07/04/2015

"Journal d'une femme de chambre", des conventions entre guillemets

journal.jpgCet intérieur bourgeois respire la tranquillité. Dehors, il fait beau, c'est le printemps ou l'été, comme le laisse supposer cette porte-fenêtre entrouverte sur une terrasse ample et accueillante, et le blanc, signe de clarté, domine. Un jeune homme dessine un portrait, nonchalamment assis sur son lit, face à une femme de chambre souriante, elle aussi assise sur le lit, à moins d'un mètre, brisant ainsi ces conventions plus ou moins tacites entre maîtres et domestiques qui exigent que les seconds ne se mettent jamais à la hauteur des premiers. Il a l'air bienveillant et elle heureuse. L'image exclut par ailleurs toute ambiguïté et en cela reflète un film évacuant toute forme de perversion, même s'il reproduit certains jeux de séduction au coeur d'un roman subversif en son temps, ce Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau déjà adapté plusieurs fois au cinéma, dont une par Renoir et une autre par Buñuel.

Benoît Jacquot retrouve Léa Seydoux, qu'il avait déjà dirigée dans Les Adieux à la Reine en 2012. Le film s'organise autour d'elle, dans la veine de ces portraits au féminin, historiques ou contemporains, auxquels Jacquot nous a habitués depuis La Désenchantée en 1990. Autrement dit, la mise en scène se veut aussi dictée par les mouvements et les regards de la jeune femme. Au su du genre auquel se réfère le titre, c'est parfaitement logique, et le film offre un point de vue de diariste, même si la caméra ne saurait pas se substituer à un stylo ou une plume, montrant ainsi les limites d'un exercice d'écriture muselé par les contingences du cinéma, lequel parvient du reste souvent à les dompter - mais là n'est pas le problème. Face à Léa Seydoux, on reconnaît le jeune Vincent Lacoste, ici dans un rôle secondaire, décidément à l'aise et crédible partout, des loufoqueries de Riad Sattouf (revoyez Jacky au royaume des filles, sorti mais mal reçu début 2014) au monde plus sérieux des internes d'un hôpital parisien chez Thomas Lilti (dans le formidable Hippocrate, sorti quant à lui fin 2014). Joli casting pour un beau film.

Journal d'une femme de chambre est actuellement à l'affiche en salles.

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05/04/2015

"The Last Detail", à la redécouverte de Hal Ashby

the-last-detail-1.jpgTrois marins en permission ou promenade - on reconnaît Jack Nicholson jeune au centre -, l'un se mouche, le second se marre, le troisième, le seul à avoir les mains totalement enfoncées dans les poches, a l'air triste, concentré ou préoccupé, c'est selon. Séquence d'extérieur, probablement à l'automne, dans un parc où la verdure semble rare et les passants peu nombreux. Mais ambiance quelque part trompeuse. The Last Detail (paradoxalement titré La Dernière Corvée en français) raconte comment deux marins sont chargés d'en escorter un troisième en prison et finissent par s'attacher à lui. Sorti en 1973, ce film de Hal Ashby (dont l'oeuvre la plus célèbre demeure bien sûr Harold et Maude) est relativement rare et peu connu. Comme, en fait, la plupart des longs-métrages d'un réalisateur qui ne fut jamais reconnu à sa juste valeur.

Auteur d'une douzaine de films, parmi lesquels émergent Shampoo en 1975, Coming Home en 1978 et Being There en 1979 (en plus du Harold et Maude de 1971 déjà cité), monteur sur plusieurs titres importants de Norman Jewison, Hal Ashby possède presque un statut de paria dans l'Hollywood des années 70 et 80. Son ultime film, 8 Million Ways to Die (Huit millions de façons de mourir), en 1986, adaptation d'un polar de Lawrence Block, fut un cuisant échec et pour tout dire, je n'en ai presque aucun souvenir. Ashby fut même renvoyé du tournage le dernier jour et ne participa pas au montage de ce métrage. Il est décédé deux ans plus tard, en décembre 1988, dans une indifférence presque totale, après la mise en boîte d'un dernier téléfilm, Jake's Journey (visiblement un pilote, mais de quoi?), dont on ne sait que le titre.

The Last Detail passe en ce moment aux Cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Hal Ashby.

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02/04/2015

"Voyage en Chine", prolégomènes à une reconstruction

chine.jpgYolande Moreau le regard un peu perdu, un pot à thé posé devant elle, un manuel pour apprendre le chinois dans ses mains, la silhouette d'un homme à casquette se détachant dans l'encadrement d'une fenêtre à l'arrière-plan. Ce qui ressort de cette composition, c'est peut-être le thème de la contemplation. Tout a l'air posé, ramassé, immobile, presque figé dans un espace précisément cadré. Tout y compris le regard de la comédienne. Dans Voyage en Chine, du Français Zoltan Mayer, elle joue une femme partie en Chine pour y rapatrier le corps de son fils victime d'un accident. Fils qu'elle réalise n'avoir jamais vraiment connu. Le voyage est donc prétexte à une reconstruction, périple d'autant plus difficile qu'il a lieu dans un pays dont elle ne connaît rien. Apprendre la langue, voir les choses, participer aux rites funéraires taoïstes, prendre part aux fêtes. Mille et une facettes d'un monde qu'on découvre finalement en même temps qu'elle et qui demeure irréductible, comme étranger à toutes les autres réalités. Minimalisme et sensibilité dominent un film discret et bienvenu qui changera des sorties tapageuses telles Fast and Furious 7 ou Home (En route!), auxquelles pas une ligne ne sera consacrée ici.

Voyage en Chine est actuellement à l'affiche en salles.

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