11/05/2015

Festival de Cannes: Ingrid Bergman, un avant-goût d'immaculé

affiche.jpgIngrid Bergman. Dans quelques heures, son sourire illuminera la façade du Palais des Festivals et veillera sur la montée des marches qui auront lieu chaque soir (mais aussi la journée) du 13 au 24 mai. Ingrid Bergman, succédant à Marcello Mastroianni (en 2014), à Paul Newman et Joanne Woodward enlacés (2013), à Marilyn Monroe (2012). De grands disparus se suivent ainsi chaque année. L'affiche donne le ton. Annonce la couleur. Immaculée. D'un blanc presque aveuglant. Au point d'occuper la quasi totalité du cadre. Ingrid au sommet, là où l'interprète de chefs d'oeuvre de Roberto Rossellini - Stromboli, Voyage en Italie, pour n'en citer que deux -, la star renonçant à Hollywood par amour et par choix, malgré un Oscar pour Gaslight de Cukor, autre pic de sa carrière (elle aura une seconde statuette en 1957 pour l'insipide Anastasia d'Anatole Litvak, puis une troisième en 1975, de meilleur second rôle cette fois, pour Le Crime de l'Orient-Express de Lumet), l'actrice préférant Jean Renoir à Sam Wood, aura toujours été. Elle annonce la couleur, disais-je. D'un festival peut-être placé sous le signe de la femme. Agnès Varda en Palme d'honneur, Sabine Azéma présidant le jury de la Caméra d'or, Isabella Rossellini (fille d'Ingrid et de Roberto) celui d'Un certain regard, Valérie Donzelli et Maïwenn en compétition, et je m'en tiendrai là pour aujourd'hui. La douceur du visage d'Ingrid Bergman devrait porter chance au festival. Elle nous observera toute la quinzaine.

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10/05/2015

"Ana Arabia", Gitaï entre politique et expérimentation

ana-arabia-2.jpgCette jeune femme debout au centre de la pièce - la comédienne s'appelle Yuval Scharf - n'a eu droit qu'à une seule prise. Ou plutôt un seul plan résultant peut-être de plusieurs prises successives. Comme L'Arche russe de Sokourov, Ana Arabia d'Amos Gitaï est en effet constitué d'un unique plan-séquence non fixe. L'histoire d'une jeune journaliste qui déambule entre Jaffa et Bat Yam, et réalise que deux communautés de Juifs et d'Arabes vivent là ensemble. Le constat d'une harmonie possible, d'une coexistence pacifique, d'une concorde déjouant les a priori pour un film ouvertement politique, dominé par la métaphore et refusant tout jugement. Ana Arabia n'est pas le film de Gitaï que je préfère et Kippour (2000) et Free Zone (2005) lui sont à mon sens largement supérieurs. Mais il témoigne, au-delà de sa dimension socio-politique, même si la métaphore s'y invite pour mieux déstabiliser un discours sous-jacent, d'un goût que le cinéaste revendique pour l'expérimentation. En l'occurrence de la durée, les 1 heures 25 du métrage correspondant à la promenade en temps réel de la jeune femme. Chez le cinéaste israélien, chaque film s'assimile ainsi à un dispositif, à une sorte de laboratoire lui permettant de poursuivre une oeuvre dictée aussi par des choix esthétiques souvent radicaux. La logique du plan-séquence unique impose ici ses respirations et son rythme au film. Sans convaincre entièrement, ce parti-pris renvoie à une démarche dont la cohérence force l'admiration. De plus, Ana Arabia, présenté à la Mostra de Venise en 2013, est à ma connaissance inédit à Genève. Son titre signifie "Je suis Arabe" (au féminin). 

Ana Arabia passera aux Cinémas du Grütli le jeudi 14 mai dans le cadre des Journées du film historique.

03:23 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2013 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

09/05/2015

Dans "Le Samouraï", Delon était impérial

samourai3.jpgDes lignes parallèles floutées, un certain dépouillement, voire un sens de l'ascèse. Une composition à la symétrie impressionnante, presque une épure. Scellé dans cette géométrie immuable, le regard d'un homme, entre clair-obscur et lumière, sous un chapeau au graphisme lui aussi impeccable. Et surtout Delon impérial, le Delon qu'on aimait et sur lequel le cinéma français semblait en partie reposer. Le Delon des grands rôles, au coeur des années 60, après Visconti, après Antonioni. Après Rocco et ses frères, après L'Eclipse. Un comédien total, en parfaite osmose avec une caméra qui le magnifie et le transcende. Un Delon d'avant les grands (pas tous) polars des années 70, avant les crises d'ego et les choix malhabiles ou hasardeux. Un Delon qui rencontre un génie, Jean-Pierre Melville, qui, après Le Samouraï, retravaillera deux fois avec l'acteur, dans Le Cercle rouge et Un flic. Au-delà du polar, il y a le film noir. Le Samouraï en est un. Histoire d'un solitaire et odyssée en forme de western, exercice d'abstraction codé par les règles d'un suspens glacial dont les enjeux ne cessent de rebondir et de se redessiner au fil de l'intrigue. Magistral, en un mot.

Le Samouraï passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Jean-Pierre Melville.

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