20/11/2017

Ils nous ont quittés en juillet 2017

moreau.jpgUne actrice qui s’en va c’est une part d’élégance qui s’envole. Je l’écris au féminin, mais les hommes sont eux aussi concernés. Des volutes de fumée, quelques fous rires, blonde chez Demy, brune chez Truffaut, obéissante domestique ou grande bourgeoise, cette faculté de tout jouer, de ne pas s’en vanter, puis de fredonner le tourbillon de la vie ou la publicité, de passer chez Duras, de chanter chez Guy Gilles, cette beauté moins évidente que d’autres, même face à BB chez Louis Malle, et puis une voix, reconnaissable entre toutes, affûtée par trop d’années de cigarettes, cette voix comme un soupir qui traverse les films, ensorcelle les auteurs, de Fassbinder à Losey, de Buñuel à Antonioni. Jeanne Moreau est partie discrètement en juillet et j’ai revu l’insipide Dernier amour de Jean Stelli, son premier film, en 1949. Un second rôle mais déjà une évidence, déjà une présence sur laquelle le cinéma, français ou d’ailleurs, allait s’appuyer.

Voici comme chaque mois la liste succincte des décès dans le domaine du cinéma et de la culture. J’ai choisi d’y faire figurer un criminel, Giuseppe Pelosi, meurtrier de Pasolini. Avec sa mort, l’espoir de percer un jour le mystère autour du décès du cinéaste s’amenuise. Et s’évapore même peut-être à jamais.

Jean-Claude BOUILLON, acteur français (27 décembre 1941 -  31 juillet 2017).
Ludovic CHANCEL, fils de Sheila et Ringo (7 avril 1975 – 7 juillet 2017)
Max GALLO, écrivain français (7 janvier 1932 - 18  juillet 2017).
Pierre HENRY, compositeur français (9 décembre 1927 - 5  juillet 2017).
Martin LANDAU, acteur américain (20 juin 1928 - 15 juillet 2017).
Hervé LE ROUX, réalisateur français (21 août 1956 - 26  juillet 2017).
Charley MAROUANI, impresario français (7 décembre 1926 - 29  juillet 2017).
Elsa MARTINELLI (1), actrice italienne (30 janvier 1935 - 8 juillet 2017).
Jeanne MOREAU, actrice française (23 janvier 1928 - 31  juillet 2017).
Giuseppe PELOSI, meurtrier de Pasolini (28 juin 1958 - 20  juillet 2017).
Claude RICH (2), acteur français (8 février 1929 - 20  juillet 2017).
George A. ROMERO (3), réalisateur américain (4 février 1940 - 16  juillet 2017).
Isabelle SADOYAN, comédienne française (12 mai 1928 - 10  juillet 2017).
Sam SHEPARD, acteur et réalisateur américain (5 novembre 1943 - 27  juillet 2017).
Paolo VILLAGGIO, acteur italien (31 décembre 1932 - 3 juillet 2017).
Marie-Josèphe YOYOTTE, monteuse française (5 novembre 1929 - 18  juillet 2017).

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09/09/2017

Mostra de Venise 2017 : Kechiche, la vie, l’amour, le soleil, un immense film

mektoub.jpgMais à quoi ressemble ce film ? Où s’arrête-t-il, où nous mène-t-il ? Bien malin celui qui le dira, celui qui l’encadrera. La vie y coule, dans un flux continu et désarmant, moments de pureté arrachés au quotidien insouciant de quelques jeunes des années 90. Le sud de la France, la plage et les discothèques, la drague et les filles, la famille et le désir, des sourires et quelques larmes, des regards et de l’alcool, tout circule et se confond, avec comme seul centre le regard d’Amin (photo), héros du film au sourire enchanteur mais imperméable à toute relation. Premier volet d’un probable triptyque, Mektoub, My Love : canto uno, Lion d’or du cœur en ce qui me concerne (mais peut-être le palmarès l’ignorera-t-il, le pire est souvent à craindre dans ce domaine), signe le retour d’Abdellatif Kechiche depuis sa triple Palme d’or pour La Vie d’Adèle en 2013. A la Mostra, on adore ou on déteste. Pas d’indifférence, surtout pas. Le signe qu’on tient un grand film. Un immense film.

