30/07/2015

Dans "Vice-versa", des couleurs au service d'un script touffu

inside.jpgCouleurs et émotions. Les unes s'apparient avec les autres dans Inside Out, retitré Vice-versa en français. Rouge pour la colère, vert pour le dégoût, jaune pour la joie, violet pour la peur et bleu pour la tristesse. Une répartition nullement aléatoire qui va dans le sens pédagogique d'un scénario plongeant dans le cerveau d'une enfant lors de son passage à l'adolescence. Un scénario touffu et complexe, du moins pour le public visé (c'est-à-dire ni vous ni moi), et que cette image de synthèse traduit indirectement. Les cinq personnages principaux, syntagmes émotionnels qui se comportent comme des particules à l'intérieur du cerveau enfantin (le "Inside" du titre original), sont regroupés autour d'un tableau de bord, en proie à une panique que la convergence de leurs regards, exorbités ou froncés, reflète. Plus simplement, on ne sait pas ce qu'il faut regarder en premier sur ce dessin, ce sur quoi notre oeil de spectateur plus ou moins avisé achoppe avant tout le reste.

La multiplicité des couleurs et des émotions qui vont avec, la profondeur de champ d'un décor à trois niveaux - celui du tableau de bord, celui de la pièce où l'action se déroule, et celui du dehors (le "Out" du titre), qu'on aperçoit à travers des hublots arrondis -, l'incertitude concernant l'action en train de se jouer, tout concourt ici à brouiller les pistes. C'est précisément ces cohabitations de niveaux et degrés de lecture qui fondent tout l'intérêt d'Inside Out. Cosignée par Pete Docter et Ronnie Del Carmen, cette production Pixar, contrairement aux Minions (que j'aime aussi beaucoup, là n'est pas le problème), ne craint ni une certaine complexité ni les métaphores. Le tout sous une folie constante qui fait aussi le charme d'un film qui n'a aucune peine à se hisser au-dessus de la mêlée d'un genre trop souvent réduit à sa seule dimension de "cinéma pour enfants".

inside2.jpgInside Out (Vice-versa) est actuellement à l'affiche en salles.

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29/07/2015

Sokourov, retour à Venise

francofonia.jpgPour l'instant, on se contentera d'une image. Quatre personnages, dont une femme coiffée d'un bonnet phrygien et le cinéaste Aleksandr Sokourov au premier plan, devant Le Radeau de la Méduse de Géricault. Nous sommes au Louvre, là où cette peinture est exposée. Nous sommes également sur le tournage d'un film, comme l'indique la présence de la perche et du micro sur la gauche de l'image. Il s'agit d'une photo de plateau. Le film s'intitule Francofonia et est justement signé par Sokourov, qui, on s'en rappelle, avait remporté le Lion d'0r à Venise avec son Faust, en 2011. Il a entièrement tourné Francofonia au Louvre, et cet essai cinématographique est d'ailleurs sous-titré Le Louvre sous l'occupation. On a appris aujourd'hui que le grand cinéaste russe sera de retour cette année à la Mostra avec ce film, et à nouveau en compétition.

Francofonia est l'un des 21 longs métrages sélectionnés en lice pour le Lion d'or. Je ne citerai que le nom de leurs réalisateurs: Emin Alper, Laurie Anderson, Marco Bellocchio, Sue Brooks, Drake Doremus, Atom Egoyan, Cary Fukunaga, Giuseppe M. Gaudino, Xavier Giannoli, Amos Gitaï, Luca Guadagnino, Oliver Hermanus, Tom Hooper, Charlie Kaufman et Duke Johnson, Zhao Liang, Piero Messina, Jerzy Skolimowski, Aleksandr Sokourov, Pablo Trapero, Lorenzo Vigas et Christian Vincent. Soit un mélange de réalisateurs importants, d'auteurs de festival et de cinéastes sur lesquels on ne sait rien, ou presque. Il y aura pêle-mêle un documentaire, un film d'animation, trois productions italiennes, deux films de femmes et quelques stars égarées au milieu. Je reviendrai plus abondamment ultérieurement sur le contenu des films ainsi que sur celui des autres sections. En tout, 55 films seront projetés à la Mostra de Venise entre le 2 et le 12 septembre.

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28/07/2015

Dans "Satyricon", la mise en scène de la décadence humaine

satyricon.jpgLe hiératisme n'exclut pas forcément la démesure. Le cinéma de Fellini en constitue une preuve. Mieux, un manifeste. Adaptant l'inadaptable, il délivre une vision personnelle et au fond assez fidèle du Satyricon de Pétrone, l'un des premiers romans de l'histoire de la littérature, même s'il faut rappeler qu'aucune version complète de l'oeuvre, écrite au Ier siècle après Jésus-Christ, ne nous est parvenue. Sur cette image, on reconnaît Magali Noël et Alain Cuny, respectivement en deuxième et troisième positions. Tissus colorés, maquillages outranciers, coiffes pesantes et bijoux pondéreux se détachent sur un ciel clair, l'azur à peine traversé par quelques nuages. Ce plan suggère la mort, la déchéance, mais aussi la mise en scène d'une humanité revêtue d'oripeaux empruntés aux dieux et aux déesses et sur laquelle plane la mythologie d'un siècle traversé par la décadence et la folie - le texte a été écrit sous Néron, empereur romain à l'ambition démesurée.

Ces six personnages, dont l'un est de dos, ont l'air calmes et posés, mais leur attitude ne dénote aucune psychologie, aucune forme de hiérarchie sociale, même si les trois femmes à l'arrière-plan révèlent une forme de soumission, de pure figuration dans la scène, que seule la vision du film permet de relativiser. Orgies, bacchanales et débauche composent le reste du menu fellinien. Réalisé en 1969, Satyricon n'est pas le plus connu ni le plus estimé des films du maestro, peut-être à cause du parfum de soufre qui peut s'en dégager (et je n'irai pas sur ce terrain-là aujourd'hui), et qui expliquerait sa diffusion plus rare que d'autres titres, du moins sur le petit écran, mais il reste à redécouvrir sans hésitation.

Satyricon passe en ce moment aux Cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Magali Noël.

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