15/07/2015

Locarno 2015, de bonnes ondes en perspective

corsini.jpgdemme.jpgAu hasard, deux images. Ce plan de La Belle Saison de Catherine Corsini, dans lequel Cécile de France, en couple avec un homme, tombe subitement amoureuse d'Izia Higelin. Et juste en dessous, cette image de Ricki and the Flash de Jonathan Demme, dans lequel Meryl Streep abandonne sa famille pour devenir une rock star avant d'essayer de retourner vivre avec eux. Deux histoires de destins qui basculent, deux films qui racontent à leur manière, sans doute, des ruptures. Ce qu'ils ont d'autre en commun? Tous deux seront projetés en première mondiale sur la Piazza Grande au Festival de Locarno (5 au 15 août). Et sortiront dans la foulée, rassurez-vous. C'est ce mercredi 15 juillet qu'a été dévoilée la sélection du 68e Festival du film de Locarno. Et il y aura du monde. Aussi bien sur la Piazza Grande qu'en compétition, dans les sections parallèles ou dans les programmes rétrospectifs.

Soit Michael Cimino, Chantal Akerman, Andrzej Zulawski, Barbet Schroeder, Judd Apatow, Georges Schwizgebel, Mario Martone, Lionel Baier, Alex Van Warmerdam, Pascale Breton, Marco Bellocchio et j'en passe. Nous sommes à trois semaines du coup d'envoi de l'événement, et forcément, il y a de quoi saliver, même s'il n'est pas encore temps de tenter de trouver des thématiques communes aux films présentés (un truc de journaliste, je sais, merci), ni de déterminer en quoi ils diffèrent, s'opposent ou se rejoignent, ni même de se lancer dans une exégèse de l'oeuvre de Sam Peckinpah, the rétrospective 2015. En revanche, on (c'est-à-dire moi) peut déjà féliciter Carlo Chatrian d'avoir concocté une sélection qui m'a tout l'air sacrément détonante et étonnante. J'y reviens très vite ici-même.

Pour consulter le programme, cliquer ici.

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14/07/2015

"Il est difficile d'être un dieu", de merde et de boue

dieu.jpgL'homme et la boue. Fusion entre le corps et la terre, la fange et les sécrétions. Il est difficile d'être un dieu, ultime film d'Alexeï Guerman, immense cinéaste soviétique décédé en 2013, alors qu'il s'apprêtait à mettre la dernière main à son montage. Film ample et foisonnant - près de treize ans de tournage pour un métrage final d'environ trois heures -, ambitieux et démesuré. Tiré d'un roman des frères Strougatski, ceux-là même qui avaient écrit le Stalker dont Tarkovski s'était inspiré, il se déroule sur une planète semblable à la nôtre, mais à une époque qui pourrait correspondre au haut Moyen-Age. Métaphore et allégorie, ce monde est dominé par la boue et la merde, les crachats, les fumigations, les déjections et l'animalité. Du dégoût naît l'esthétique, de l'horreur la stylisation. Guerman sublime la laideur, comme Gaspar Schott et ces monstres des planches de Physica curiosa au XVIIe siècle. De la mise en scène du déchet et du désordre surgit une vision démiurgique et malade, un essai sur la monstruosité aussi dérangeant que fascinant. Révulsant et magnifique? Oui, les deux peuvent cohabiter.

Il est difficile d'être un dieu passe en ce moment aux cinémas du Grütli.

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13/07/2015

"Amy", l'artiste et l'épave

amy.jpgSex, drugs & rock'n'roll. Clichés lassants. C'est pourtant bien par ces mots qu'on peut synthétiser la vie et la carrière de celle qui allait rejoindre le club des 27 le 23 juillet 2011. Quatre ans après son décès, ce documentaire d'Asif Kapadia revient sur le fulgurant parcours d'une chanteuse unique qui n'eut le temps d'enregistrer que deux albums (et non des moindres, mais peu importe). Images d'archives, films d'adolescents, témoignages, extraits d'émissions et de concerts. Le cinéaste accumule les documents rares et les images inédites. Ci-dessus, Amy Winehouse pose pour un cliché (promotionnel?) et a l'air à la fois clean, reposée, lisse et relativement neutre. Image trompeuse, bien sûr, pour une icône trash et borderline littéralement détruite par son mode de vie et ses excès. Visionnant le film, la famille de la chanteuse l'a contesté et s'en est dissocié, jugeant le documentaire trompeur et contenant des contrevérités basiques.

Mais à quoi s'attendaient-ils? A un biopic revu, lisse et corrigé qui renverrait le reflet d'une Sissi londonienne et non d'une femme devenue épave suite à ses consommations de drogue et d'alcool (les images de ses derniers concerts ne sont pas truquées, à ce que je sache)? A une vision édulcorée et gentillette d'un univers dominé par les trompe-l'oeil et les manipulations? A une relecture d'un mythe à peine ébauché et déjà traversé par des figures fascinantes (tel le vampire Blake, dont Amy était folle)? A un collage dissocié des unes des revues people ou des tabloïds anglais qui traquaient la bête pour vendre leur sauce sans le moindre scrupule? Je ne sais pas. Mais l'image qu'ils en avaient ne collait pas forcément à la réalité de l'artiste. La famille d'Amy Winehouse est de toute évidence à côté de la plaque. C'est bien la preuve que les producteurs et le réalisateur d'Amy auraient pu faire l'économie de leur avis et de ces polémiques stériles parfaitement raccord, elles, avec le passif de la chanteuse.

Amy est actuellement à l'affiche en salles.

19:20 Publié dans Chanson, Cinéma, Festival de Cannes 2015, Hommages | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |