14/03/2015

"Inserts", la face cachée d'Hollywood

Inserts_jpg.jpgUn canapé de cuir qui semble trop grand pour ceux qui l'occupent et un couple visiblement excité, s'apprêtant à une partie de jambes en l'air, comme le suggère sans métaphore possible la position des jambes de la femme et celle de sa main agrippant l'entrejambe de son partenaire (Richard Dreyfuss). La coiffure de l'actrice indique que nous sommes plutôt dans les années trente (ou à un bal costumé, ce qui n'est pas le cas). La composition du plan ne dénote en revanche rien de particulier, sinon une atmosphère joyeuse et libérée qui était le propre de bon nombre de productions de ces années 70 plus subversives qu'aujourd'hui. Réalisé en 1975 par le peu prolifique John Byrum, Inserts (Gros plan en français) est un film curieux et rare. Il conte l'histoire d'un cinéaste prodige à Hollywood au temps du muet et contraint, dans les années 30, de réaliser des films pornographiques (destinés aux bordels) pour survivre. Le décès par overdose de son actrice principale va l'obliger à engager, pour certains inserts (c'est-à-dire des gros plans de pénétration sexuelle), la fiancée du bootlegger pour lequel il travaille.

Dévoilant l'une des faces cachées de la Mecque du cinéma, véritable nid à scandales dans les années 20 et jusqu'à l'instauration en 1934 du code Hays, assimilable à une censure, le film multiplie les allusions à plusieurs personnages réels (Erich von Stroheim, Jean Harlow, Wallace Reid) tout en s'interrogeant sur le thème de la manipulation, à commencer par celle du cinéma, univers en trompe l'oeil comme le dévoile une séquence du début du film. Le registre est celui de la comédie, par instants grinçante, et la forme celle d'un huis-clos. Mais sous le divertissement se cache la peinture noire d'un monde véritablement fascinant. Classé X (décision absurde au vu du film, et qui ne suffira pas à donner un statut culte à celui-ci) lors de sa sortie en salles, Inserts est une oeuvre quasi unique en son genre, parce qu'elle dépeint un univers auquel le cinéma s'intéresse peu et qu'en plus elle en délivre une grille de lecture décalée.

Inserts sera projeté lundi 16 mars à 20 heures aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Visions d'Hollywood" du Ciné-club universitaire.

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11/03/2015

"Sauve qui peut (la vie)", retour vers le futur (passé/présent)

sauve-qui-peut-la-vie.jpgAction inaction. Un homme qui lit, Jacques Dutronc cigare au bec. Au tableau noir, tracés à la craie, deux couples de mots. Caïn et Abel renvoient à la Bible et au premier meurtre de l'histoire de l'humanité. Cinéma et vidéo à cette opposition, alors balbutiante (nous sommes en 1980), entre deux vecteurs d'images. Difficile de dire quel élément de ce plan nous interpelle en premier. Si cette hiérarchie (concept non absolument nécessaire) demeure indécise, c'est aussi parce que l'association à l'oeuvre ici ne suggère pas d'interprétation immédiate (et je récuse la métaphore facile qu'on peut en déduire). D'associations, il est fréquemment question dans l'oeuvre de Godard. Et même constamment.

Sauve qui peut (la vie), sorti en 1980, marquait le retour du cinéaste à une forme de cinéma plus narratif, du moins par comparaison avec tout ce qu'il avait réalisé durant les dix années précédentes, des Cinétract de 1968 à cette commande détournée en 1979 pour Antenne 2, France tour détour deux enfants. Sélectionné en compétition à Cannes, le film divise aussitôt. Certains crient au génie, d'autres à la supercherie, tendance qui ne s'inversera presque plus par la suite. Le film est structuré comme une partition musicale en quatre mouvements, et cela autour de trois personnages joués par Isabelle Huppert, Nathalie Baye et Jacques Dutronc. D'ailleurs, le générique indique un film composé par (et non de) Jean-Luc Godard. En voici la bande-annonce:


Sauve qui peut (la vie) sera projeté samedi 14 mars à 14 heures aux Cinémas du Grütli, dans le cadre de la Semaine des nominés (des Quartz du cinéma suisse).

20:10 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 1980 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

08/03/2015

Albert Maysles nous a quittés

salesman.jpgCette photo montre le tournage de Salesman, édifiant et génial documentaire en noir et blanc sur le quotidien laborieux de représentants en bibles faisant du porte à porte pour vendre leurs livres. Sorti en 1969, cosigné par Charlotte Zwerin, il demeure sans doute l'un des films les plus célèbres des frères Maysles, Albert et David, qu'on peut à juste titre considérer comme les pères (avec quelques autres comme D.A. Pennebaker) de ce qu'on a appelé le cinéma direct il y a un peu plus de cinquante ans. Leur filmographie est très étendue. Ils filmèrent entre autres les Beatles, les Rolling Stones (dans le célèbre Gimme Shelter), Orson Welles et Marlon Brando.

Mais aussi Edith Ewing Bouvier Beale et sa fille, respectivement tante et cousine de Jacqueline Kennedy-Onassis, dans Grey Gardens en 1975. Titre qui renvoie à la demeure incroyable où vivaient ces deux femmes, au sein d'une végétation sauvage et entourées d'une dizaine de chats. Un film hallucinant qui fait partie des documentaires qu'il faut absolument avoir vu. Sur certaines éditions DVD, on peut même découvrir The Beales of Grey Gardens, montage d'autres rushes finalisé en 2006. David Maysles est décédé en 1987 à New York à l'âge de 55 ans. Son frère Abert Maysles l'a rejoint le 5 mars dernier. Il avait 88 ans.

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