23/02/2015

"Carnage", la violence du calme

 

carnage.jpgDeux couples (ou supposés tel) assis sur canapé et fauteuils, les uns en face des autres. Livres d’art, tasses à café, tulipes jaunes dans un vase, bibliothèque chargée (mais pas trop), tableaux indiscernables au mur. Les teintes, tapisseries comme accoudoirs, sont beiges et uniformes. L’intérieur bobo dans toute sa splendeur, ou toute son horreur, en somme. Figés dans leurs poses, de gauche à droite, Jodie Foster, Christoph Waltz, Kate Winslet - ces deux derniers vêtus de manière plus classe, plus rigide également - et John C. Reilly, quatuor sous tension, ici en attente de direction d’acteurs. Ne pas trop se fier à cette quiétude apparente. Carnage n’est pas un film tranquille. Tiré d’une pièce de Yasmina Reza, tourné en huis-clos (à deux ou trois plans près), il raconte un règlement de comptes entre deux couples de parents dont les enfants respectifs se sont bagarrés.

Mais ce qui devrait rapidement déboucher sur un arrangement à l’amiable devient une dispute plus ample et carnassière, un carnage comme l’annonce un titre à ne pas confondre avec un petit slasher de 1981 (The Burning de Tony Maylam, titré Carnage lors de sa sortie française à l’époque). Ce Polanski de 2011, avant-dernier long-métrage  à ce jour de sa filmographie, n’a bizarrement pas eu un succès fracassant. Le réalisateur y démontre pourtant une belle maîtrise dans sa direction d’acteurs comme dans sa gestion de l’espace – tout est tourné en studio, à Bry-sur-Marne, alors que l’histoire se déroule à New York . Et délivre un film à la cruauté raffinée, partition pour quatre comédiens qui semblent prendre un réel plaisir à se faire les griffes sur leurs partenaires respectifs.

Carnage passe en ce moment aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Roman Polanski.

19:21 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

22/02/2015

Kevin Azaïs, un César (mérité) et les Lumière

 
Quiconque a vu Les Combattants sait très bien pourquoi ses deux comédiens méritaient autant leurs César - Adèle Haenel comme meilleure actrice et Kevin Azaïs comme meilleur espoir masculin - et à quel point celui de la meilleure première oeuvre ne pouvait qu'échoir à ce métrage de Thomas Cailley. Film qui je l'espère ressortira dans les jours qui viennent à Genève, peut-être aux cinémas du Grütli, où il fut programmé l'été passé dans la foulée de sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs cannoise. D'une cérémonie interminable et lénifiante, retenons justement la spontanéité bondissante de Kevin Azaïs, l'un des rares à ne pas avoir recraché son discours comme un bon élève appliqué.
 
Revoyons la séquence. Julie Gayet déchire l'enveloppe contenant le nom du gagnant, la réalisation split-screene sur les cinq comédiens en lice. Denis Podalydès lit le résultat. A l'énoncé de son nom, Kevin Azaïs bondit littéralement de son siège, embrasse sa copine, puis étreint longuement sa partenaire, Adèle Haenel. Derrière eux, on reconnaît Pierre Lescure et Thierry Frémeaux, respectivement président et délégué général du Festival de Cannes. Puis la productrice genevoise Pauline Gygax (à qui j'adresse un clin d'oeil amical si jamais elle tombe par hasard sur ces lignes) félicite Kevin, qui continue sa course en congratulant une partie de l'équipe des Combattants.
 
Une fois arrivé sur scène, après avoir rappelé à Podalydès ses débuts à ses côtés dans La Journée de la jupe, ce dont Podalydès ne semble pas se souvenir (au moins, il ne fait pas semblant), Kevin Azaïs remercie en vrac tous ceux qui lui passent par la tête, avouant qu'il n'a pas préparé de discours ("j'ai peut-être fait une bêtise", plaisante-t-il). Ouf! Il sera bien le seul durant cette longue soirée. Et on lui en sait gré. Il éclate de rire en remerciant les frères Lumière, cités sur le conseil de son frère, le comédien Vincent Rottiers, avant de s'éclipser en coulisses pour les points photos et presse. Pour le revoir, il faudra attendre La Belle Saison, titre du prochain film de Catherine Corsini, qui sortira en théorie au mois d'août.

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21/02/2015

"The Day of the Locust", la destruction d'Hollywood

Capture d’écran 2015-02-21 à 19.55.35.pngC'était une époque où il fallait faire la queue durant des heures pour découvrir un film. Ce n'était ni mieux ni moins bien. Juste différent. Mais qu'est-ce qui distingue une file d'attente d'une autre? Pas grand-chose sinon de petits détails. Ici, tous les personnages ont l'air plutôt âgés, la plupart des femmes ont des couvre-chefs, et Karen Black, qu'on reconnaît au centre - énorme vedette dans les années 70, on construisait même des films sur son nom, elle est bien oubliée aujourd'hui, et son décès en été 2013 a été annoncé dans une sorte d'indifférence générale -, tient un cornet à glace dans la main. A côté d'elle, un quidam semble lorgner la friandise. Tous ces gens sont également parqués et encerclés par un gros cordon rouge. Ils pourraient du reste attendre n'importe quel spectacle, et pas forcément un film.

Sorti en 1975, The Day of the Locust (Le Jour du fléau) se déroule en 1939. Il parle de cinéma, d'arrivisme, de l'aspiration au succès, du désespoir et du déclin qui peuvent s'ensuivre, des rapports entre réalité et fiction - l'une des séquences a vraisemblablement inspiré le Woody Allen de La Rose pourpre du Caire -, et indirectement de la destruction d'Hollywood. John Schlesinger, adaptant un roman de Nathanael West, y écorne le mythe sévèrement et à grands renforts de moyens. Car The Day of the Locust est un film très cher. Son échec à l'époque en fut d'autant plus cinglant. Oeuvre maudite toujours pas réhabilitée, critique virulente, voire violente, d'un monde du cinéma nombriliste et inhumain qui ne paraît plus avoir prise avec la réalité, galerie de personnages tous plus malfaisants les uns que les autres, le film offre il est vrai peu d'aspérités auxquelles se raccrocher. Les apparences y éclatent dans toutes les directions, le chaos se mue en débandade, la folie se transforme en lynchage collectif. L'un des films les plus importants de Schlesinger.

The Day of the Locust sera projeté le lundi 23 février à 20 heures à l'Auditorium Arditi dans le cadre du cycle Visions d'Hollywood du Ciné-club universitaire.

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