02/09/2015

Mostra de Venise 2015: vertige enneigé et extrême violence

everest.jpgGravity en 2013, Birdman en 2014 - et je ne remonterai pas plus loin-, Everest cette année, le film d'ouverture de Venise est logiquement une grosse production, si possible américaine. Signé par l'Islandais Baltasar Kormakur, qui a su se montrer suffisamment bon technicien pour qu'Hollywood lui fasse les yeux doux, Everest, tiré de faits réels que l'alpiniste Jon Krakauer a narré dans un livre (Tragédie à l'Everest) relatant sa tragique expédition de 1996, aligne les stars dans la neige. Pourtant, et l'affiche ci-dessus le démontre clairement, la vraie star du film, c'est cette montagne, le plus haut sommet du monde si on le mesure depuis le niveau de la mer. Le voilà donc, ce personnage central, celui qui va briser des vies et tenter de décimer ceux ou celles qui essaient de l'escalader. S'il s'apparente au film catastrophe, sans du reste avoir à en rougir - même si la 3D ne sert à rien, la plupart des séquences affichent une réelle efficacité, et affirmer qu'on s'ennuie face à ce spectacle serait mentir -, Everest se cantonne dans un premier degré presque décourageant de naïveté. Existe-t-il une malédiction du film de montagne, du moins pour les fictions?

D'Arnold Fanck, dont les premiers métrages, dans les années 20, sont pourtant très beaux, à Edward Dmytryk, auteur d'une Neige en deuil (1956) respirant trop le studio, en passant par Les Neiges du Kilimandjaro (d'Henry King, 1952) et autres avatars hollywoodiens de la même veine, peu de cinéastes ont véritablement su transcender un genre qui, pour d'évidentes questions de moyens, est rarement abordé au cinéma. Citons quand même The Eiger Sanction (1975) de Clint Eastwood, indiscutablement l'un des premiers de cordée. Loin d'être raté - et le plaisir qu'on y prend suffit à le démontrer -, Everest ne décolle pourtant jamais de ce premier degré que j'évoquais avant. everestjake.jpgTout est pieusement écrit, joué, attendu, des différentes étapes de l'expédition à l'émotion qui surgit au long de la catastrophe, sans temps mort ni plans inutiles. A de rares instants, on entrevoit l'effroi que représente la nature lorsqu'elle se déchaîne, nous rappelant que sur terre, bon nombre d'endroits sont tout aussi invivables que dans l'espace. Il en faudrait plus, de ces instants-là. Kormakur en est un peu avare. Alors, Everest était-il légitime en film d'ouverture de la 72e Mostra vénitienne? Malgré toutes mes réserves, je dirais que oui.

beastsofnonation.jpgPremier film de la compétition 2015, Beasts of No Nation (photo ci-desssus) de l'Américain Cary Joji Fukunaga prend rapidement à l'estomac et s'apparente, dans une certaine mesure, à un électrochoc. D'après un best-seller nigérian, le film raconte la destinée d'un enfant dont la famille a été massacrée sous ses yeux et qui devient ensuite soldat, intégrant les rangs de la guerre civile. L'extrême violence et la brutalité de certaines séquences nous immergent dans une réalité (celle des enfants soldats) qu'en temps normal, notre regard ne veut pas admettre. On y voit quand même un gosse forcé de décapiter un innocent à coups de machettes, puis une petite fille massacrée à coups de pieds pendant que sa mère se fait violer, et je m'en tiendrai là pour cette fois. Car le film n'évacue pas tout à fait le dilemme moral qui consiste à représenter de tels actes, même si l'ultime confession du jeune héros, face caméra, situe parfaitement son point de vue. Reste une maîtrise assez incroyable dans la mise en scène de l'horreur, une réalisation d'une remarquable fluidité et des comédiens parfaitement dirigés. Tout cela donne une indéniable puissance à un film qui place la barre de la compétition plutôt haut. Bref, la Mostra démarre en force et je ne vais pas m'en plaindre.

23:29 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

01/09/2015

Mostra de Venise 2015: ignorons la crise!

Veniceaffiche.jpgD'aussi loin que je m'en souvienne, il fut toujours question de crise à la Mostra de Venise. Menaces gouvernementales sur un budget précaire, spectres d'autres festivals plus attractifs et aux mêmes dates (Toronto et ses gratte-ciels, pour ne pas le citer), fermetures d'hôtels de prestige et de toute façons trop chers, désertion de la profession et des journalistes, Lions d'or tombés dans l'oubli quelques mois à peine après leur victoire, que sais-je encore. De tout cela, le festival n'en a semble-t-il cure. Puisqu'il résiste, imperméable aux rumeurs, et va donc dérouler dès demain sa 72e édition (ce qui en fait le plus vieux de la planète) comme si de rien n'était. Stars et grands auteurs vont défiler au Lido, sur le tapis rouge de la Sala Grande, en alternance avec des films dont on ignore tout. Terre de contraste, cette édition risque de ménager des surprises, comme l'a dit son directeur, Alberto Barbera, qui a même pris le temps, ces dernières semaines, de répondre aux questions de la plupart des tweetos (ce qu'aucun autre directeur de festival ne fait, à ma connaissance). Il a même précisé que sa sélection risque d'être dérangeante. Et là, forcément, on salive. Polémique, scandale, subversion, tout est bon à prendre dans une industrie (car le cinéma en est une, même si l'auteurisme sauve l'honneur) menacée par la standardisation et le formatage. Et comme souvent à Venise, le vent risque de venir là d'où personne ne l'attend. Brisures formelles, narrations extradiégétiques, mélange des genres et autres divagations poétiques seront-ils le lot de cette 72e Mostra? Ou se laissera-t-elle aveugler par les stars et ce cinéma mainstream qui a lui aussi droit de cité ici, histoire de faire un peu parler des médias qui n'ont souvent plus rien à dire? Je tenterai d'y répondre dans les prochains billets vénitiens de mon blog.

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22:23 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

31/08/2015

Wes Craven, l'horreur transgressive

craven.jpgLa violence était âpre et réaliste, brutale et dérangeante, au point de générer un certain malaise que le naturalisme de la mise en scène, fauchée, et le grain de la pellicule, non perceptible ici, ne cessaient d'amplifier. Réalisé en 1972, The Last House on the Left (La Dernière Maison sur la gauche) est le premier film réalisé par Wes Craven. Il fit date et école, et marque un jalon dans un cinéma d'horreur transgressif qui ne s'était pas encore tout à fait émancipé des zones du bis. Premiers pas d'un cinéaste qui, avec notamment Tobe Hooper et William Lustig, allait fortement imprimer un genre. De Wes Craven, on (c'est-à-dire le grand public) connaît davantage ces franchises que sont Scream et la série des Freddy, qu'il ne signa pas tous. Soit des déclinaisons d'une horreur plus standard, dans la norme de cette représentation de l'effroi qui s'assimile parfois, à tort, à un cinéma pour ados. A l'exception de son exploitation vidéo, The Last House on the Left, remaké par Dennis Iliadis en 2009, reste un film relativement peu vu et ses diffusions en salles peu fréquentes. Dans ce premier film, Craven avait mis son âme. Il nous a quittés dimanche, à l'âge de 76 ans.

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