25/03/2016

Christian Davi, réalisateur et producteur, nous a quittés à l'âge de 49 ans

davi.jpgJe l’avais fréquemment croisé. A Locarno, à Soleure, à Berne dans le cadre plus officiel de l’OFC, en interview ici et là. Pour les films qu’il avait réalisés, puis pour ceux qu’il avait produits via sa société Hugofilm, cofondée en 2002 avec Christof Neracher et Thomas Thümena, et qui lui avait permis de financer Vitus (en 2006), donnant un nouveau souffle au vétéran Fredi M. Mürer. Visage familier du cinéma suisse, toujours souriant et aimable, Christian Davi avait 49 ans. Il a succombé le 19 mars des suites d’une longue maladie. A Zurich, sa ville d’origine. Le cinéma suisse perd quelqu’un dont l’engagement, l’enthousiasme, la combattivité et le talent étaient indéniables. C’est par un mail et un communiqué de SwissFilms que les gens de la branche ont appris jeudi la triste nouvelle. En février, une des dernières productions de Hugofilm, Aloys de Tobias Nölle, a remporté le prix FIPRESCI de la section Panorama à la Berlinale.

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10/03/2016

Dans "Room", une mère, un fils et quatre murs pour seul horizon

room-movie-five.jpgDeux paires d’yeux convergeant vers un point hors-champ, peut-être le ciel si l’on suppose la présence d’un soupirail crevant le méchant plafond que le cadre dévoile. Mais de l’intérieur, on peut tout supposer. Une femme et un enfant, visiblement très fusionnels sur cette image, avec en arrière-fond l’idée qu’elle et lui ne font qu’un, mère et fils, données que seule la fiction nous fournira, de méchants habits, là aussi, une sorte de dénouement signe de paupérisation, et un espace d’évidence exigu, étriqué, de ceux qu’on aimerait fuir. Cet enfant n’a jamais vécu ailleurs. Né de viols successifs, séquestré tout comme sa mère par un pervers sans état d’âme, il ne connaît d’univers que quatre vilains murs de cabane, moche et triste comme à peu près tout ce qui l’entoure. Signé Lenny Abrahamson, Room épouse le point de vue de cet enfant, et communique l’étouffement plus qu’il ne suggère l’oppression.

Bien sûr, tout comme dans l’affaire Natascha Kampusch, devenue malgré elle une sorte de référence en matière de séquestration, il y a un après, une issue et quelque chose de positif au bout du tunnel. Le film se scinde en deux parties, deux reflets de la même histoire, volets symétriques dont le centre n’est pourtant nulle part. Si l’absence d’explications dans la première partie, elles aussi parquées hors-champ, ou plutôt en dehors de l’univers visible du jeune héros et de sa génitrice – je rappelle là que Brie Larson a remporté l’Oscar pour ce rôle -, répond à une logique presque éditoriale (que les règles du huis-clos viennent conforter), la seconde partie de Room procède en revanche d’un trop plein, d’une accumulation de signes extérieurs formant comme l’autre versant d’un trauma. Dans ce contexte, la justesse est malaisée. Mais le film y parvient, ouvrant à hauteur d’enfant une fenêtre sur le monde embrassant in fine l’univers dans sa totalité.

Room est actuellement à l’affiche en salles.

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21/02/2016

Berlinale 2016 : après Venise, Gianfranco Rosi séduit Berlin

rosi.jpgGianfranco Rosi était content. Après son Lion d’or surprise en 2013 pour Sacro GRA, le voici détenteur d’un doublé en raflant l’Ours d’or de la 66e Berlinale pour le très fort Fuocoammare, dont j'ai parlé dans l’un des premiers billets de cette Berlinale. Ne reste plus qu’au cinéaste et documentariste italien à gagner une Palme d’or cannoise pour rentrer dans le club très fermé des réalisateurs ayant remporté les trois grands festivals. Dans l’attente, cet Ours est peu discutable, mais j’ignore encore si le film a été acquis par un distributeur suisse – si l’un d’eux me lit, merci de me laisser un comm.

Meryl Streep était contente, mais sa robe pas terrible. Elle n’a pas eu besoin de recourir à sa double voix de présidente du jury, et les débats ont eu lieu sans palabres.

Hors champ (donc pas sur cette image), Dieter Kosslick, directeur du festival, était content. La Berlinale a affiché complet, engendrant même quelques casse-têtes pour obtenir des tickets à certaines séances. Lav Diaz et son chef d’œuvre autoproclamé de huit heures, A Lullaby to the Sorrowful Mystery, était content et s’est fendu d’un discours plus court que n’importe lequel de ses plans. Contents eux aussi, l’actrice Trine Dyrholm (pour Kollektivet de Thomas Vinterberg) et l’acteur Majd Mastouri (pour Hedi de Mohamed Ben Attia) l’étaient. Les voici auréolés d’un prix d’interprétation, féminine et masculine, pour leurs jolies performances. Etonnant en clone de Xavier Dolan, Tomasz Wasilewski était content pour son Ours d’argent obtenu avec le vilain United States of Love. Moi un peu moins. Et à votre avis, Mia Hansen-Løve, réalisatrice de L’Avenir, Ours d’argent de la meilleure mise en scène, et Danis Tanovic, auteur de Mort à Sarajevo, Ours d’argent et grand prix du Jury, étaient-ils contents ?

Plus de détails et de retours berlinois dans un billet à venir.

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