19/10/2015

L'affiche de "Star Wars - Le Réveil de la force" : un vaste fourre-tout et une absence révélatrice

starwars2.jpgCe graphisme, cette surcharge d'éléments et de couleurs, cette juxtaposition de personnages, presque tous dans une pose similaire, résultante d'une addition in fine triviale, tout ici rappelle en somme n'importe quelle affiche de SF, de série B ou A, peu importe. Un semblant d'effort suinte de l'utilisation des sabres laser, qui, combiné à un effet de symétrie dual aux dominantes rouge et bleu, suggère un contour géométrique intéressant, mais l'impression de vaste fourre-tout prédomine néanmoins. Dévoilée dimanche 18 octobre, cette première affiche de Star Wars - The Force Awakens (Star Wars - Le Réveil de la force), septième volet de la saga, est volontairement pauvre au niveau de sa diégèse. Il s'agit d'en dire le moins possible avant la sortie du film tout en distillant certaines infos au compte-gouttes, quitte à suggérer des pistes erronées. Côté personnages, loin de moi l'idée de faire l'inventaire de ceux qui y apparaissent - on reconnaît la princesse Leia, Han Solo, Kylo Ren, le général Hux, ainsi que les adorables R2D2 et C3PO -, mais on peut en revanche s'interroger sur celui qui n'y figure pas, à savoir Luke Skywalker. Et ça, c'est un élément dont la valeur diégétique est certaine. Cette absence suscite une interrogation, sans surprise abondamment commentée depuis hier sur les réseaux sociaux, et dont la réponse ne sera connue qu'à la vision du film. C'est donc par ce qu'elle ne contient pas que cette première affiche (contrairement aux précédentes de la saga, elle n'a pas été conçue par Drew Struzan) dit réellement quelque chose. Pour tout le reste, on baigne en territoire archi-connu, tout est balisé à l'extrême - y compris l'inexpressivité légendaire du monolithique Harrison Ford -, c'est-à-dire dans un marketing premier degré des plus prévisibles que les semaines à venir devraient se contenter de confirmer. 

Star Wars - The Force Awakens sera à l'affiche en salles le 19 décembre.

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18/10/2015

"Charles mort ou vif", le film qui a changé le cinéma suisse

charles-mort-ou-vif.jpgLire un livre ou un journal, rêvasser sur des fauteuils, se faire du café, ne penser à rien. Instantané d'une époque où l'on aimait encore se foutre de tout et ne se soucier de rien, sinon de sa liberté individuelle, sans devoir forcément rendre des comptes. Tout quitter, sans rien emporter, se fixer n'importe où, au gré du hasard ou des envies, abandonner les contingences, se poser, loin du bruit et des soucis. Il y avait cette idée, lointainement, dans La Maman et la putain de Jean Eustache, en 1973. Quatre ans plus tôt, elle se retrouvait déjà au coeur de Charles mort ou vif, cet Alain Tanner des débuts, sorte de manifeste d'un cinéaste qui vient de fonder le Groupe des 5 avec Michel Soutter, Claude Goretta, Jean-Louis Roy et Jean-Jacques Lagrange et qui n'a pas encore tourné La Salamandre. Encore inconnu mais déjà présent, affirmatif, presque vindicatif, revendiquant une liberté d'écriture comme une envie sous-jacente de tout détruire. Film fondateur, Charles mort ou vif est porté par un François Simon qui débuta, dit-on, chez Marc Allégret en 1936 (mais je n'en ai aucun souvenir dans Razumov, sous les yeux d'Occident, programmé ce soir par un curieux hasard au cinéma de minuit de France 3, seule case horaire dans laquelle le service public daigne montrer classiques et raretés) avant de servir des créateurs exigeants comme Raoul Ruiz, Daniel Schmid ou Patrice Chéreau, François Simon, donc, qui hante le film de Tanner et fait corps avec lui, dans ce qui restera probablement comme le rôle de sa vie. Léopard d'or en 1969 au Festival de Locarno, à l'époque où les médias étaient frileux par rapport à l'événement tessinois, sacré cette année-là aux côtés de trois autres longs-métrages devenus rares, voire invisible pour le premier (Dis-moi bonjour de Sandor Simo, Tres tristes tigres de Raoul Ruiz et Pas de gué dans le feu de Gleb Panfilov), le film annonçait une nouvelle vague suisse qui eut son âge d'or dans les années 70. Mais ceci est une autre histoire.

Charles mort ou vif est programmé lundi 19 octobre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle Antibourgeois du Ciné-club universitaire.

20:51 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 1969 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/10/2015

"Everest" et "Seul sur Mars", manuels de survie en milieu inhospitalier

everest.jpgmartian.jpgJake Gyllenhaal figé pour l'éternité dans les glaces de l'Everest. Matt Damon foulant le sol de Mars en parfaite santé. Qu'est-ce qui relie ces deux films? Le motif de la survie, puisqu'il ne s'agit précisément de rien d'autre. Inspiré de faits réels, Everest de Baltasar Kormakur conte l'odyssée tragique d'un groupe d'humains tentant de gravir la plus haute montagne du globe. Pure fiction, The Martian (Seul sur Mars) de Ridley Scott narre comment un astronaute laissé seul sur la planète rouge va s'organiser pour survivre sans l'aide de personne et peut-être s'en échapper. Réalité d'un côté, imaginaire de l'autre. Si on s'amuse à comparer les deux films d'un strict point de vue scénaristique, on pourra constater qu'il est in fine plus facile de résister à la non atmosphère martienne qu'aux rigueurs éprouvantes des massifs himalayens. Dans les deux cas (films), l'homme réalise pourtant - trop tard dans Everest, malgré lui dans The Martian - que la notion de survie est on ne peut plus relative, et que s'en sortir, dans n'importe quelles conditions extrêmes, demeure très très faible, toutes probabilités confondues. Comme si l'univers - la Terre, les autres planètes, l'espace, etc. - n'était pas vraiment prévu pour la vie. Certes, j'extrapole un peu, mais le motif de la conquête, des sommets terrestres ou d'autres planètes rocheuses, révèle rapidement les limites humaines et sans doute animales qui les circonscrivent. Pour faire simple, il n'y a pratiquement pas d'endroit où la vie est naturellement sans risques.

Matt Damon a beau s'échiner à nous convaincre qu'il parvient à colmater une combinaison fissurée, à cultiver des plantes à l'aide de ses excréments ou à recevoir des signaux radios terrestres instantanés (à 12 minutes lumière, soit la distance Terre - Mars, c'est juste impossible), on sait très bien que tout est faux, invraisemblable et irréaliste (ce n'est pas un défaut en soi, le cinéma étant aussi l'art du faux), même si de futures missions sur la planète rouge nous prouveront peut-être le contraire un jour. Et Jake Gyllenhaal a beau avoir l'air invincible et au-dessus de tout par sa personnalité casse-cou, attachante et détachée, on sait très bien que lorsque les éléments se déchaîneront, ceux-ci n'auront aucune pitié pour son charisme et son intrépidité, le ramenant fissa à un destin cruel de cadavre anonyme emprisonné par les glaces. Thème récurrent du cinéma d'action hollywoodien, le motif de la survie stigmatise des peurs ancestrales. Il rappelle notre humaine condition, notre statut dérisoire et éphémère, mais aussi son inverse, soit le désir de se dépasser, de triompher du danger et de se confronter tout simplement à la mort. A différents degrés, ces deux films ravivent nos fascinations pour ces différentes thématiques en les érigeant en spectacle. Et s'ils parviennent à nous rassurer, c'est parce que nous savons pertinemment que tout spectacle suppose une mise en scène préalable, une manipulation du réel et une part de fantasme. Et qu'au cinéma, la mort n'existe pas, sinon à l'état d'idée.

Everest et Seul sur Mars sont actuellement à l'affiche en salles.

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