21/07/2015

Dans "Voyage en Italie", immersion en territoire inconnu

voyage1.jpgCe couple qui se fait face et semble se déchirer, indifférent au monde, perdu dans une foule qui ne les remarque même pas - les regards des figurants fixent invariablement un point hors-champ -, ce couple à peine masqué par un véhicule formant comme un mur séparateur juste devant eux. George Sanders et Ingrid Bergman, un couple qui se délite, se perd et se retrouve, se sépare et s'égare, se masque et se démasque, se fait, se défait, se méfait et s'abîme, dans un mouvement - celui d'une procession, apprend-on en visionnant le film - sans point de correspondance avec le titre du métrage, annonciateur d'une balade touristique qui s'apparente très vite à un miroir des sentiments et à une chute dûment programmée. Sanders, inattendu, égaré chez Rossellini, formant couple avec Bergman, égérie, muse et inspiratrice du cinéaste, actrice dont la vie finit par épouser la carrière, au propre comme au figuré. Récit d'une séparation et de retrouvailles impossibles, tout converge ici vers cette étreinte improbable (photo ci-dessous) qui vient juste après cette image, dans la continuité d'un plan composant avec le réel, du moins le suppose-t-on, à raison ou à tort. Voyage en Italie, chef d'oeuvre de 1954, immersion en territoire inconnu, celui des tourments de l'âme.

voyage2.jpgVoyage en Italie passe actuellement aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Ingrid Bergman.

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20/07/2015

Dans "Contes italiens", la caméra surprend les amants

contes.jpgLe lit est étroit, défait, la pièce austère. Murs unis, jaunis, teintes elles aussi jaunâtres, conséquence d'un éclairage rudimentaire à la bougie. On aperçoit des vêtements posés sur une chaise, quelques objets non identifiables sur une étagère, et, juste au-dessus du lit, un crucifix au mur, le seul objet qui semble accroché aux parois de cette chambre. Dès lors, il n'est pas difficile de deviner que nous sommes ici à l'intérieur d'un couvent, et que le couple adultère qui s'étreint - l'érotisme est discret mais palpable, les deux corps ont je ne sais quoi de gracieux, ce que le pied de la jeune femme surgissant des draps souligne d'ailleurs curieusement - et nous fait face a été surpris malgré lui, pris en faute par l'oeilleton d'une caméra qui s'assimile dès lors à une sorte d'ordre moral. Ordre moral pour conte licencieux, imaginé par Boccace dans un Décaméron relativement peu adapté au cinéma (citons le film de Pasolini en 1971, ainsi qu'un film à sketches sorti en 1962, Boccaccio '70, qui regroupe les signatures de Fellini, Visconti, De Sica et Monicelli) et qui a cette fois inspiré les frères Taviani pour un métrage au style très proche de leurs premiers opus. Contes italiens (nulle trace de Boccace ni du Décaméron dans le titre), quelque part, est un film à l'ancienne, dans lequel la magnificence de paysages toscans et la jeunesse de comédiens italiens fraîchement sortis du conservatoire peut même finir par lasser. Il prouve néanmoins l'opiniâtreté et la constance de deux cinéastes qui demeurent invariablement fidèles à ce qu'ils sont.

Contes italiens passe en ce moment aux cinémas du Grütli.

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17/07/2015

"Love & Mercy", les limites de l'imitation

love.jpgbeach2.jpgbeach2.jpgRessemblances, dissemblances, jeu des sept erreurs. D'un côté l'original (2), de l'autre la copie (1). Vraiment? Non, justement. Love & Mercy (de Bill Pohlad) n'est pas un biopic comme les autres. Il procède même de la relecture du mythe. Deux comédiens, John Cusack et Paul Dano, se partagent ainsi le rôle de Brian Wilson. Part solaire, versant plus sombre, mettons. Le montage du film suit le même précepte. Fragmentation puis redistribution. Mais pas réellement de reconstitution, au sens usuel du terme. Pourquoi alors ce cliché reproduisant une pose célèbre des Beach Boys, planche à surf, plage et détente? Vu sa position dans le film - soit au tout début, au coeur d'une sorte de kaléidoscope d'images du groupe en studio, à la télé ou en promo dans lesquelles les acteurs imitent leurs modèles -, sa fonction est purement introductive et peut-être même destinée à induire en erreur à propos du sens à donner au film.

A moins que non, là encore, et que ce montage alterné, quoique haché, serve uniquement de miroir au principe à l'oeuvre dans cette fiction, qui consiste à passer de l'ensemble au détail dans une sorte de mouvement convulsif qui finit par desservir cette pure jouissance narrative qu'on espérait éventuellement y trouver. Et puis, dans ces clichés, l'original comme sa copie, tout n'est qu'une question de mise en scène. Le combo des sixties et ses planches à surf posent le plus souvent en studio, face à une armada de photographes, maquilleuses, accessoiristes et assistants. Au faîte de leur gloire ou de leur génie musical, les Beach Boys baignent en somme déjà dans le cinéma (3). Le rappeler n'est pas forcément inutile.

beach.jpgLove & Mercy est actuellement à l'affiche en salles.

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