12/08/2015

Locarno 2015: "Tikkun", l'émergence d'un auteur

tikkun.jpgRigueur du cadrage, géométrie du plan. Incongruité des éléments en présence - un rabbin, un cheval -, dosage des lumières. Séquence nocturne, noir et blanc éclatant, surréalisme de façade, report des ombres et des perspectives. La beauté plastique de Tikkun, de l'Israélien Avishai Sivan, n'est pas la seule de ses qualités. D'un portrait serré d'un jeune intellectuel ultraorthodoxe, le cinéaste tire une méditation sur la foi, la croyance et la mort. L'ascétisme des plans suffit à poser/imposer l'ambiance du film. Le parti-pris, radical dans sa durée - les coupes sont millimétrées à la seconde près -, ne rime jamais avec ennui. Tikkun est l'une des grosses surprises de la compétition locarnaise 2015. Peut-on parler de l'émergence d'un auteur, d'un sens du cinéma qui puise ses racines aussi bien chez Amos Gitaï que chez Samuel Fuller? Je l'ignore, mais j'ose la comparaison. Il y a dans Tikkun une maîtrise formelle qui finit par se traduire en terme d'émotions. Un tracé rectiligne qui tend vers l'épure sans que cette stylisation ne se transforme en aridité. Il serait fort étonnant que le jury ne prime pas un objet aussi hypnotique et fascinant. Mais avec les jurés des festivals, on ne sait jamais.

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10/08/2015

Locarno 2015: "Te quiero anarquia", des corps et du sang

anarquia.jpgUne fille, deux garçons, quelques possibilités. Les deux garçons sont amants, et le premier couche également avec la fille, mais la sexualité n'est pourtant pas le thème de Te prometo anarquia, du Mexicain Julio Hernandez Cordon. Sur cette image très stylisée - cadrage en contre plongée, position des corps étudiée, tendance à la provocation assumée -, c'est le rouge qui domine. Ce n'est pas forcément un hasard. Le film traite d'un trafic coutumier au Mexique, celui du sang et, par extension, du trafic des donneurs de sang. Une réalité effroyable, violente, que le film ne raconte pas, mais dont il montre les retombées sur les destins de nos deux héros. La stylisation à l'oeuvre dans le plan ci-dessus - la séquence se situe au tout début du film - ne reflète pas vraiment l'ensemble, au-delà d'une dominance de couleur dont l'évocation métaphorique est évidente. Âpre, naturaliste, dur, mais aussi tendre et poétique, Te prometo anarquia cerne deux personnages dans leurs trajectoires rompues, deux destins qui bifurquent sans en avoir conscience. C'est aussi un film qui ne juge pas ses héros, et c'est précisément pour cela qu'on s'y attache. Te prometo anarquia est en compétition au festival de Locarno.

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09/08/2015

Locarno 2015: un instantané sur le "Cosmos" de Zulawski

cosmos.jpgComme il a l'air calme, sur cette photo de plateau, Andrzej Zulawski, ici avec trois des comédiens de son film, dont Jonathan Genet, le premier sur la gauche, personnage principal de Cosmos. Sérieux, concentré, presque austère. Contraste saisissant avec le film lui-même. Bouillonnant, traversé par la folie, l'outrance, la démesure et le surréalisme. Mais sans cette hystérie prompte à donner la migraine qui était à l'oeuvre dans L'Amour braque ou dans Mes nuits sont plus belles que vos jours. Cosmos, conte surréel en forme de thriller métaphysique, polar absurde en forme de fantasmagorie, film du retour, aussi, Zulawski n'ayant rien tourné depuis quinze ans, depuis La Fidélité (2000). Une oeuvre composant avec l'irrespect et l'irrévérence, opus de tous les possibles, avec une Sabine Azéma au bord de la démence, un Jean-François Balmer d'une drôlerie sans limites, un Johan Libéreau parfaitement ambigu. Les meilleurs films sont ceux qui échappent à toute définition, à toute tentative de classification, ceux qui défient l'analyse et la raison, sans chercher à plaire à tout prix. Il y a de tout cela dans ce Cosmos où l'on a aimé se perdre, parce que, comme son titre l'indique, il englobe la totalité de l'univers. Le film est en compétition au festival de Locarno, je le rappelle.

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