02/04/2015

"Voyage en Chine", prolégomènes à une reconstruction

chine.jpgYolande Moreau le regard un peu perdu, un pot à thé posé devant elle, un manuel pour apprendre le chinois dans ses mains, la silhouette d'un homme à casquette se détachant dans l'encadrement d'une fenêtre à l'arrière-plan. Ce qui ressort de cette composition, c'est peut-être le thème de la contemplation. Tout a l'air posé, ramassé, immobile, presque figé dans un espace précisément cadré. Tout y compris le regard de la comédienne. Dans Voyage en Chine, du Français Zoltan Mayer, elle joue une femme partie en Chine pour y rapatrier le corps de son fils victime d'un accident. Fils qu'elle réalise n'avoir jamais vraiment connu. Le voyage est donc prétexte à une reconstruction, périple d'autant plus difficile qu'il a lieu dans un pays dont elle ne connaît rien. Apprendre la langue, voir les choses, participer aux rites funéraires taoïstes, prendre part aux fêtes. Mille et une facettes d'un monde qu'on découvre finalement en même temps qu'elle et qui demeure irréductible, comme étranger à toutes les autres réalités. Minimalisme et sensibilité dominent un film discret et bienvenu qui changera des sorties tapageuses telles Fast and Furious 7 ou Home (En route!), auxquelles pas une ligne ne sera consacrée ici.

Voyage en Chine est actuellement à l'affiche en salles.

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31/03/2015

Dans "Eau argentée", le regard lumineux d'Omar au coeur de l'enfer

eau-argentee-syrie-autoportrait.jpgLa joie simple et la douceur illuminant le visage de cet enfant crée un curieux contraste avec le reste des ruines d'une maison bombardée, juste derrière lui. Il tient un jouet dans ses mains et personne d'autre n'apparaît à l'image. Vie et mort, bonheur et horreur, semblent ainsi cohabiter dans le même plan. Ce jeune garçon se prénomme Omar. Il apparaît plusieurs fois dans Eau argentée, Syrie autoportrait, documentaire coréalisé par Oussama Mohammad et Wiam Simav Bedirxan.

Le revoici avec un bouquet de fleurs dans ses mains, dans une photo parfois reproduite sur certaines affiches du film.

omarfleurs.jpgEt là encore, déposant ce même bouquet sur la tombe de son père.

omar.jpgCes images sont parmi les plus apaisantes d'un film extrêmement dur. Oeuvre de montage de différents films faits durant la guerre civile de Syrie en 2011 et réalisés avec des téléphones portables puis postés sur YouTube, Eau argentée donne à voir l'irregardable, l'inmontrable. Du sang et de la terre, des cadavres et des cris, des hommes et des ados qu'on bat, humilie, torture, massacre, tue. L'enfer sur terre, l'horreur d'un monde à peine perturbée par des impressions en off et une approche presque poétique de cette folie broyant l'être humain. Le film ne véhicule pas de discours, il n'a pas de message politique. Il se situe déjà au-delà, comme un impossible témoignage sur des faits qu'on n'a pas pu/voulu/su regarder en face et dont la résonance n'a tout à coup plus rien à voir avec ces milliers d'images compilées quotidiennement par les médias dans le monde entier. Il faut voir ce film, subir l'écoeurement qu'il suscite (certaines images sont réellement éprouvantes) et essayer de sourire ensuite malgré tout. Car la vie continue, et c'est aussi ce que nous disent ces deux cinéastes qui, pour l'anecdote, ne s'étaient jamais rencontrés avant la première mondiale du film, en mai 2014 au Festival de Cannes. 

Eau argentée, Syrie autoportrait passe en ce moment au Cinéma Spoutnik.

22:05 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

30/03/2015

Dans "Big Eyes", cette obsession de la monstruosité

Big-Eyes.jpgCette jeune femme peint. Des visages, des enfants, des animaux. Ici, une petite fille et un chat. Leur particularité? Leurs yeux. Trop grands, trop ronds, trop disproportionnés. Irréels, parfois aussi inquiétants que ceux des enfants du Village des damnés (Wolf Rilla, 1960), ces paires d'yeux sont comme une porte sur un autre monde. Sur cette image, cette jeune femme au visage heureux et serein ne regarde pas sa toile. Elle semble prendre la pose, tout en demeurant concentrée, impression sans doute causée par ce calme qui l'habite et par la sûreté du geste accompagnant son pinceau, délicatement posé sur la surface du tableau, à hauteur des yeux, forcément. Sa chemise est d'un blanc presque immaculé, et cela peut paraître paradoxal au vu du contexte - atelier de peinture, palette bigarrée qu'elle tient dans sa main gauche.

Incarnée par Amy Adams, cette jeune femme avait un nom. Margaret Keane. Big Eyes relate son existence, en partie conditionnée par les agissements d'un époux qui usurpa l'identité de sa femme, faisant croire qu'il était l'auteur des tableaux qu'elle peignait pour mieux les vendre. Opus relativement mineur dans la carrière d'un Tim Burton peinant à se ressourcer depuis cinq ou six films, il répète néanmoins certains motifs obsessionnels du cinéaste. Et c'est sans doute à cause des tableaux particuliers de Margaret Keane que le sujet l'a inspiré. Dans la plupart de ses films, cette fascination pour les corps monstrueux ressort. Lisa Marie et ses proportions extra-humaines dans Mars Attacks!, Johnny Depp et ses ciseaux en guise de mains dans Edward Scissorhands (photos ci-dessous), n'en sont que deux exemples pris au hasard.

mars.jpg

Edward.jpg

Les tableaux aux yeux exorbités de Big Eyes l'expriment à nouveau. A la différence que cette fois, Tim Burton a puisé dans le réel (en l'occurrence l'histoire de l'art) pour délivrer sa vision du monde.

Big Eyes est actuellement à l'affiche en salles.

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