21/05/2016

Cannes, Jour 11: "Elle", les mécanismes de la cruauté

elle.jpgIsabelle Huppert, éternelle reine de Cannes, pour la première fois chez Verhoeven. Dans une adaptation de Philippe Djian qui sied particulièrement bien à l’auteur de Basic Instinct. Michelle, femme d’affaires dirigeant une entreprise de jeux vidéo, se fait agresser et violer à son domicile. Tel est le contenu de la séquence d’ouverture du film. Elle se profile alors comme un thriller érotique et cruel avec un mystère à résoudre en guise de fil rouge. Mais c’est mal connaître Verhoeven (et Djian ?) qui déplace rapidement les enjeux de son film. Et montre les visages successifs de Michelle, qui de victime, devient petit à petit prédatrice et tire les ficelles d’une intrigue où la plupart des personnages apparaissent névrosés et déplaisants. Avec sa narration complexe et à plusieurs vitesses, le film démonte les mécanismes de la cruauté avec un plaisir jouissif particulièrement communicatif. Bel objet formel, Elle est aussi une variation subtile sur la biologie humaine.

client.jpgQuant à Asghar Farhadi, pour la seconde fois en compétition à Cannes après Le Passé en 2013, il se lance à nouveau dans une radiographie de la société iranienne. Le film s’appelle Forushande (Le Client en français) et se concentre autour d’un jeune couple contraint de déménager. Mais un incident lié à l’ancienne locataire de leur nouvel appartement va bouleverser leur existence. Beaucoup de bruit pour rien, ai-je envie d’ajouter à propos d’un scénario filandreux, tiré par les cheveux, entrelacé de séquences chichiteuses se déroulant sur la scène d’un théâtre. Uniquement centré sur son sujet (fumeux), le film se veut étendard social et observation réaliste d’un consortium sur lequel le cinéaste ne dit rien. Le filmage est sobre, mais le résultat aussi politiquement correct et ennuyeux qu’Une séparation, qui avait permis à Farhadi de remporter un Ours d’or à Berlin en 2011 avant de compléter la mise avec un César puis un Oscar. Forushande n’est-il lui aussi qu’une machine à gagner des prix dans des festivals ? Réponse demain soir.

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20/05/2016

Cannes, Jour 10: on avait visiblement gardé le pire pour la fin

neon-demon.jpgMaquillage pop et coloré, faux sang et vraies paillettes, mariage du chic et de l’horreur, de glamour et de mort, monde factice et vérité cachée de LA, vampirisme et cannibalisme. Autant de contraires qui finissent par s’annuler dans The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn, miroir fantasmé d’un univers impitoyable, celui de la mode, pur prétexte pour l’auteur de Drive de se faire un plaisir esthétique tout en montrant l’image tordue jusqu’à la moelle d’un microcosme déserté par l’humain. Malheureusement, résultat splendide pour film creux. Un peu comme ces séries mathématiques dites convergentes qui tendent vers zéro.

the-last-face.jpegEt puis il fallait bien un mauvais film, vraiment mauvais, dans la compétition cannoise 2016. Ce fut The Last Face de Sean Penn. Salade mal mise en scène avec force ralentis aux mauvais moments. Tricot de bons sentiments sur les missions humanitaires dans l’Afrique en guerre. Assommante mièvrerie lorsqu’on nous parle d’amour façon Lelouch (non, pire), même lorsque le couple est formé de Charlize Theron et Javier Bardem (ci-dessus). A leurs côtés, Jean Reno, totalement à côté de tout, a droit aux répliques les plus ridicules de toute la quinzaine. Eclats de rire dans la salle et sifflets à la fin. A oublier très vite.

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19/05/2016

Cannes, Jour 9: Xavier Dolan orchestre une symphonie

dolan.jpegUn cinéaste et ses acteurs, ici Gaspard Ulliel et Marion Cotillard autour de Xavier Dolan durant le tournage de son film. Icone d’un cinéma d’auteur moderne et trendy, pop et souvent gonflé, le jeune Québecois prend visiblement goût au bain cannois, puisque c’est la cinquième fois qu’il y vient, et la deuxième en compétition. Adaptant une pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, quasi huis-clos crépusculaire constitué presque uniquement de gros plans, Dolan ne cache ni ses ambitions ni un penchant pour les audaces formelles. Comme Resnais avec Mélo, qui était tiré d’une pièce de Bernstein, il assume la théâtralité de l’exercice en la soulignant, en la surlignant. Formellement, son film a le profil d’une symphonie traversée par quelques fulgurances qui viennent trouer une fiction basée sur les tensions, les révélations et la mort. L’intrigue ? Un jeune homme qui retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille qu’il va devoir les quitter (mourir). L’intimisme vire à l’universalité, le drame se pare de fractures multiples. C’est beau et complexe à la fois, tendu et généreux. On en parle pour la Palme. Mais on parle beaucoup à Cannes. Alors on verra bien…

baccalaureat.jpegLa Palme, le Roumain Cristian Mungiu l’a quant à lui déjà remportée en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Le revoici en quête du doublé dans un Bacalauréat qui a fait à nouveau sensation. Reconnaissons à l’auteur le goût des grands sujets, forts et profus, et des scénarios bien écrits. Remettant en question le thème de la transmission des valeurs, le cinéaste signe l’incroyable portrait d’un père face à sa fille. On la voit de dos ci-dessus lors d’un tapissage dans un commissariat. Mensonges et doutes, trahisons et compromissions constellent une intrigue parfaitement cimentée. Là aussi, on en parle pour la Palme. Mais (lire la fin du paragraphe précédent)…

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