20/10/2016

"Théo et Hugo...": le sexe, le réel et la nuit

theo-et-hugo.jpgParis la nuit, deux garçons qui s’aiment. Clin d’œil à Rivette, par son titre, qui fait forcément penser à Céline et Julie vont en bateau, et pour cette manière de filmer la capitale nocturne telle un vaste champ d’investigations (revoyez Le Pont du Nord), Théo et Hugo dans un même bateau, par son unité de temps et dans une certaine mesure d’espace, ne contourne pas l’exercice de style. L’affaire se déroule en temps réel, de l’espace clos et oppressant d’une back room, siège d’une bestialité d’ordre animal qui peut choquer, ne serait-ce que par la durée (plus de vingt minutes) d’une séquence qui n’est pas sans rappeler celle d’ouverture d’Irréversible de Gaspar Noé, à la sécheresse aseptisée de salles d’accueil aux urgences qui vont sceller le destin des deux héros. Le film parle d’amour et de sida, l’écriture mélange un naturalisme constant à un surréalisme discret (exemple le premier échange de regards entre les deux garçons), et le monde ne s’y dévoile qu’à travers ce que vivent les deux comédiens durant un peu plus de nonante minutes. Plus radical que d’autres films du binôme Olivier Ducastel/Jacques Martineau, plus cru bien sûr (les scènes de sexe ne sont pas suggérées), Théo et Hugo dans le même bateau revendique pourtant un romantisme qui, telles les premières lueurs de l’aube, surgit de loin en loin à mesure que la nuit s’achève.

Théo et Hugo dans le même bateau passe en ce moment au festival Everybody’s Perfect.

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09/09/2016

Mostra de Venise 2016: Kusturica et Bellucci, couple de la quinzaine

milky-road.jpgEmir Kusturica et Monica Belluci. Mariés. Le couple est improbable. Dans une certaine mesure, le film aussi. Mais sans le son, l’image seule ne situe rien. Ou pas grand-chose. Depuis Promets-moi en 2007, et si l’on excepte la parenthèse documentaire Maradona en 2008, Kusturica n’avait rien tourné. Et on avait fini par oublier, un peu, cette hystérie qui lui sert de style, ce débordement constant de cris, de chants, de danses, d’animaux. Et dans On the Milky Road de fusillades, puisque le contexte de cette tragique histoire d’amour est la guerre des Balkans. Alors oui, le film réveille et secoue, mais saoule aussi très rapidement. Du foisonnement surgit la cacophonie, l’assourdissement, et ce trop plein de sens qui étouffe toute tentative de parabole dans l’œuf. Le style Kusturica devient caricature de lui-même, et cet excès ne prête que trop rarement à sourire.

THE-WOMAN-WHO-LEFT.jpgEnfin, l’ultime candidat au Lion d’or, The Man Who Left de Lav Diaz, est le seul que je n‘ai pu voir, ayant déjà quitté la Mostra. Mais après les presque neuf heures du précédent, A Lullaby to the Sorrowful Mystery, qui concourait à Berlin en février de cette année (mais quand trouve-t-il le temps de tourner tous ces plans ?), celui-ci a une durée de court-métrage avec seulement 226 minutes au compteur. On attendra l’intégrale en DVD pour voir si l’œuvre du cinéaste philippin tient la route.

22:19 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2016 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

08/09/2016

Mostra de Venise 2016 : dans "Paradise", victimes et bourreaux à la même enseigne

paradise.jpgOn se croirait presque dans L'Année dernière à Marienbad. Sauf que pas du tout. La pureté de l'image, la géométrie induite par les lignes et les ombres, cet azur immaculé, ces costumes, l'apparente légèreté des personnages, ce transatlantique dénudé comme seul accessoire, tout cela est bien trompeur. Cet homme à la droite de l'image est un monstre. L'un de ces officiers nazis qui se pensait "Übermensch", croyait à la solution finale et a envoyé des milliers de Juifs dans les chambres à gaz. Dans Paradise, Andreï Konchalovsky trace le destin de trois personnages voués à la mort qui se croisent dans le contexte du conflit de 39-45. Chacun va se retrouver au paradis et se confesser face caméra, lors de séquences étranges, montées comme des plans dont subsisterait l'amorce en fin de bobine. Se confesser mais pas forcément se repentir. Si le contexte est banal, la manière dont Konchalovksy le raconte l'est moins, par son refus de tout clivage, de tout a priori. Comme s'il s'agissait de rappeler que même les pires êtres humains sont aussi des hommes, qu'ils peuvent aimer et désirer, avoir des enfants, apprécier la peinture, la musique et la littérature. La tenue du film - superbe noir et blanc, académisme forcé, mélange des formats -, loin de la résoudre, accentue cette ambiguïté dialectique. Paradise force l'admiration sans évacuer le malaise. Son audace sera-t-elle payante?


giorni.jpgCes quatre jeune filles sont les héroïnes insignifiantes de Questi giorni de Giuseppe Piccioni, autre mauvais film italien de la compétition vénitienne. D'un portrait de groupe en forme de récit initiatique, on n'aura droit qu'à des séquences convenues, des dialogues idiots et des idées de scénario tirées par les cheveux. Je sais bien qu'il faut un quota de productions italiennes en concours à la Mostra, mais de là à sélectionner de telles inepties (avec Piuma, traité ici-même il y a trois jours)... C'est à se demander s'il y a encore des cinéastes compétents en Italie.

22:20 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2016 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |