01/09/2015

Mostra de Venise 2015: ignorons la crise!

Veniceaffiche.jpgD'aussi loin que je m'en souvienne, il fut toujours question de crise à la Mostra de Venise. Menaces gouvernementales sur un budget précaire, spectres d'autres festivals plus attractifs et aux mêmes dates (Toronto et ses gratte-ciels, pour ne pas le citer), fermetures d'hôtels de prestige et de toute façons trop chers, désertion de la profession et des journalistes, Lions d'or tombés dans l'oubli quelques mois à peine après leur victoire, que sais-je encore. De tout cela, le festival n'en a semble-t-il cure. Puisqu'il résiste, imperméable aux rumeurs, et va donc dérouler dès demain sa 72e édition (ce qui en fait le plus vieux de la planète) comme si de rien n'était. Stars et grands auteurs vont défiler au Lido, sur le tapis rouge de la Sala Grande, en alternance avec des films dont on ignore tout. Terre de contraste, cette édition risque de ménager des surprises, comme l'a dit son directeur, Alberto Barbera, qui a même pris le temps, ces dernières semaines, de répondre aux questions de la plupart des tweetos (ce qu'aucun autre directeur de festival ne fait, à ma connaissance). Il a même précisé que sa sélection risque d'être dérangeante. Et là, forcément, on salive. Polémique, scandale, subversion, tout est bon à prendre dans une industrie (car le cinéma en est une, même si l'auteurisme sauve l'honneur) menacée par la standardisation et le formatage. Et comme souvent à Venise, le vent risque de venir là d'où personne ne l'attend. Brisures formelles, narrations extradiégétiques, mélange des genres et autres divagations poétiques seront-ils le lot de cette 72e Mostra? Ou se laissera-t-elle aveugler par les stars et ce cinéma mainstream qui a lui aussi droit de cité ici, histoire de faire un peu parler des médias qui n'ont souvent plus rien à dire? Je tenterai d'y répondre dans les prochains billets vénitiens de mon blog.

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31/08/2015

Wes Craven, l'horreur transgressive

craven.jpgLa violence était âpre et réaliste, brutale et dérangeante, au point de générer un certain malaise que le naturalisme de la mise en scène, fauchée, et le grain de la pellicule, non perceptible ici, ne cessaient d'amplifier. Réalisé en 1972, The Last House on the Left (La Dernière Maison sur la gauche) est le premier film réalisé par Wes Craven. Il fit date et école, et marque un jalon dans un cinéma d'horreur transgressif qui ne s'était pas encore tout à fait émancipé des zones du bis. Premiers pas d'un cinéaste qui, avec notamment Tobe Hooper et William Lustig, allait fortement imprimer un genre. De Wes Craven, on (c'est-à-dire le grand public) connaît davantage ces franchises que sont Scream et la série des Freddy, qu'il ne signa pas tous. Soit des déclinaisons d'une horreur plus standard, dans la norme de cette représentation de l'effroi qui s'assimile parfois, à tort, à un cinéma pour ados. A l'exception de son exploitation vidéo, The Last House on the Left, remaké par Dennis Iliadis en 2009, reste un film relativement peu vu et ses diffusions en salles peu fréquentes. Dans ce premier film, Craven avait mis son âme. Il nous a quittés dimanche, à l'âge de 76 ans.

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21/08/2015

"Psychose", la poésie du vertige

psychose.jpgIl y a des images plus iconiques que d'autres. Ainsi de ce plan de la célèbre séquence de la douche dans Psychose d'Hitchcock. Meurtre rituel, du sang en noir et blanc, une forme de terreur à l'état pur. Janet Leigh, le regard hors-champ, sans qu'on y décèle véritablement de l'effroi, et sa main clairement ouverte en direction de la caméra pour signifier le danger. L'eau coule, et le pavage carrelé de la paroi semble enfermer l'héroïne dans une sorte de piège infernal. Loin d'utiliser la caméra subjective - sans cela, Janet Leigh "nous" fixerait -, Hitchcock adopte un point de vue subjectif, ne révélant rien, du moins à ce stade du film, sur l'identité du tueur. L'image rime avec d'autres instantanés du film. Exemple avec cet autre plan (ci-contre), tout aussi célèbre, d'Anthony Perkins se protégeant avec sa main. psychose3.jpgUne curieuse symétrie s'instaure même entre les deux photogrammes, ce que des exégètes ont déjà analysé et commenté ailleurs plus longuement.

Psychose est un film où l'individu est fréquemment seul dans la mise en scène, pour ne pas dire la mécanique hitchcockienne. Comme si tout binôme, tout couple, y était désespérément condamné. Et que l'espoir ne subsistait que dans un hors-champ qui ne se laisse atteindre qu'au péril de sa vie. Dans cette perspective, les dialogues y sont moins abondants que dans d'autres suspens horrifiques, et souvent remplacés par une bande-son (y compris la musique de Bernard Herrmann) dont l'importance demeure fondamentale. Pure poésie du vertige, Psychose combine l'abstraction à l'épure et je ne connais personne qui le tienne pour un film négligeable. Au point que chaque plan, chaque séquence, signale le chef d'oeuvre. Et ce n'est pas Janet Leigh au volant de sa voiture (ci-dessous) qui va me contredire.

psychose2.jpgPsychose passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Alfred Hitchcock.

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