29/07/2015

Sokourov, retour à Venise

francofonia.jpgPour l'instant, on se contentera d'une image. Quatre personnages, dont une femme coiffée d'un bonnet phrygien et le cinéaste Aleksandr Sokourov au premier plan, devant Le Radeau de la Méduse de Géricault. Nous sommes au Louvre, là où cette peinture est exposée. Nous sommes également sur le tournage d'un film, comme l'indique la présence de la perche et du micro sur la gauche de l'image. Il s'agit d'une photo de plateau. Le film s'intitule Francofonia et est justement signé par Sokourov, qui, on s'en rappelle, avait remporté le Lion d'0r à Venise avec son Faust, en 2011. Il a entièrement tourné Francofonia au Louvre, et cet essai cinématographique est d'ailleurs sous-titré Le Louvre sous l'occupation. On a appris aujourd'hui que le grand cinéaste russe sera de retour cette année à la Mostra avec ce film, et à nouveau en compétition.

Francofonia est l'un des 21 longs métrages sélectionnés en lice pour le Lion d'or. Je ne citerai que le nom de leurs réalisateurs: Emin Alper, Laurie Anderson, Marco Bellocchio, Sue Brooks, Drake Doremus, Atom Egoyan, Cary Fukunaga, Giuseppe M. Gaudino, Xavier Giannoli, Amos Gitaï, Luca Guadagnino, Oliver Hermanus, Tom Hooper, Charlie Kaufman et Duke Johnson, Zhao Liang, Piero Messina, Jerzy Skolimowski, Aleksandr Sokourov, Pablo Trapero, Lorenzo Vigas et Christian Vincent. Soit un mélange de réalisateurs importants, d'auteurs de festival et de cinéastes sur lesquels on ne sait rien, ou presque. Il y aura pêle-mêle un documentaire, un film d'animation, trois productions italiennes, deux films de femmes et quelques stars égarées au milieu. Je reviendrai plus abondamment ultérieurement sur le contenu des films ainsi que sur celui des autres sections. En tout, 55 films seront projetés à la Mostra de Venise entre le 2 et le 12 septembre.

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28/07/2015

Dans "Satyricon", la mise en scène de la décadence humaine

satyricon.jpgLe hiératisme n'exclut pas forcément la démesure. Le cinéma de Fellini en constitue une preuve. Mieux, un manifeste. Adaptant l'inadaptable, il délivre une vision personnelle et au fond assez fidèle du Satyricon de Pétrone, l'un des premiers romans de l'histoire de la littérature, même s'il faut rappeler qu'aucune version complète de l'oeuvre, écrite au Ier siècle après Jésus-Christ, ne nous est parvenue. Sur cette image, on reconnaît Magali Noël et Alain Cuny, respectivement en deuxième et troisième positions. Tissus colorés, maquillages outranciers, coiffes pesantes et bijoux pondéreux se détachent sur un ciel clair, l'azur à peine traversé par quelques nuages. Ce plan suggère la mort, la déchéance, mais aussi la mise en scène d'une humanité revêtue d'oripeaux empruntés aux dieux et aux déesses et sur laquelle plane la mythologie d'un siècle traversé par la décadence et la folie - le texte a été écrit sous Néron, empereur romain à l'ambition démesurée.

Ces six personnages, dont l'un est de dos, ont l'air calmes et posés, mais leur attitude ne dénote aucune psychologie, aucune forme de hiérarchie sociale, même si les trois femmes à l'arrière-plan révèlent une forme de soumission, de pure figuration dans la scène, que seule la vision du film permet de relativiser. Orgies, bacchanales et débauche composent le reste du menu fellinien. Réalisé en 1969, Satyricon n'est pas le plus connu ni le plus estimé des films du maestro, peut-être à cause du parfum de soufre qui peut s'en dégager (et je n'irai pas sur ce terrain-là aujourd'hui), et qui expliquerait sa diffusion plus rare que d'autres titres, du moins sur le petit écran, mais il reste à redécouvrir sans hésitation.

Satyricon passe en ce moment aux Cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Magali Noël.

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21/07/2015

Dans "Voyage en Italie", immersion en territoire inconnu

voyage1.jpgCe couple qui se fait face et semble se déchirer, indifférent au monde, perdu dans une foule qui ne les remarque même pas - les regards des figurants fixent invariablement un point hors-champ -, ce couple à peine masqué par un véhicule formant comme un mur séparateur juste devant eux. George Sanders et Ingrid Bergman, un couple qui se délite, se perd et se retrouve, se sépare et s'égare, se masque et se démasque, se fait, se défait, se méfait et s'abîme, dans un mouvement - celui d'une procession, apprend-on en visionnant le film - sans point de correspondance avec le titre du métrage, annonciateur d'une balade touristique qui s'apparente très vite à un miroir des sentiments et à une chute dûment programmée. Sanders, inattendu, égaré chez Rossellini, formant couple avec Bergman, égérie, muse et inspiratrice du cinéaste, actrice dont la vie finit par épouser la carrière, au propre comme au figuré. Récit d'une séparation et de retrouvailles impossibles, tout converge ici vers cette étreinte improbable (photo ci-dessous) qui vient juste après cette image, dans la continuité d'un plan composant avec le réel, du moins le suppose-t-on, à raison ou à tort. Voyage en Italie, chef d'oeuvre de 1954, immersion en territoire inconnu, celui des tourments de l'âme.

voyage2.jpgVoyage en Italie passe actuellement aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Ingrid Bergman.

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