23/06/2015

Magali Noël, Gradisca pour l'éternité

noel.jpgPhoto de plateau, anecdotique, pas spécialement belle. Magali Noël y pose avec Federico Fellini, sans doute y règlent-ils une scène. On reconnaît son costume de Gradisca, plus identifiable en couleurs (voir à la fin de ce billet), rôle clé d'Amarcord , tourné en 1973. Le dernier des trois films que l'actrice tourna sous la direction du maître, après La Dolce vita en 1960 et Satyricon en 1969. Le plus beau, peut-être, encore que cela se discute, et tel n'est pas mon propos ce jour. Fantasme et égérie du cinéaste, l'actrice est décédée dans son sommeil, ce mardi matin, dans sa maison de retraite. Elle aurait eu 84 ans samedi. De sa carrière, on racontera dans les JT qu'elle avait chanté du Boris Vian (Fais-moi mal Johnny, chanson interdite d'antenne en 1956, époque d'une si étonnante pruderie) et été la muse de Fellini. Ce ne fut pas tout, bien sûr. Jules Dassin, qui lui donna son premier rôle important, Henri Decoin, René Clair, Jean Renoir, Sacha Guitry, John Berry, Edmond T. Gréville, Julien Duvivier, Costa-Gavras, puis Chantal Akerman et Claude Goretta, la sollicitèrent tour à tour parmi des nuées de tâcherons que la postérité a moins retenus.

Magali Noël tourna beaucoup, pas loin de quatre-vingt films, sans compter les séries et les téléfilms. Magali Noël enregistra beaucoup, du rock, de la chanson rive gauche, des auteurs: une quinzaine d'albums et encore davantage de 45 tours. Elle fit de la scène, du cabaret, du théâtre. Marqua les années 50 et 60. Un peu moins les décennies suivantes. Par mariage, elle vécut près de trente ans à Fribourg, sans se soucier des paillettes du show-biz et des apparences clinquantes d'un monde où tout finit par passer et lasser. Je l'avais rencontrée en 2011 pour une interview et c'était une gentille dame. Elle m'avait même téléphoné après publication pour me remercier de mon entretien. Rares sont ceux qui prennent le temps de le faire. Magali Noël était une personne rare. Je ne l'oublierai jamais.

amarcord.jpg

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22/06/2015

Le destin brisé de Laura Antonelli

Mon-Dieu.jpgSorti en 1974, alors qu'elle était au faîte de sa carrière, Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas? de Luigi Comencini est l'un des rares grands titres de la filmographie de Laura Antonelli. Son titre français résume paradoxalement sa carrière. Après des études secondaires qui lui valent un diplôme de physique, la comédienne italienne, née en Croatie, débute en posant dans des roman-photos, avant de faire ses premières apparitions dans des films ou séries. C'est Malicia de Salvatore Samperi qui l'impose en 1973 et va faire d'elle une icône d'un cinéma érotique vivant alors ses riches heures. Le film est médiocre, mais Antonelli devient une vedette grâce à lui, et est alors sollicitée par des cinéastes de la carrure de Visconti ou Comencini. Côté coeur, elle vit une longue histoire d'amour avec Jean-Paul Belmondo, rencontré sur le tournage des Mariés de l'an II de Jean-Paul Rappeneau, en 1972. Les deux comédiens vivront ensemble de 1972 à 1980. La décennie suivante marquera le début de son déclin avec une succession de films moyens, sans ambition ou ratés. Puis c'est le scandale.

En 1991, on retrouve 36 grammes de cocaïne à son domicile. L'actrice est arrêtée, puis assignée à résidence. L'imbroglio juridique durera une dizaine d'années. En parallèle, elle tourne en 1991 Malicia 2000, suite du film qui l'a rendue célèbre, à nouveau réalisé par Samperi. Pour s'y préparer, elle se fait injecter du collagène. Mais celui-ci provoque une allergie. Et lui laisse des séquelles irréversibles. Quelques journaux publient des images de l'actrice, défigurée. Laura Antonelli porte plainte contre son chirurgien, contre le réalisateur du film, qui connaîtra un gros échec commercial. Mais la lenteur de l'appareil judiciaire l'épuise psychiquement et la ruine. Au début des années 2000, elle se cloître chez elle, refuse toute interview ("Laura Antonelli n'existe plus", déclare-t-elle en 2003 à un journaliste du Corriere della Sera avant de lui raccrocher au nez), et vit dans un certain dénuement, aidée par des religieuses et une poignée de fans qui lui sont restés fidèles. Ce lundi 22 juin 2015, on a retrouvé Laura Antonelli sans vie, à son domicile, à une quarantaine de kilomètres de Rome. Les causes de son décès ne sont pas connues.

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18/06/2015

Dans "Inside Llewyn Davis", un chat, Homère, Joyce et les Coen

coen.jpgJuché sur l'épaule d'Oscar Isaac, qu'on ne reconnaît pas sur cette image, regardant le paysage défiler à travers la vitre d'un train en mouvement, ce superbe chat est en réalité, plus qu'un des personnages récurrents du film, le fil rouge d'Inside Llewyn Davis des frères Coen. Il accompagne le héros tout au long du métrage. Celui-ci, Llewyn Davis, jeune chanteur folk du Greenwich des années 60, en a la garde, mais l'animal lui échappe, il lui court après dans la rue, le ramène, puis l'emmène avec lui dans un voyage plus ou moins initiatique au terme duquel il doit passer une audition devant un ponte de l'industrie musicale. Ces mésaventures félines forment en soi une sorte de récit parallèle, une digression permanente dont la lecture suggère parfois une métaphore de l'existence de Davis. Au détour d'un dialogue, on apprend par ailleurs le nom du chat: Ulysses. La référence à l'Odyssée d'Homère devient alors explicite. Inside Llewyn Davis en serait en quelque sorte une illustration, et les analogies (parallélismes) entre Davis et le chat nullement innocentes. D'autant plus que les frères Coen s'étaient déjà inspirés d'Homère dans O Brother, Where Art Thou?, en 2000. Film qui était également une relecture parodique du plus célèbre roman de James Joyce, Ulysse, dont le titre original, Ulysses, donne même au signe près le patronyme de notre chat. La preuve que cet animal est bel et bien la clé de voûte du film.

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Inside Llewyn Davis passera ce week end aux Cinémas du Grütli dans le cadre de la Fête de la musique.

 

17:20 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2013 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |