23/05/2015

Festival de Cannes : déballage avant Palme d'or

nemes.jpgJ'aurais voulu que Le Fils de Saul, premier film du Hongrois Laszlo Nemes (photo), remporte la Palme d'or dimanche soir, choix qui serait moins consensuel que ceux pronostiqués à gauche et à droite depuis ce matin. D'abord parce qu'il est le seul film de la compétition cannoise 2015 à délivrer une véritable proposition de cinéma et le seul à nous retourner le sang et les tripes via sa vision de l'enfer d'Auschwitz. Cela fait beaucoup. Le jury suivra sans doute une autre voie et se dirigera vers la facilité, consistant à primer l'un des trois ou quatre favoris de la quinzaine, Carol de Todd Haynes, Youth de Paolo Sorrentino, ou Mia madre de Nanni Moretti. Voire Mountains May Depart de Jia Zhangke. Tous très bien, OK, mais tous ces films sont finalement un peu là où on les attend, dignes représentants d'un grand cinéma d'auteur drapé dans ses intentions et sa technicité. Il serait temps de balayer tout cela. Si la Palme d'or est décernée à un seul film, il y a 19 choix possibles. Si elle est décernée à deux oeuvres ex-aequo, il y en a un peu plus, soit 171 (vous pouvez vérifier, c'est de la simple combinatoire).

J'aurais voulu aimer les derniers films de Gaspar Noé, Woody Allen, Maïwenn et Gus Van Sant. Ce ne fut pas le cas et je n'en fais pas un drame.

J'aurais voulu avoir plus de temps pour courir découvrir d'autres films à la Quinzaine des Réalisateurs ou à la Semaine de la Critique. Mais à Cannes, le temps n'existe pas. Gaspar Noé l'avait compris il y a quelques années. Il a vieilli aujourd'hui.

J'aurais voulu échapper à cette malédiction qui veut qu'on tombe invariablement malade au festival, victime de la fatigue, du manque de sommeil, du stress et surtout de la climatisation, qui demeure, quoi qu'on en dise, la pire invention du dernier millénaire.

J'aurais voulu que Thierry Frémaux joue l'overdose et qu'il programme, je ne sais pas, mettons 24 ou 25 titres en compétition. Et pas seulement 19. La bataille serait plus rude, le rythme plus intense et on se plaindrait davantage (ce qui ne change rien, tout le monde passe le peu de temps qu'il a à se plaindre au festival - lisez la presse quotidienne française pour vous en assurer).

J'aurais voulu que les interviews soient désormais interdites à Cannes. Depuis qu'elles ont été remplacées par des press-junkets tous inutiles (et je ne ferai aucune exception), elles n'existent déjà plus. Alors autant jouer cette logique jusqu'au bout.

J'aurais voulu que certain(e)s attaché(e)s de presse bardé(e)s de diplôme en communication (sic + lol) changent de métier, peu importe lequel. Je pense surtout à l'une d'entre elles, particulièrement incompétente, qui s'occupait à Cannes du dernier Jaco Van Dormael. Elle se reconnaîtra si elle sait lire, ce dont je doute. (PS: en cas de doute, il ne s'agit pas de Marie-France, pour laquelle j'ai beaucoup de sympathie).

J'aurais voulu lire moins de papiers décalés dans cette presse quotidienne qui nous abreuve ici chaque matin, et qui cumule dorénavant avec quantité de blogs et de sites à l'intérêt plus ou moins relatif (je ne pense pas y échapper).

J'aurais voulu que les termes "Sophie Marceau" et "culotte" soient désormais passibles de censure lorsqu'on les tape sur les moteurs de recherches. Et plus globalement, que tous ceux qui en parlent soient révoqués à vie de la Croisette. Contrairement à ce qu'on (i.e. certains médias) veut nous faire accroire, je pense que le public s'en contrefout. Mais faute de grives...

J'aurais voulu avoir plus de temps pour soigner ce blog durant le festival, mais rattrapé par le temps et par les papiers que je signais dans le print, ce ne fut pas possible. J'essaierai de faire différemment les prochaines fois, sans rien promettre.

J'aurais voulu remercier tous ceux qui ont lu ce billet (qui n'est pas le dernier à paraître cette année sur Cannes) jusqu'au bout.

23:53 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Huppert/Depardieu ressuscités, Tim Roth dépaysé, Cotillard/Fassbender mauvais

valley.jpgC'est le retour d'un couple mythique à l'écran et devant la caméra. Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. Embarqués dans un périple mystique et quelque peu tiré par les cheveux dans une Vallée de la mort où leur fils décédé est censé revenir à la vie quelques instants, les deux comédiens sont de presque tous les plans de ce Valley of Love signé Guillaume Nicloux, soi-disant retenu en compétition cannoise pour de mauvaises raisons. Le film peut pourtant être vu comme une sorte de documentaire sur les deux acteurs, qui nous font penser constamment au Loulou de Pialat, dans lequel ils formaient couple, ne serait-ce que par la gêne occasionnée par leurs corps (surtout pour Depardieu, dont l'embonpoint devient une composante scénaristique en soi) et par ces mouvements de rejet et de désir par lesquels le récit transite. Le film n'est pas toujours palpitant ni génial, mais il tient la rampe et la direction d'acteurs de Nicloux reste parfaitement canalisée. Pas de quoi mériter l'hostilité dont le film a fait l'objet. Mais à Cannes, on a l'habitude.

chronic.jpgDans Chronic de Michel Franco, Tim Roth (ci-dessus à droite) est un aide-soignant qui s'occupe de personnes en phase terminale. Ce sujet peu engageant est traité sur un mode minimaliste par un cinéaste mexicain qui se frotte pour la première fois à la compétition cannoise. Mais après le choc Después de Lucia (2012), Chronic paraît un peu terne et même trop tranquille pour s'imposer. La rupture narrative ne surgit qu'au dernier plan du film et c'est un peu tard.

macbeth.jpgMême si on pense connaître Macbeth de Shakespeare, on découvre cette nouvelle lecture de la tragédie, signée par l'Australien Justin Kurzel, avec une certaine curiosité. Le lyrisme et une violence relativement graphique s'invitent dans une mise en scène par ailleurs classique et sous influence de plusieurs films de Kurosawa, dont Kagemusha. Les choses se gâtent avec le casting. Marion Cotillard, en Lady Macbeth, est totalement à côté de la plaque. A ses côtés, Michael "je sais tout faire" Fassbender vaut à peine mieux. Leurs rictus et leur aptitude à l'énonciation, peu brechtienne malgré les efforts de Kurzel pour le leur faire comprendre, plombent un film qui ne méritait pas ça. J'ai vu des internautes se perdre en louanges et s'extasier sur ce Macbeth qui clôt le concours cannois 2015. Nous n'avons pas vu le même film, c'est certain.

15:50 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

21/05/2015

Audiard en mode atypique, Hou Hsiao-hsien en mode épuré, Gaspar Noé en mode beauf

Dheepan_0.jpgCet homme, Jesuthasan Antonythasan, est le héros très discret de Dheepan, le nouveau Jacques Audiard. L'histoire d'un guerrier tamoule ayant demandé l'asile politique en France et qui se retrouve gardien d'immeuble en banlieue parisienne avec une femme et une petite fille embarquées avec lui mais qu'il ne connaît pas. Un film sans pathos ni volonté de dénonciation qui donne à voir plusieurs réalités qui coexistent. Résultat tout à fait honorable, même si le film, atypique pour son auteur, m'a personnellement moins emballé qu'Un prophète du même Audiard, primé ici en 2009.

-assassin-hou-hsiao-hsien.jpgLa splendeur plastique, qu'on peut entrevoir sur cette image, de The Assassin de Hou Hsiao-Hsien, rappelle à quel point son auteur taïwanais est un maître en la matière. Chaque plan procède de l'épure, chaque séquence semble ciselée. Le film narre l'odyssée d'une justicière initiée aux arts martiaux et se déroule dans la Chine du IXe siècle. Même si on est davantage captivé par les cadrages que par ce qu'ils racontent, le film, par son parti-pris esthétique, devrait apparaître au palmarès.

loveaffiche.jpgProgrammé en séance spéciale à minuit, le dernier Gaspar Noé, Love, conte une histoire d'amour entrecoupée de vraies scènes pornographiques. D'où le parfum de soufre qui soufflait avant sa présentation à Cannes. Au vu du résultat, le soufflé retombe vite. Gaspar Noé se prend les pieds dans de faux fantasmes qui le ravalent au rang de beauf émoustillé par le sexe. Franchement sans intérêt.

17:50 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |