Cinéma - Page 6

  • Locarno 2019 - Alba Rohrwacher: "Faire comme Charlotte Gainsbourg dans "Melancholia""

    Imprimer Pin it!

    alba.jpgLa douceur de son regard traduit une intensité dans le jeu qui paraît s'amplifier d'un film à l'autre. Alba Rohrwacher, actrice moderne et italienne, omniprésente sur les écrans, vue aussi bien chez Bellocchio que Soldini, Desplechin, Laura Bispuri, Matteo Garrone ou Luca Guadagnino, sans oublier les films de sa soeur, Alice Rohrwacher. Et hier soir dans Magari, film d'ouverture du 72e Locarno Film Festival, première oeuvre de la productrice et distributrice Ginevra Elkann, dans laquelle elle donne la réplique à Riccardo Scamarcio et Céline Sallette. Juste après la projection, j'ai pu rencontrer l'actrice, qui a accepté à son tour le jeu de l'interview express décalée.


    Comment es-tu arrivée sur le casting de Magari?


    Je connaissais bien Ginevra et elle m'a fait lire son scénario, mais juste pour avoir mon avis sur le projet. J'ai beaucoup aimé l'histoire. Elle n'avait pas encore composé son casting. Alors nous en avons pas mal discuté ensemble. Je lui ai suggéré plusieurs actrices pour le rôle de Benedetta.


    Sauf que c'est toi qui joue Benedetta.


    Oui, finalement, Ginevra m'appelle un jour et me demande, contre toute attente, de tenir ce rôle. Au début, je n'y pensais même pas, mais après coup, cela m'a paru évident. Sans le savoir, je voulais ce rôle. J'ai été très touchée qu'elle pense à moi.


    On t'a vue dans plusieurs films de ta soeur, Alice Rohrwacher, ainsi que dans des productions réalisées par ton compagnon, Saverio Costanzo. Ce n'est pas un peu facile, de rester en famille pour tourner?


    Oui, mais c'est aussi plus difficile, car il faut surmonter cet obstacle que peut représenter cette forme de fidélité. Ce n'est pas parce que ce sont des proches que je me laisse aller. Au contraire. L'avantage, c'est que nous pouvons définir ensemble une grammaire commune. Elle permet de creuser un canal qui aboutit au film. C'est aussi pour cela que j'adore retravailler avec des cinéastes que je connais déjà. Mais il faut faire en sorte que le miracle se reproduise chaque fois.


    Il arrive que ça se passe mal, non? En ce cas, comment réagis-tu?


    Oh oui, cela peut mal se passer. Il m'est arrivée de tomber sur des mauvais rôles, ou de me sentir mal à l'aise sur un tournage. En ce cas, il faut quand même avancer et faire le film. Mais c'est une souffrance. Cela dit, on peut quand même apprendre à travers une situation difficile.


    Si la fin du monde survenait dans les huit jours, que ferais-tu?


    Si le monde continue ainsi, nous allons y arriver. Je ne sais pas ce que je ferais. Dans Melancholia de Lars von Trier, Charlotte Gainsbourg observe la planète qui va venir détruire la terre et qui s'approche inexorablement. J'attendrais sans doute de la même manière.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Aucune. Un acteur ou une actrice dit déjà tant de choses. Il faut savoir maintenir un certain mystère. C'est même plus beau, je trouve.


    Si tu avais carte blanche, que dirais-tu?


    Que je suis heureuse que Magari ait pu ouvrir un festival auquel je suis attachée depuis si longtemps. Je le ressens comme une grande joie.

    Lien permanent Catégories : Cinéma, Festival de Locarno 2019 1 commentaire
  • Locarno 2019 - Lili Hinstin: "M'évader en pédalo avec John Waters"

    Imprimer Pin it!

    Lili hinstin_© Locarno Film Festival_1.jpgCette année, histoire de changer, j'ai décidé que le blog afficherait une tonalité différente durant le Locarno Film Festival. Y prendront place des interviews express, mélange de questions classiques, détournées, absurdes ou polémiques. Avec une particularité, elles se feront toutes en mode tutoiement. Je remercie déjà la nouvelle directrice, Lili Hinstin, d'avoir joué le jeu et d'inaugurer la série.


    Comment vois-tu ce festival, ton premier en tant que directrice?


    Comme quelque chose d'à la fois énorme et très intime. Enorme en terme de nombre de films, de projections, de présentations chaque soir sur la Piazza, devant 8000 personnes ou plus. Et intime parce qu'il va me rappeler mon propre vécu de Locarno, que j'ai d'abord connu comme un de ces festivals d'été qui prennent place dans de petites villes et où tout est facile d'accès et agréable à vivre.


    Es-tu impatiente qu'il démarre?


    Oui, même si j'ai aussi un peu d'appréhension. Mais le trac est un moteur, même s'il peut donner le vertige.


    La sélection a-t-elle été facile ou plus compliquée que prévu?


    Je dirais plus facile que prévu. Je n'ai perdu que trois films à cause du voisinage d'autres festivals. Ce n'est pas si énorme.


    Es-tu consciente que certains t'attendent au tournant et risquent de te critiquer?


    Tout le monde m'a dit que j'allais me faire défoncer. Disons que je suis plutôt dans le déni. Les critiques, ça ne me fait pas plaisir, même si certaines peuvent être utiles.


    Ton comité de sélection est en moyenne très jeune, et plusieurs initiatives du festival concernent les jeunes de moins de 30 ans, notamment dans la Locarno Academy. Mais où sont les vieux?


    Oh ils sont là, il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Et parmi nos projets, il s'agit aussi de se poser la question des spectateurs de demain, d'essayer de les comprendre, de les cerner. Il y a dans tout cela l'envie de maintenir la jeunesse d'esprit du festival, qui a toujours été ainsi. Ensuite, il y a le Base Camp, destiné à des jeunes de 18 à 30 ans, soit une ancienne caserne d'Osone avec 200 lits à disposition. C'est une proposition très pragmatique qui permettra à des festivaliers de ne pas loger trop loin. La plupart des équipes de la section Open Doors dorment là-bas. Et pour revenir au comité, ses membres ont entre 30 et 44 ans.


    Si un déluge apocalyptique engloutissait la ville ces prochains jours, que ferais-tu?


    J'ai déjà un plan B. Il y a des pédalos en forme de flamand rose sur le lac. On en prendrait un avec John Waters, et on partirait créer une nouvelle société.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Des questions sur les films présentés. Il y en a 246. Je suis prête à tous les défendre.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Je prie juste les dieux du ciel pour qu'il ne pleuve pas au point de devoir annuler une séance sur la Piazza Grande. Cela me ferait de la peine.

    Lien permanent Catégories : Cinéma, Festival de Locarno 2019 0 commentaire
  • Bologne 2019, renaissance de Musidora

    Imprimer Pin it!

    musidora.jpgElle s'appelait Jeanne Roques, ce qui est nettement moins poétique que Musidora. "Ridateci Musidora!" - "Rendez-nous Musidora", affirmait il y a quelques jours le festival de Bologne, qui rendait hommage à la dame. Et la replaçait au coeur du muet français, indispensable à la fois par son travail, sa création et son aura. Trop souvent réduite au rôle clé des Vampires de Feuillade, Irma Vep de légende puis Diana Monti et son double visage d'aventurière dans Judex - les deux serials se succèdent, l'un en 1916, le second en 1917 -, Musidora fut aussi réalisatrice, après Alice Guy-Blaché et à peu près en même temps que Germaine Dulac (restons en France), ces pionnières qui se mêlaient de mise en scène, féministes avant l'heure dans un monde où la gent féminine se plaçait le plus souvent devant l'objectif des caméras. Musidora voulut-elle tout contrôler, défier les cinéastes sur leur terrain ou au contraire juste s'amuser avec des jouets dont toutes les potentialités n'avaient pas encore été découvertes?

    Sans doute un peu de tout cela, sauf que dans son cas, le cinéma est aussi un acte d'amour. C'est pour suivre l'homme qu'elle aime, un rejoneador, qu'elle quitte la France pour l'Espagne et y signe quatre films. Mais avant, elle se fait la main en France, adapte Colette dans La Flamme cachée (1918), puis produit et réalise Vicenta (1919). En Espagne, elle laisse éclater sa passion. Citons ses trois films les plus connus, Pour Don Carlos, tiré de Pierre Benoît, en 1920, Sol y sombra en 1922 et La Tierra de los toros en 1924, dans lesquels elle occupe tous les postes et dépeint avec prestance un univers ensoleillé et rugueux, composant avec un certain dépouillement, comme s'il s'agissait de tourner le dos au foisonnement. Ces films seront des échecs. Le retour en France sera discret. Elle ne réalisera plus, jouera très peu. Adulée par les surréalistes, qui en firent sans doute un peu trop, jusqu'à occulter le reste d'une carrière à ne pas négliger, taxée de vamp, voire de première vamp de l'écran - titre qu'elle se dispute avec l'Américaine Theda Bara, via A Fool There Was, qui date de 1915, soit presque en même temps que Les Vampires - égérie de Breton ou Aragon qui lui dédièrent même une pièce, Musidora reste d'abord une actrice, qui débuta sur les planches, dans des revues, avant de sautiller dans des bobines de Feuillade heureusement loin d'être toutes perdues.

    Durant toute sa carrière d'actrice, elle ne quittera guère Feuillade, qui contribua à sa légende, voire à sa mythologie, sinon pour tourner avec Gaston Ravel, artisan de la Gaumont dont la plupart des films semblent perdus. Musidora tourna également avec André Hugon, dont on a pu voir à Bologne Chacals (1917), film en cours de restauration projeté sans intertitres. L'actrice, courtisée par plusieurs manants, y est rayonnante et inspirée. Le métrage n'est pas avare de plans extérieurs, Musidora y est constamment mise en valeur, et ne manquait que la compréhension des détails de l'intrigue pour en jouir entièrement. En 1927, elle abandonne le cinéma, n'y reviendra qu'en 1944, par la porte de la Cinémathèque française où Henri Langlois la fait travailler. Entre les deux, elle fait un peu de théâtre, écrit des romans, des chansons, des poésies. Musidora est décédée en 1957.

    Lien permanent Catégories : Cinéma, Cinéma muet 0 commentaire