04/09/2017

Mostra de Venise 2017: de Guédiguian à McDormand, les grands du Lido

villa.jpgLa Villa. Titre plus abstrait que d'autres Guédiguian. Réunion familiale, fratrie qui se retrouve dans cette calanque qui les a vus grandir, autour d'un père qui s'apprête à partir. Plus abstrait, soit. Peut-être plus mélancolique, aussi. Mais que tout cela est trompeur. Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérald Meylan regardent l'horizon et y aperçoivent le futur du monde. L'irruption de migrants dans la fiction oriente dès lors le film vers autre chose. C'est ce basculement qui intéresse Guédiguian. C'est de cela qu'il tire le meilleur. Je joins mes applaudissements à ceux des autres.
exlibris.jpgDe Wiseman, on n'attendait rien de plus court (3 heures 17) ni rien de différent que cette immersion dans la New York Public Library. EX-LIBRIS est un film bavard, trop bavard, qui veut aussi nous faire comprendre la fonction des bibliothèques, telle celle de New York, dans le monde d'aujourd'hui, ce qui personnellement me laisse songeur et dubitatif. Superbe, mais moins étourdissant que d'autres Wiseman.
leisure.jpgNous voici ensuite avec l'un de ces "feel good movie" tant craints, et surtout tant honnis. Dans The Leisure Seeker, Paolo Virzi accouple Helen Mirren et Donald Sutherland, partis faire les imbéciles au volant d'une caravane au lieu d'intégrer un mouroir (elle a un cancer, lui souffre d'alzheimer) selon le désir de leurs enfants. C'est attendu, constellé d'invraisemblances, mais cela fonctionne et c'est généreux. Mirren et Sutherland sont un peu en roue libre, mais tout va bien. On ne voit pas trop ce que cela fait en compétition à la Mostra, mais le festival a besoin de son quota d'auteurs italiens. Donc bon...
three2.jpgFrances McDomand (ci-dessus) semble désormais le seul prix d'interprétation féminine possible, tant elle nous a coupé le souffle dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh, révélé avec In Bruges en 2008. Portrait de bouseux du Missouri, l'Amérique brocardée et mise à mal dans cette comédie noire teintée de polar dont le rythme ne faiblit jamais et dont la densité est identique (donc très forte) du premier au dernier plan. Allez, pratiquement ce que j'ai vu de mieux à la Mostra cette année. Du moins en compétition - car je n'ai pas encore parlé de tout le reste, et il y a du lourd.
famiglia.jpgEnfin, il était dit qu'on devrait supporter Patrick Bruel. Qu'on devrait subir une histoire de trafics d'enfants sans queue ni tête. Qu'un film s'ingénierait à parodier les pires clichés du roman-photo à l'eau de rose. Una famiglia de Sebastiano Riso s'est chargé de tout cela.

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02/09/2017

Mostra de Venise 2017: une révélation et de vieilles connaissances

lean.jpgLe visage d'un acteur. Son corps, sa présence. Sa manière d'être. Au monde, à l'image, dans le plan, en réaction par rapport aux autres. Charlie Plummer (ci-dessus), c'est son nom. Je consulte Wikipédia, note qu'il est déjà apparu dans des séries. Et dans quelques films. Dans Lean on Pete, il a 16 ans. Peut-être 17. Et 18 aujourd'hui. Signé Andrew Haigh, auteur d'un 45 Years déjà intéressant qui valut à Charlotte Rampling un prix à Berlin, ce récit initiatique est construit sur l'absence et la solitude. Charlie Plummer est de chaque séquence. Indispensable. Avec son père, avec un cheval, puis en route, laissant derrière lui la désolation et un trop plein d'âme dont il se déleste malgré lui. Bien sûr, rien que nous n'ayons déjà vu ou entendu ailleurs - ce qui est tout sauf un argument - mais surtout, comme je le disais, la révélation d'un acteur qui ne joue pas, qui ne calcule pas sa performance. Le prix d'interprétation devrait lui revenir, plus qu'à ce nigaud de Matt Damon (lire plus loin), et en tout cas le prix Marcello-Mastroianni, sur lequel Wikipédia vous donnera les détails nécessaires.
foxtrot3.jpgCe soldat qui danse (je sais, on ne dirait pas, mais si, il danse, d'ailleurs tout le monde devrait danser dans les films de guerre, sauf que ce n'en est pas tout à fait un, fin de parenthèse) est un des nombreux éléments surprenants de Foxtrot, réalisation de Samuel Maoz, qui obtint ici le Lion d'or en 2009 pour Lebanon, film relativement peu vu ensuite. Dans l'un comme dans l'autre, il y a la volonté, un peu agaçante même si le résultat ne déçoit pas, d'en imposer au public (de cinéma d'auteur), de se réclamer d'une narration complexe, et pourquoi pas ampoulée, à grands coups de brisures diégétiques, de changements de registres et de virages affirmant le pouvoir absolu du metteur en scène sur ce qu'il raconte. En même temps, tel est le principe du cinéma et ni Chaplin  ni Eisenstein ne procédaient autrement. Sans prétendre un tel lignage, Maoz possède son style et son écriture, qui parviennent à déjouer les a priori ou les impatiences. Son film est grave, pense le monde sans humour ni légèreté mais avec en revanche un penchant pour le paradoxe, le mensonge et les faux-semblants qui peuvent faire penser qu'il y a du Welles dans le sang de ce cinéaste israélien.
suburbicon.jpgEnfin, Matt Damon, qui n'a pas quitté le Lido depuis le risible Downsizing, remet le couvert dans Suburbicon pour un George Clooney qui cherche toujours à se faire un nom comme auteur en décrochant un prix dans un grand festival. Avec son sixième long-métrage, ovationné par des festivaliers qui se laissent volontiers bluffer, il met tous les atouts dans sa manche. Scénario des frères Coen, qui n'ont vraiment rien à faire de mieux, musique d'Alexandre Desplat, qui n'avait pour le coup rien à commettre de pire, casting trois, voire quatre étoiles, avec Matt - trois expressions et cinq paires de lunettes -, deux Julianne Moore pour le prix d'une, et l'excellent Oscar Isaac. Dans le collimateur, une critique de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus réactionnaire et accessoirement l'histoire d'une famille moyenne des années 50 prise dans un engrenage atroce. Rien de très neuf, et une esthétique de publicité Tupperware qui montre que Clooney s'est entouré de bons techniciens. C'est très tape à l'oeil et in fine ne raconte rien, chaque personnage étant invariablement sacrifié sur un autel scénaristique qui voudrait démontrer tout l'inverse. Du vent!

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31/08/2017

Mostra de Venise 2017 : monstres amours

shape.pngLe secret n'était pas si bien gardé et la créature amphibienne qu'un laboratoire détient dans ses sous-sols en pleine guerre froide vite découverte par une jeune femme muette qui y travaille comme nettoyeuse. A partir de cette trame fantastique prometteuse, Guillermo Del Toro se balade et nous balade dans une sorte de voyage à travers les genres où rien de ce qui est attendu ne surgit, le récit s'amusant à déjouer des codes fictionnels de plus en plus mouvants. Il y a donc une part de folie dans un film extrêmement contrôlé et surtout bien plus intéressant que les pénibles tentatives minées de son auteur dans ces pataugeoires qu'étaient Crimson Peak ou Pacific Rim. Mélange d'horreur, de comédie musicale, de tragédie et de comédie, The Shape of Water répond parfaitement au paradoxe de son titre, "la forme de l'eau", puisque celle-ci n'en a aucune. C'est tout sauf informe, d'un formalisme redoutable, fort bien joué - Michael Shannon peut-il camper autre chose qu'un salaud? La réponse est non et c'est définitif -, et ça ne cherche surtout pas à être plus malin que ce que ça raconte. Aucune chance d'avoir le Lion d'or, on s'en doute.
insult2.jpgPlongée dans le film à sujet avec The Insult de Ziad Doueiri, dans lequel un mot mal placé - l'insulte du titre - vire pour ainsi dire à l'affaire d'état (soit au procès) entre un réfugié palestinien et un Libanais. Le cas d'école et le cirque médiatique qui l'accompagne permet à son metteur en scène de filer la parfaite métaphore politique et de recueillir des salves d'applaudissements lorsque se conclut son métrage, démonstration en trois actes dûment scénarisés qui bien sûr fit son effet. Oui, le cinéma sert aussi à évoquer ce qui va mal dans le monde, on le sait. Honorable et plus si affinités.
humanflow.pngMême chose ou presque avec Ai Weiwei et son documentaire fleuve sur les réfugiés, Human Flow. L'artiste chinois, figure majeure de l'art contemporain, d'ailleurs honoré à la Biennale de Venise en 1999, entreprend un voyage pour tenter de comprendre l'humanité actuelle et de s'interroger sur la valeur des droits humains. On transite par les quatre coins du monde, flot ininterrompu d'hommes en partance, succession de titres explicatifs, d'images magnifiques, beau travail quelquefois réalisé par des drones, récurrence de plans de son auteur au centre du monde et de son dispositif. Souvent fascinant, parfois discutable, en somme. Et trop long, les 2 heures 40 du film ne se justifiant absolument pas.

23:15 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |