09/09/2015

Mostra de Venise 2015: le retour de Skolimowski et un hommage à Lou Reed

11-minute2.jpg11 minutes, c'est la durée de l'action décrite dans le dernier film de Jerzy Skolimowski. Soit plusieurs situations a priori sans lien qui interagissent les unes avec les autres selon le principe de la multiplicité des points de vue, tel qu'il était par exemple à l'oeuvre dans Short Cuts d'Altman. L'idée motrice du film, c'est que tout peut arriver à n'importe quel moment. Mais dans 11 minut, il y a en plus l'amorce d'une réflexion sur l'image, pas assez exploitée à mon goût. Le film tend en effet à l'exercice de style, non sans une certaine vacuité, et l'agressivité de sa bande-son gâche un peu la fin du métrage, pourtant la plus intéressante d'un point de vue narratif. Habitué de Venise, Skolimowski y avait présenté son précédent film, Essential Killing, avec Vincent Gallo, en 2010.

heart2.jpgHeart of a Dog, lui, ne doit sans doute sa sélection en compétition que grâce à la notoriété de son auteur, la musicienne et artiste expérimentale Laurie Anderson, par ailleurs veuve de Lou Reed, à qui le film est dédié. Il s'agit d'un film en forme de collage, un essai poétique se voulant à la fois méditation sur la vie et travail sur le deuil, puisque sa chienne terrier (ci-contre), fil rouge du métrage, est également décédée. Mais l'expérimental a ses limites, comme les citations de Wittgenstein et Kierkegaard dont l'artiste abuse légèrement. Respectable mais un rien soporifique.

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Mostra de Venise 2015: il y a des vampires au Lido!

sangue.jpgUne histoire qui se déroule sur plusieurs siècles d'écart. Une femme emmurée vivante pour sorcellerie et un inspecteur qui découvre, bien plus tard, un couvent abandonné habité par un conte qui ne sort jamais. Sang, vampires et immortalité, les ingrédients d'un certain genre fantastique sont là. Sauf que nous sommes chez Marco Bellocchio et donc plutôt dans une relecture des mythes ici convoqués. Plus proche de Il Principe di Homburg (1997), sans doute à cause de sa partie reconstitution, que de Buon giorno, notte (2003), Sangue del mio sangue conserve cette part de mystère irréductible et présente dans tous les films du cinéaste italien. Les lieux acquièrent ici leur existence propre, le film mélange avec panache un certain réalisme à des séquences fantasmées. Il y a là une forme d'envoûtement tout à fait appréciable.

anomalisa2.jpgDavantage atypique, Anomalisa est cosigné par Charlie Kaufman et Duke Johnson. Soit le portrait d'un homme englué dans l'ennui de son existence et qui va rencontrer, lors d'un voyage d'affaires, une certaine Lisa qui deviendra peut-être la femme de sa vie. Jusque là, on a déjà vu ça trois cent fois. Sauf qu'Anomalisa a été réalisé en stop motion, technique d'animation qui va tout à coup donner à ce conte ordinaire une capacité de transcendance inhabituelle. Une séquence de cauchemar domine un ensemble pourtant relativement quelconque dans ce qu'il raconte, même si le film se livre à une analyse plutôt pertinente du mode de fonctionnement de notre société actuelle, écrasée par les technologies isolant les individus les uns des autres. Une jolie surprise et une tentative réussie de sortir des sentiers battus de l'animation telle qu'elle envahit les écrans actuellement.

abluka.jpgProduction turque elle aussi en compétition à la Mostra, Abluka (qui peut se traduire par "folie"), réalisé par Emin Alper, est une sorte de fable sur la paranoïa. Centré sur deux frères en marge d'une société avec laquelle ils ont rompu - l'un d'eux, en liberté conditionnelle, travaille dans une déchetterie et l'autre au sein d'une équipe chargée d'éliminer les chiens errants -, le film cultive un misérabilisme sur lequel viendront pourtant buter des éléments empruntés au surréalisme. Difficile malgré tout de rentrer dans une fiction qui ne fait rien pour qu'on la comprenne, dans tous les sens du terme. Abluka est typiquement un de ces films de festival dont on risque de ne plus entendre parler par la suite.

 

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07/09/2015

Mostra de Venise 2015: la vérité sur l'assassinat de Yitzhak Rabin

rabin.jpgLe 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin, juste après avoir prononcé un discours lors d'une manifestation pour la paix à Tel Aviv, est touché par deux balles tirées à bout portant. Le Premier ministre d'Israël, Nobel de la paix en 1994, n'y survivra pas, et décédera de ses blessures quelques heures plus tard dans un bloc opératoire de l'hôpital Ichilov de Tel Aviv (ci-dessus, le brancard et les hommes qui le conduisent au bloc). Son assassin, Yigal Amir, juif israélien et étudiant en droit, était opposé aux accords d'Oslo qui avaient été signés en 1993. Lors de l'enquête, il motivera son geste en affirmant vouloir poursuivre la lutte entamée selon lui par Baruch Goldstein, médecin sioniste auteur du massacre du Caveau des Patriarches à Hébron en 1994, contre le processus de paix, et cela "au nom de Dieu". Amir a été condamné à la prison à vie. Comme l'indique son titre, Rabin, the Last Day se déroule durant la dernière journée de la vie de l'homme d'état. Mais le film d'Amos Gitai ne s'apparente ni au documentaire ni à de la fiction. Il serait plutôt quelque part entre les deux. Images d'archives, interviews (avec Shimon Peres en guise de préambule au métrage), scènes rejouées par des acteurs, interrogatoires et éléments d'enquête, il s'agit bien de faire jaillir, à travers tout ce matériel, qu'il soit récolté ou remis en scène, une part de vérité, quelque chose de substantiel concernant cet événement historique que le monde n'a pas tout à fait digéré. Le processus est inédit, étourdissant, mais j'ai malgré tout trouvé ce film passablement ennuyeux. Peut-être parce que le travail de Gitai, ici, s'apparente davantage à un essai journalistique qu'à une oeuvre artistique. Dans un registre similaire mais non comparable, L'Homme de fer de Wajda, en 1981, enquête sur les grèves des chantiers navals de Gdansk, m'avait laissé une impression tout à fait semblable. Il avait obtenu la Palme d'or à Cannes cette année-là. Suivez mon regard...

endless-river.jpgPlus anecdotique, The Endless River d'Oliver Hermanus ne mérite assurément pas la volée de sifflets et de huées qu'il a récoltés ici. Le charismatique et doué Nicolas Duvauchelle, qu'on reconnaît ci-dessus, y interprète un jeune fermier d'une petite ville sud-africaine dont la femme et les deux fils seront massacrés durant son absence. Une telle horreur ne se digère pas, et c'est sa rencontre avec une jeune serveuse de la ville qui va modifier sa perception des choses. Extrêmement désincarné, ponctué de non-dits et d'interminables silences, le film se refuse à la psychologie et son auteur semble plus concentré sur ses cadrages que sur leur contenu. D'où un certain vide à l'arrivée, mais aussi le plaisir de découvrir un film à l'ancienne, vaguement structuré comme un western (le générique début en constitue la preuve) et traversé par un mélange de douceur et de violence nullement désagréable.

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