28/03/2015

"Mulholland Drive", Hollywood ex machina

mulholland-drive-_1.jpgReflet dans un reflet, impossible jeu de miroirs et fausse perspective. Le diable est ici dans le détail (mais pas que). Est-il besoin de reconnaître l'affiche de Gilda, avec Rita Hayworth et sa cigarette, se détachant dans un miroir ovale reflétant un tableau accroché au mur, à gauche du cadre, pour comprendre le film? Pas nécessairement. Et que regarde ici la comédienne Laura Elena Harring, un point hors-champ ou quelque chose situé à l'intérieur d'elle-même? Bienheureux ceux qui ont la réponse. Hollywood, donc. Point de chute fantasmé, lieu où convergent tous les (films?) possibles, miroir d'un imaginaire où même la mort devient mise en scène, capitale des illusions et des rêves dans laquelle tout et son contraire est susceptible de se réaliser.

Entrer en résistance, c'est aussi savoir résister au sens et à l'interprétation. L'expression peut s'appliquer à Mulholland Drive. Comme à n'importe quel film de Lynch? Du tout. Mais le cinéaste n'est jamais meilleur (à mon avis) que lorsqu'il n'explique pas. Lorsqu'il demeure évasif ou incompréhensible, par plan interposé s'entend. Je préfère ainsi cent fois cet impossible objet qu'est INLAND EMPIRE (à ce jour son dernier film, sorti en 2006), à ce faux film de genre qu'est Wild at Heart (Sailor et Lula, Palme d'or à Cannes en 1990), trop explicatif et surfait. Il faut d'ailleurs toujours se méfier des films qui expliquent trop ou qui cherchent  trop à plaire - fin de la parenthèse.

Mulholland Drive, dévoilé à Cannes en 2001, se situe quelque part entre INLAND EMPIRE et Eraserhead (le premier Lynch, 1977). Le réalisateur y parle de cinéma, de mémoire perdue, d'amours saphiques (pas seulement, bien sûr). Il se joue des codes et des clichés, les dénature, sème fausses pistes et vraies trappes dans un récit pavé de mauvaises intentions. La route qui conduit à Los Angeles et qui donne son titre au film n'est jamais droite et se perd en sinuosités. Voici donc le chemin qu'il va falloir emprunter, dans une nuit noire comme le souvenir. Bon voyage.

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Mulholland Drive sera projeté le lundi 30 mars à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Visions d'Hollywood" du Ciné-club universitaire.

21:12 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2001 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

27/03/2015

"Discipline", concentré de moutarde et de talent(s)

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C’est un film où il y a du monde dans le cadre. De plus en plus de monde, comme on peut peut-être le voir sur ces différentes images de Discipline. Un père et sa petite fille, les employés de l’épicerie (ou petit supermarché) où l’action se déroule, une bourgeoise pétrie de préjugés, son époux alémanique et pète-sec, un jeune homme et sa compagne, et quelques autres. Mixité, mélanges et différences. Impressions illusoires. Tout démarre bêtement. Un homme (Frank Semelet) houspille sa gamine, un pot de moutarde chute et s’écrase. Puis tout le monde s’en mêle. S’emmêle et se mêle. De tout. Engueulades et reproches, cris et énervements. C’est un condensé d’humanité que propose Christophe M. Saber dans Discipline, son film de diplôme de l’ECAL, lauréat le 13 mars dernier du Quartz du meilleur court-métrage suisse.

discipline3.jpgFilm choral par essence, Discipline se profile comme l’antithèse d’un film à sujet, et c’est tant mieux. Unité de temps, d’action - douze minutes de métrage, sans doute un peu plus de fiction  - et de lieu pour un exercice dynamique et fluide dans lequel la patte d’un metteur en scène (direction d’acteurs incluse, ce qui n’est pas rien dans la création romande) se fait sentir totalement. Il y a ici quelque chose du Prova d’orchestra de Fellini, de certains Altman (A Wedding, par exemple). Je ne sais pas si Christophe M. Saber les a vus et là n’est pas le problème. Car il y a d’abord dans son film cette qualité rare : l’art d’alterner les émotions et les registres, de passer de la tendresse à la gravité, de la loufoquerie à l’excès, de la raison à la folie, dans un mouvement unique et exponentiel duquel jaillissent quelques vérités cruelles et lucides que son auteur ne cherche heureusement jamais à imposer. On attend désormais le premier long.

discipline2.jpgDiscipline passera dimanche 29 mars à 11 heures 15 aux Cinémas du Grütli, dans le programme "Orient-Express 8" et dans le cadre du FIFOG (Festival International du Film Oriental de Genève).

18:02 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

25/03/2015

"Electroboy" doesn't cry

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electro3.jpgElectroboy hier, Florian Burkhardt aujourd'hui. Une quinzaine d'années environ séparent ces deux images. Presque une vie. Top model, il rêvait d'être une star. Reconverti dans l'électro, il s'est fait un pseudo. L'artiste est polyvalent, l'homme multi-angoissé. Des crises d'angoisse l'ont même conduit durant plusieurs mois dans un institut psychiatrique de Zurich. Aujourd'hui, tout cela est derrière. Florian Burkhardt, loin du bruit et du tumulte, vit à Berlin, reclus dans un appartement qu'il ne quitte guère, sinon pour aller promener son chien. C'est là que Marcel Gisler l'a retrouvé, pour une série d'entretiens qui forment la sève d'Electroboy, tout premier documentaire du cinéaste, d'ailleurs récompensé par un Quartz il y a une quinzaine de jours.

Cinéma et psychothérapie, portrait en creux et analyse d'un anti-héros narcissique. Film de montage, de dialogues et d'écoute. Des paroles, des situations, des retrouvailles familiales imprévues, un homme qui se regarde, se dérobe de temps à autre, sourit et se confie. De l'ambiguïté et de la confusion, un peu de grande Histoire, beaucoup d'histoires personnelles. Un face à face dont on ne se lasse guère, un métrage qui parvient à surprendre, un personnage attachant et culte, un metteur en scène attentif. Un film qui tombe juste au bon moment.

Electroboy est actuellement à l'affiche en salles.

16:39 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |