11/09/2015

Mostra de Venise 2015: la fin du monde est en marche

Behemoth.jpgLa bête est arrivée sur terre. Elle s'appelle Behemoth et se trouve déjà mentionnée dans Le Livre de Job dont voici un extrait: "Et Dieu créa la bête Behemoth le cinquième jour. C'était le plus énorme monstre que la terre ait porté." Ce monstre, qui annonce peut-être la fin des temps, est au coeur de la démarche du seul documentaire en compétition officielle cette année à la Mostra, Beixi Moshuo (Behemoth) de Zhao Liang. Un voyage dantesque - La Divine Comédie y est du reste abondamment citée et lui donne même sa structure en trois parties - pour dire l'état catastrophique dans lequel se trouve la planète. Mais aussi une balade dans les plaines désertiques de la Mongolie intérieure. Prairies et champs deviennent des terres arides et incultivables. Des cités fantôme comme Ordos (photo ci-dessus) se meurent et se vident pendant que le charbon des mines tue ceux qui y travaillent à petit feu. L'horreur au coeur de la beauté, tel un paradoxe que ne cesse de soulever ce film en forme de manifeste, qui relève autant du documentaire écologique que de l'essai poétique. Allégorie inspirée par l'oeuvre de Dante, Behemoth a été tourné sans autorisations, dans des conditions difficiles, avec une équipe réduite de quatre personnes. Pour son réalisateur, le film aurait pu être tourné ailleurs, au Canada ou aux Etats-Unis, cela n'aurait rien changé, le problème étant le même partout. Dire que Behemoth a fait sensation à Venise est un euphémisme.

Reste encore un film en concours, Per amor vostro de Giuseppe M. Gaudino, avec Valeria Golino (sur la photo ci-dessous). amorvostro.jpgMais je n'ai pu le voir, mon avion m'attendant déjà pour m'emmener loin de la quiétude estivale du Lido. La 72e Mostra s'achève samedi et dans mon prochain billet, il devrait être donc question de son palmarès.

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10/09/2015

Mostra de Venise 2015: où il est question d'anciens nazis et de pédophilie

Remember.jpgUne vengeance à retardement, la traque d'un ancien officier nazi, et des retournements en cascade. Tel est le menu de Remember, dernier opus d'Atom Egoyan, en compétition à la Mostra - sur la photo, on reconnaît Christopher Plummer feuilletant Mein Kampf. Séduisant sur le papier, quelconque à l'arrivée. Et cela à cause d'un traitement qui apparente ce métrage à un téléfilm de base, avec par dessus le marché une conclusion qu'on pourra trouver tirée par les cheveux. Mais il y a la belle performance de Christopher Plummer, plusieurs bonnes séquences, et quelques doses d'humour inattendues par rapport à la gravité du sujet.

desde.jpgDesde allá, du Vénézuelien Lorenzo Vigas, est encore plus glauque et sa conclusion totalement amorale. Centré sur le personnage d'Armando, patron d'un laboratoire de prothèses dentaires, le film nous montre comment celui-ci drague de jeunes garçons et les attire chez lui. Là, il les paie pour se déshabiller et se masturbe devant eux. Ni plus, ni moins. Un jour, il drague ainsi Elder, 18 ans (tentant d'échapper aux flics sur l'image ci-dessus), qui fait partie d'une bande de voyous et n'entend pas se laisser faire. L'ado casse la gueule d'Armando et le vole, et pourtant, l'homme retourne le voir. Une curieuse relation se met alors en place. Très tendu côté réalisation, le film ne dévie pas d'un iota de son sujet, se ménageant même des plages de suspens, ce qui est assez rare dans ce type de drame social. Dans Desde allá, la thématique sexuelle devient le moteur d'un plan sourd et machiavélique que l'ultime plan du film ne permettra pas de trancher. Le film a fait très forte impression à Venise.

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09/09/2015

Mostra de Venise 2015: le retour de Skolimowski et un hommage à Lou Reed

11-minute2.jpg11 minutes, c'est la durée de l'action décrite dans le dernier film de Jerzy Skolimowski. Soit plusieurs situations a priori sans lien qui interagissent les unes avec les autres selon le principe de la multiplicité des points de vue, tel qu'il était par exemple à l'oeuvre dans Short Cuts d'Altman. L'idée motrice du film, c'est que tout peut arriver à n'importe quel moment. Mais dans 11 minut, il y a en plus l'amorce d'une réflexion sur l'image, pas assez exploitée à mon goût. Le film tend en effet à l'exercice de style, non sans une certaine vacuité, et l'agressivité de sa bande-son gâche un peu la fin du métrage, pourtant la plus intéressante d'un point de vue narratif. Habitué de Venise, Skolimowski y avait présenté son précédent film, Essential Killing, avec Vincent Gallo, en 2010.

heart2.jpgHeart of a Dog, lui, ne doit sans doute sa sélection en compétition que grâce à la notoriété de son auteur, la musicienne et artiste expérimentale Laurie Anderson, par ailleurs veuve de Lou Reed, à qui le film est dédié. Il s'agit d'un film en forme de collage, un essai poétique se voulant à la fois méditation sur la vie et travail sur le deuil, puisque sa chienne terrier (ci-contre), fil rouge du métrage, est également décédée. Mais l'expérimental a ses limites, comme les citations de Wittgenstein et Kierkegaard dont l'artiste abuse légèrement. Respectable mais un rien soporifique.

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