17/08/2015

Locarno 2015: notes et impressions finales

piazza_grande.jpgDimanche minuit 13, en réalité dans la nuit de samedi à dimanche, sur la Piazza Grande, le déroulant du générique fin d'Heliopolis, le film de clôture, se termine. La Piazza se rallume devant quelques spectateurs qui applaudissent. La plupart des autres sont déjà partis, qui à la fête de clôture, qui vers d'autres occupations, le gros des professionnels ayant déjà plié bagage avant le week end. C'est à cette minute précise que l'édition 2015 du Festival de Locarno s'achève et que les premiers clichés d'une nostalgie souvent galvaudée peuvent s'installer. Sans parler de bilan - parfois inutiles, parfois essentiels, les bilans sont un truc de journalistes, dans le fond -, sans brandir les chiffres ni revenir sur la qualité des films, la justesse des palmarès, la cuisson des pizzas ou les caprices de la météo (les motifs de discussion, et pour certains de mécontentement, sont, non pas infinis, mais innombrables), on peut affirmer que cette édition fut sans doute plus compacte que d'autres, au sens géologique et non mathématique du terme. C'est-à-dire solide, d'une densité plus élevée que d'ordinaire. La compétition d'un bon niveau, supérieur à celui de précédentes années, avec plusieurs coups de coeur égrenés dans les différents billets de mon blog, de Tikkun à Te prometo anarquia, de Suite armoricaine à Ma dar behesht (de l'Iranien Sina Ataeian Dena, dont je n'ai pas eu le temps de parler, l'occasion se présentera bien), de Cosmos à Bella e perduta, de James White à Right now, Wrong then de Hong Sangsoo, Léopard d'or cette année (photo ci-dessous).

hong.JPGLa programmation de la Piazza plutôt réjouissante, même si personnellement j'en ai un peu marre de subir les pseudo-révélations de Sundance (je parle ici de l'horrible Me and Earl and the Dying Girl), festival qui semble désormais offrir le parfait exemple du marasme mollasson dans lequel sombre le cinéma indépendant américain depuis cinq ou six ans. Les rétrospectives et sections parallèles trop nombreuses pour être couvertes, mais je n'en ai entendu que de bons échos, à l'exception de cinéphiles déçus par Sam Peckinpah, jugé surfait (!) pour certains. La politique discrète (Dieu merci!) et les polémiques silencieuses (tant mieux!). Les prix comme toujours trop nombreux, mais je dois avouer que le Pardino d'oro obtenu par Samuel Grandchamp pour son remarquable court-métrage, Le Barrage (en section suisse des Léopards de demain), me galvanise d'autant plus que, ayant eu la chance de le visionner avant, j'ai pu constater qu'il sort très nettement du lot (et je pèse mes mots). Je terminerai donc par cette note d'avenir positive et par l'image d'un jeune cinéaste qu'on devrait revoir bientôt et suivre de loin en loin.

grandchamp.jpg

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14/08/2015

Locarno 2015 : dans "Suite armoricaine", ronde sans fin en pays breton

suite2.jpgSe voir sans se regarder. Hébétude ou indifférence. Deux impressions qui cohabitent lorsqu'on observe cette image de Suite armoricaine de Pascale Breton. Vaste film choral construit autour d'une enseignante d'histoire de l'art, oeuvre polyphonique où les thèmes de l'amour, de la mort, de l'art et du temps circulent et se ramifient selon les points de vue exprimés. Vague épiphanie qui semble obéir à des rituels secrets enfouis dans les mémoires. On pense à Jacques Rivette, un peu à Jean Eustache, de très loin à Robert Bresson. Références inutiles, tant le cinéma de Pascale Breton parvient à s'en passer et à exister indépendamment de toute influence extérieure.

De cette cinéaste rare, on connaissait un autre long-métrage, Illumination, sorti en 2004 dans une discrétion scandaleuse (et évidemment jamais en Suisse), avec notamment le comédien Klet Beyer, qu'on retrouve ici dans un petit rôle. Elle est Bretonne, et Suite armoricaine a été entièrement tourné à Rennes et alentours. Il dure environ 2 heures 30, sans souci des contingences commerciales qu'impose une telle durée dans un pays où triomphent Bienvenue chez les ch'tis et Les Profs 2. On y entre et on ne cherche plus à en sortir. Quelque chose de vrai se niche là dans des artifices, des livres qu'on déménage, des tableaux qu'on analyse. Des paumés s'agglutinent dans une pièce, un jeune homme prénommé Ion erre comme un fantôme dans une université vide et nocturne, sa mère Moon revient d'un passé qui ne lui a pas fait de cadeau, et Françoise, l'enseignante au sourire singulier, semble servir de guide à cette ronde qui ne veut pas prendre fin. Suite armoricaine est en compétition au Festival de Locarno.

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13/08/2015

Locarno 2015: "O Futebol", regard décalé sur le Mondial 2014

futebol.jpgDans ce fast-food de São Paulo, employés et clients sautent de joie. L'équipe du Brésil vient de marquer, nous sommes au début du Mondial 2014, et la Seleção n'a pas encore subi la déculottée historique que l'Allemagne lui infligera quelques jours plus tard en demi-finale. Le plan est large, puisqu'il cadre aussi bien le fast-food que l'entrée du parking juste à côté. Dans le restaurant, deux écrans de télévision laissent deviner le butteur (probablement Neymar, même si j'ai un doute) exprimant son bonheur devant la caméra. O Futebol, de Sergio Oksman, est un projet documentaire née d'une idée singulière. Un père et son fils (le réalisateur), qui ne se sont pas revus depuis vingt ans, décident de passer près d'un mois ensemble à São Paulo et de regarder les matchs du Mondial tous les deux, comme ils l'ont toujours fait.

Le rythme du film, comme son montage, suivent ainsi le calendrier des rencontres, selon un principe très libre de journal intime. Il n'est pas toujours question de football dans ce film, et d'ailleurs le réel va s'inviter dans l'histoire de manière inattendue, mais on y décèle malgré tout une vision historique que corroborent la présence d'images d'archives (des films 8 mm sortis de leurs boîtes) et d'objets liés au passé (tel ce catalogue d'images autocollantes de 1974 qu'on feuillette vers le début). Carnet de notes à la première personne, O Futebol nous fait revivre des souvenirs footballistiques récents selon un point de vue curieux et décalé. Forcément intéressant. D'une durée de 68 minutes, ce long-métrage est en compétition à Locarno.

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