouveau film de l’Iranien Mani Haghighi, qui malgré la bigarrure de son histoire – et l’image ci-dessus en témoigne – et l’originalité de son scénario, qui se déroule sur deux époques distinctes, peine à retenir l’attention. Visuellement, le résultat n’est pas vilain, mais l’organisation du fouillis, ou plutôt du vaste bric à brac tenant lieu de mise en scène à ce film, a très vite fait de nous en distancer. Malgré une radicalité esquissée sous la narration, le caractère alambiqué demeure la principale constante d’un métrage distillant l’ennui avec une componction désespérante.

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