04/01/2016

Michel Galabru, le dernier des Gendarmes

gendarme.jpgLe 9 septembre 1964, Le Gendarme de Saint-Tropez sort dans toute la France. Pourquoi juste à la fin de l’été ? Pour des questions de planning essentiellement. Tourné en juin et juillet de la même année, puis monté/mixé dans la foulée, probablement chronomètre en mains, le film sort des laboratoires quelques jours avant son arrivée dans les salles. Raymond Lefebvre compose la musique dans l’urgence. Dès sa sortie, le film, ignoré par les pisse-froids détenteurs de la doxa, se hisse au sommet du box-office. Il attirera près de 8 millions de spectateurs. C’est le plus gros succès de l’année. L’équipe des gendarmes est alors composée de six comédiens : Louis de Funès (1914 – 1983), Jean Lefebvre (1919 – 2004), Christian Marin (1929 – 2012), Guy Grosso (1933 – 2001), Michel Modo (1937 – 2008), et bien sûr Michel Galabru, qui survécut à tous ses partenaires. A l’origine, il ne devait pas faire le film. C’est Pierre Mondy qui avait été pressenti. Mais retenu au théâtre, il doit décliner l’offre. C’est donc Galabru qui va endosser l’uniforme de l’adjudant Gerber aux yeux d’un public qui l’adopte immédiatement. Bien sûr, il s’est illustré dans plus de deux cents autres films. Du meilleur – Le Juge et l’assassin de Tavernier en 1976 – au pire que je ne citerai pas, parce que même le pire des nanars contient toujours une scène ou un plan qui méritent d’être sauvés. Le Gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault n’est d’ailleurs pas un chef d’œuvre non plus. Mais qu'importe. On n’en demande pas tant aux grands succès populaires. Michel Galabru nous a quittés le 4 janvier 2016 à Paris. Il avait 93 ans.

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16/12/2015

Dans "Mia madre", la distribution des profondeurs de champ

Mia-madre.jpgPremier plan et profondeur de champ. Tournage en studio, artifices et vraisemblance. Savamment composé, ce plan de Mia madre de Nanni Moretti utilise habilement différentes valeurs focales. Au centre de l'image, deux des comédiens principaux, frère et soeur dans la fiction, joués par Moretti lui-même et Margherita Buy, presque face caméra, lui vaguement caché derrière elle, captent évidemment l'attention et le regard en premier. Ils observent quelque chose placé hors-champ et tournent le dos à la file de personnages, de figurants, qu'on aperçoit derrière eux. La profondeur du champ a d'ailleurs deux valeurs. La file d'attente sur la gauche, et une devanture éclairée sur la droite et au fond, double perspective que les deux personnages précités coupent du reste exactement, donnant l'impression que la file d'attente n'entretient pas forcément de rapport causal avec la devanture, même si on discerne encore deux silhouettes tout au fond devant la porte. Enfin, à droite de l'image, donc à la gauche des deux comédiens, on distingue en amorce l'épaule d'un homme qui regarde lui aussi vers le fond de l'image. Si notre regard se porte d'abord au centre, sur les deux personnages, il a ensuite tendance à errer partout dans le plan, comme on le ferait devant un tableau dont certains détails n'apparaissent pas immédiatement. Ce plan suffit à rappeler le principe - simple et maîtrisé - à l'oeuvre dans Mia madre, comme dans la plupart des films de Moretti, à savoir ce jeu sur les niveaux narratifs et cette aptitude à les mettre à plat, à les unifier par mise en scène interposée. C'est en cela que le cinéaste italien parvient à trouver la bonne distance pour aborder les thèmes de son film - le cinéma, le rapport à la mère, la maladie, pour faire simple - et les faire circuler dans un mouvement unique et fluide fixant à lui seul la dramaturgie de son récit. Remarquable.

Mia madre est actuellement à l'affiche en salles.

16:20 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

09/12/2015

Dans "Messidor", la désillusion, la fuite et une certaine Suisse de 1978

messidor.jpgLes choses auront sans doute vieilli. Gestes et vêtements, décors et comportements. On ne se révolte pas aujourd’hui comme on le faisait dans les années 70, héritières de ces utopies nées à la tombée des années 60. On ne filme plus pareil non plus. Les deux adolescentes de Messidor, sans doute naïves et agaçantes par certains aspects, salvatrices par leur liberté éclatant à chaque plan, leur glissement progressif dans la délinquance, leur errance dans une Suisse moins primitive qu’on voulait nous le faire croire, la gesticulation de corps et de tentations (le viol, le jeu, le meurtre) au cœur d’une fiction respirant l’air pur et la montagne, les contrastes d’un monde pérenne au sein duquel la société ne bouge pas partout pareillement, les cris de joie à flanc de coteaux et les balades improvisées dans l’arrière-pays, tout ça, symbole d’un temps déjà loin, s’invite dans le film que met alors en scène Tanner. Plus âpre, plus noir, plus pessimiste encore que La Salamandre ou Charles mort ou vif, Messidor (réalisé en 1978, puis sorti en 1979, et même auréolé cette année-là d'un Ours d'or au Festival de Berlin), avec son titre renvoyant à un mois républicain, le dixième, celui des grandes récoltes (dans l’histoire, il s’agit en réalité du prénom que l’une des héroïnes se donne), suggère l’amertume et l’échec, la désillusion et la fuite. Ce que dit Tanner, c’est qu’il n’est plus possible de faire machine arrière et que l’horizon est barré, sans espoir. Le paradoxe, c’est que son film demeure solaire malgré tout, porteur d’une vivacité bondissante. Du moins dans mon souvenir. Revoir le film aujourd’hui change-t-il cette donne ? Rien ne l’exclut.

Messidor passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre du cycle "Alain Tanner - un cinéaste du lieu".

17:19 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 1979 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |