07/01/2016

Le sourire d'Yves Vincent s'est effacé

vincent.jpgLes dépêches parues ce jour ne retiennent, semble-t-il, que ses apparitions dans plusieurs volets des Gendarme, où il incarnait le colonel, supérieur hiérarchique de de Funès et Galabru. Mais Yves Vincent fut pourtant un des comédiens les plus prometteurs du cinéma français des années 40. Il fait ses débuts à la fin de la guerre et apparaît dans bon nombre de films, dont La Foire aux chimères de Pierre Chenal, pour ne citer que l'un des plus renommés. Des artisans diversement inspirés le dirigent successivement. Parmi ceux-ci, André Berthomieu, André Hunebelle, Henri Diamant-Berger ou Richard Pottier, autant de noms évocateurs de souvenirs divers et variés dans nos mémoires cinéphiles. La carrière d'Yves Vincent s'oriente ensuite vers la comédie - il donne plusieurs fois la réplique à Louis de Funès, et notamment, en plus de quelques Gendarme (photo ci-dessous), dans Hibernatus - puis se diversifie au théâtre et à la télévision, où il retrouve un second souffle. En 2013, il avait publié ses mémoires sous le titre Voulez-vous en sourire avec moi?, y évoquant la cinquantaine de films dans lesquels il s'était illustré et des partenaires aussi célèbres que Brigitte Bardot, Edwige Feuillère ou encore Ingrid Bergman. Il eut comme épouses successives la speakerine Jacqueline Huet et la comédienne (genevoise) Nelly Borgeaud, que j'ai récemment mise à l'honneur dans un de mes "Né(e) un" qui paraissent sur Facebook et Twitter pour ceux qui m'y suivent (#autopromo). Yves Vincent était né en Haute-Savoie, à Thônes, le 5 août 1921. Il est décédé mercredi 6 janvier à l'âge de 94 ans.

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06/01/2016

Silvana Pampanini, la "Belle de Rome", n'est plus

pampanini.jpgDans l'immédiat après-guerre, elle fut l'une des étoiles du cinéma italien. Juste avant que Sophia ou Gina ne s'imposent et envahissent à leur tour les écrans. Silvana Pampanini, Miss Italie en 1946, avait fait ses débuts sur pellicule dans la foulée, dans des films dont on ne sait quasiment rien, comédies musicales ou comédies tout court tombées dans l'oubli. Sa filmographie fut prolifique mais modeste en titres importants. On la vit dans un Zampa (Les Coupables en 1952), un Comencini (La Belle de Rome en 1955), chez Carmine Gallone, Giuseppe De Santis, Mario Mattoli, Carlo Ludovico Bragaglia, Steno, Pietro Francisci, Mario Soldati, Pietro Germi, Giorgio Simonelli, et autres artisans d'un cinéma transalpin qui vaut souvent mieux que les rivages populaires dans lesquelles l'histoire l'a ensuite confiné. Vedette importante des années 50, surnommée Nini Pampan (sic) en France, Silvana Pampanini eut aussi les photographes, qu'on n'appelait pas encore paparazzi, aux trousses. Ses idylles avec le prince Ahmad Shah Zaher, puis avec le roi Farouk, occupèrent quelques unes des hebdomadaires de l'époque. Jean Gabin, Marcello Mastroianni, Buster Keaton et Totò furent aussi ses partenaires, mais uniquement à l'écran. Puis un jour, tout s'arrêta. A la fin des années 50, Silvana Pampanini décide d'arrêter le cinéma. Pour faire autre chose. Un peu de radio, un peu de télévision, beaucoup de mondanités. Dès 1966, elle ne s'occupe plus que de ses parents. Et cela jusqu'à leur mort. Nommée grand officier de l'Ordre du Mérite de la république italienne en 2003, Silvana Pampanini est décédée le 6 janvier à Rome, dans le quartier où elle était née. Elle avait 90 ans.

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05/01/2016

Vilmos Zsigmond, extinction des feux

blow-out_02.jpgCe plan de Blow Out de Brian De Palma est une merveille. Netteté de l’image, malgré la distance séparant le hibou au premier plan de John Travolta au fond, malgré l’obscurité qui écrase tout mais laisse échapper ces éclairages permettant de parfaitement saisir les contours de ce qu’on voit. Le concret et l’abstrait fusionnent ici avec une habileté diabolique. Les regards – animal, humain – s’excluent sans s’opposer, convergeant vers un point hors-champ qui pourtant ne saurait être le même pour les deux. Le hibou voit la nuit, l’homme ne le peut pas. Composante fictionnelle opaque que la scène parvient à traduire, donnant à cette situation d’apparence incongrue (Travolta y capte en réalité du son, ce qu’on peut aisément remarquer) des fulgurances poétiques inattendues. Loin de se suffire à elle-même, la beauté suggère ici de l’émotion, à la manière de certains tableaux.

Ce plan de Blow Out est l’œuvre d’un chef-opérateur hors du commun, Vilmos Zsigmond. Il avait travaillé avec les plus grands : Spielberg, Altman, Cimino, Woody Allen, Jerry Schatzberg. On lui doit la lumière de Voyage au bout de l’enfer, Heaven’s Gate, Rencontres du troisième type (qui lui valut un Oscar), Délivrance de Boorman, Crossing Guard de Sean Penn, au hasard d’une filmographie regroupant quatre fois plus de titres, presque tous aussi importants. Zsigmond, d’origine hongroise, avait travaillé avec la plupart des auteurs de ce qu’on nomme le Nouvel Hollywood. zsigmond-06.jpgNé le 16 juin 1930 à Szeged (Hongrie), il est décédé le 1er janvier 2016 à Big Sur, en Californie, là où il avait élu domicile. Son décès a été peu relayé dans les médias (mais énormément sur les réseaux). Il est vrai que les chefs opérateurs n’ont pas bonne presse. Ils n’ont même pas presse du tout. Ce sont des maîtres de la lumière mais des hommes de l’ombre. Vilmos Zsigmond était un géant. L’un des plus grands chef op de tous les temps. RIP.

 

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