angels_still.jpgPour être complet, il me reste à mentionner les trois derniers films du concours vénitien. Jia Nian Hua (littéralement : «les anges portent du blanc») est l'unique film de femme de cette 74e édition vénitienne. Réalisé par la Chinoise Vivian Qu, il narre une histoire de viol et de corruption impliquant une jeune réceptionniste adolescente dont le témoignage est central dans l’affaire. Réalisation relativement classique pour métrage sensible et attachant. garde.jpgJusqu’à la garde, premier long-métrage de Xavier Legrand, met en scène un couple en pleine procédure de divorce à cause de probables violences conjugales et de possibles maltraitances sur mineurs. Mais qui dit la vérité ? Elle ou lui ? Voilà une œuvre très bien tenue, très habile dans sa capacité à instiller le doute, et plutôt effrayante dans sa conclusion. hannah.jpgEnfin, Charlotte Rampling est de chaque plan de Hannah, d’Andrea Pallaoro, le meilleur des quatre films italiens de la compétition. Le portrait est sec et désenchanté, et on comprend petit à petit ce qui a miné la vie de cette femme perpétuellement au bord du gouffre. Lent et radical, d’une noirceur rare (la séquence de la visite d’Hannah chez son fils est d’une cruauté implacable), cette mise à nu permet à Rampling de briguer un prix d’interprétation éventuel.

Le palmarès tombera demain soir.

 

 

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06/09/2017

Mostra de Venise 2017 : Kore-eda, l'élégance d'un maître

kore2.jpgIl fait partie de ces cinéastes qui n'ont jamais eu Lion, Ours ou Palme. Hirokazu Kore-eda fait aussi partie de ces auteurs dont la régularité qualitative est authentique et dont l'oeuvre peut aborder à peu près tous les thèmes sans rougir. Ainsi de Sandome no satsujin (The Third Murder) et son néo-classicisme sûr de lui, cadres joliment posés, images bien équilibrées, narration au rythme juste. Ici donc, une variation sur la conscience à travers ce genre casse-gueule qu'est le film à procès. Bien sûr, ne vous fiez pas à l'image, on ne siège pas du premier au dernier plan du métrage. On est aussi dans la neige, en famille, dans des bureaux plus ou moins accueillants, et dans un parloir où auront lieu quelques retournements. Voilà, j'en ai trop dit, on ne devrait jamais dire ce que racontent les films, ni les résumer (sauf dans des hebdomadaires comme L'Officiel des spectacles - et encore), juste esquisser leur intrigue, laisser deviner les choses, et voilà, comme face à ce film, se faire entraîner dans des méandres où ceux qui se perdent ont nécessairement raison. Alors, au palmarès?
mother1.jpgDarren Aronofsky, lui a déjà gagné un Lion. Pour The Wrestler, en 2008, que j'aurais tout sauf envie de revoir (j'écris cela gratuitement). mother! et son m minuscule (sic) s'apparente à un cauchemar sans fin dans lequel se trouve plongé un couple, la grassouillette Jennifer Lawrence et le bedonnant Javier Bardem. S'apparenter à un cauchemar ne signifie pas en présenter la structure. Nous en sommes même à des kilomètres, et il aurait fallu au minimum ici injecter quelques éléments surréalistes plutôt que ces kilomètres d'effets horrifiques laids, criards et mal faits qui plombent l'affaire aussitôt qu'on voit à peu près où veut en venir un cinéaste auquel on a décidément donné trop de moyens. Ed Harris et Michelle Pfeiffer sont eux aussi du voyage, ce qui n'arrange rien. Cacophonique et mineur.
ammore-e-malavita.jpgCriard, Ammore e malavita l'est aussi. Production italienne signée par les Manetti Bros., ce film de camorra monté comme une comédie musicale est une horreur. Comédiens laids et mauvais, bande-son inaudible, photographie et mise en scène plus vilains l'un que l'autre, chansons immondes. L'Italie a ovationné cette atrocité, ce qui me laisse sans voix ni argument. Après Una famiglia, c'est la confirmation que la sélection italienne en compétition est aussi désespérante que lors d'autres Mostra.
sweet.jpgQuant à Sweet Country, de l'Australien Warwick Thornton, qui eut la Caméra d'or à Cannes en 2009 pour Samson and Delilah, il vaut pour un classicisme à toute épreuve, et pour la belle retenue dont il fait preuve pour évoquer le racisme. Tout cela sous couvert de western, sans jamais tenter de révolutionner les codes du cinéma ni de disserter sur la modernité. Honorable sans génie.

23:50 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2017 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |