30/09/2015

"Au plus près du soleil", une histoire de mort et d'hérédité

soleil.jpgD'une femme l'autre. Une affaire de regard, peut-être. Mélange de haine, de méfiance, de jalousie, quelque chose circule ici, on ne sait trop quoi. Au premier plan, Sylvie Testud, identifiable. Le point n'est pas fait sur elle, mais sur Mathilde Bisson, sa partenaire dans le film, moins connue. Une beauté naturelle et offerte, de ces femmes qu'on rencontre sur les plages et dans les bars sans qu'on sache vraiment ce qui les meut, ce qui les émeut, ce qui les séduit. Son regard, on le retrouve sur l'affiche du film, presque identique (recadrée ci-dessous), cette seconde image étant visiblement un montage.

soleil2.jpgSauf qu'au premier plan, ce n'est plus la nuque de Sylvie Testud qui s'offre au regard, mais de toute évidence celle d'un adolescent. Quel manège cèlent ses deux images qui semblent rimer? Quels pièges contient cet Au plus près du soleil dont le titre rappelle qu'on a tôt fait de se brûler lorsqu'on ne sort pas couvert sous les rayons de l'astre porteur de vie ou de mort, c'est selon? Yves Angelo, mise en scène carrée, classicisme de ce cinéma d'acteurs à la française où les personnages semblent manipulés par un narrateur invisible, fiction au premier degré sur des thèmes qui ne sont jamais vraiment ceux qu'on croit. Un adultère, un enfant né sous X, une hérédité discutable, une mort mystérieuse, des affaires juridiques, un imbroglio dont on pourrait aisément souligner les incohérences (encore que...), du soleil et un paquebot. Et puis cette amertume, ce sentiment d'injustice et d'absurdité qui finit par resurgir au terme d'un film finalement assez curieux, tout à fait captivant et jamais avare en rebondissements. Sorti à la fin de l'été dans une discrétion relative, Au plus près du soleil n'est sans doute plus à l'affiche pour très longtemps. N'hésitez pas à vous y aventurer.

Au plus près du soleil est actuellement à l'affiche en salles.

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26/09/2015

"L'Ange exterminateur", destruction des valeurs bourgeoises

ange.jpgUne femme qui se coupe ou se récure les ongles des pieds, une autre qui se remaquille, un homme mangeant une cuisse de poulet. Des attitudes qui contrastent avec leurs vêtements, robes de soirée pour elles, costume pour lui. Habits qui semblent portés depuis des jours et ressemblent désormais à des fripes qu'on n'utilise que pour se recouvrir. Derrière ces trois personnages aux actions indifférentes l'une à l'autre et à l'intimité relâchée, on devine d'autres personnes, et on remarque surtout que l'intérieur où ils se trouvent a l'air cossu, riche, bourgeois. Le contraste avec ce que raconte l'image est d'autant plus saisissant. Aucune de ces actions ne paraît correspondre au contexte général. Ce plan est l'un des plus célèbres de L'Ange exterminateur de Luis Buñuel (1962), qui met en scène des invités d'une réception de l'aristocratie mexicaine confrontés à une situation aussi extrême que surréaliste. L'absurdité de la trame se combine à une critique d'une virulence extraordinaire de la conformité bourgeoise et de la déchéance d'une classe sociale dont le vernis des apparences éclate et se dégrade en quelques heures. Coincés dans un piège dont ils ignorent l'origine et les ressorts, les personnages de L'Ange exterminateur deviennent les héros barbares de leur propre destin, les figures emblématiques d'une société dont les repères n'existent plus et dont le seul salut réside dans la pure animalité. Pour son cycle d'hiver, intitulé "Antibourgeois", le Ciné club universitaire ne pouvait rêver meilleur titre pour sa soirée inaugurale. L'un des - sinon le - meilleur film de Buñuel, L'Ange exterminateur est un chef d'oeuvre absolu.

L'Ange exterminateur sera projeté le lundi 28 septembre à 20 heures à l'auditorium Arditi dans le cadre du cycle "Antibourgeois" du Ciné club universitaire. 

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25/09/2015

"Dior et moi", démythification de la haute couture

dior-et-moi.jpgL'angoisse du créateur de haute couture au moment des collections. C'est-à-dire quelques semaines avant. La robe au centre de l'image, femme tronc dont le visage demeure hors-champ, face à la perplexité de celui qui l'a conçue, ici Raf Simons, styliste belge nommé directeur artistique de la maison Dior en avril 2012 suite au départ de John Galliano. Il n'a que huit semaines pour lancer sa première collection haute couture et c'est peu. Dior et moi, documentaire de Frédéric Tcheng, filme cette préparation en forme de course contre la montre. Le film est un portrait de l'intérieur de la prestigieuse maison, mais il ne s'inscrit pas dans une perspective historique. Presque aucun document d'archives (et parfois on le regrette), peu d'éléments sur Christian Dior, sa vie, son oeuvre, pas davantage de témoignages extérieurs. Mais juste le travail des ateliers, des premières qui y travaillent, petites mains mais jalons essentiels qui sont les véritables vedettes d'un film qui se vante d'avoir Marion Cotillard à son générique. Sourire forcé et commercial, la comédienne, en représentation durant un défilé - non loin d'elle, Charlotte Rampling et Isabelle Huppert tirent la tronche -, ne va pas redorer son image à travers cette apparition. Le film ne repose pas sur cette séquence de clôture, apogée du travail de toutes ces personnes qui ont oeuvré aux collections, mais bien plutôt sur toutes celles qui la précèdent. Focus sur un microcosme moins codifié qu'il n'y paraît, Dior et moi démythifie un monde qui jusque là, pouvait passer pour inaccessible. C'est fort passionnant.

Dior et moi est actuellement à l'affiche en salles.

 

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